La Vierge et l’Enfant au chancelier Rolin ou Vierge au donateur, est un des plus grands chefs d’œuvre de la Renaissance de l’Europe du nord, signé Jan Van Eyck. Exécuté à la fin de la période gothique, vers 1434, il est considéré comme l’une des premières peintures à l’huile connue, qui nous soit parvenue jusqu’à nos jours. Bien que ce tableau ne soit pas de très grande dimension, (66x62cm), il fourmille cependant d’une centaine de détails minuscules chargés de symboles, dont un qui nous intéresse particulièrement…

Tout étudiant ayant fait l’école des Beaux-Arts a nécessairement vu ou étudié de près cette œuvre incontournable exposée aujourd’hui au Louvre, marquant le début d’une époque, d’un courant artistique, d’une technique qui a révolutionné l’expression plastique. Outre les particularités techniques, des détails que l’on ne découvre que par le moyen d’une loupe, dévoilent la virtuosité de Van Eyck, passé maître dans l’art de l’infiniment petit. A titre d’exemple, les éléments retrouvés dans le jardin clos qui n’est autre que celui des Cantiques des Cantiques, une allusion à la virginité de Marie : les lapins prolifères, symboles de l’amour charnel, écrasés par les colonnes ; la présence des pies annonçant la mise en croix du Christ ; les paons à la chaire incorruptible évoquant la promesse d’immortalité céleste ; et la liste est longue…

Nous n’allons pas nous attarder à décortiquer ce tableau ou l’analyser, les ouvrages et articles à ces fins ne se comptent plus. Cependant, il est étonnant de découvrir que le Liban est présent dans cette merveille du XVème : il apparait curieusement sur le manteau de la Vierge Marie.  En effet, ce manteau est initialement entièrement bordé le long de l’ourlet de pierreries et de lettres d’or retraçant des images empruntées aux litanies de la Vierge ; or les nettoyages successifs du tableau ont effacé en grande partie ces lettres, gardant lisibles jusque-là un fragment de l’Ecclésiaste 24, 13 … Exaltata sum in Libano…  ([Comme le cèdre] je me suis élevée du Liban).

Un détail qui est souvent passé inaperçu, et vers lequel il est nécessaire d’attirer les regards, en cette fin du mois de mai 2016, 582 années suite à la réalisation de ce tableau, trente-deux siècles (à peu près) après la rédaction de l’Ecclésiaste d’où est tiré ce passage ; pour rappeler que certains ont choisi depuis des siècles d’immortaliser le nom du Liban sur des chefs d’œuvres de la peinture, de la littérature, dans les Saintes Écritures, en lettres d’or dans le cours de l’Histoire… Tandis que les fils et les filles du Liban d’aujourd’hui ne font que fouler à leurs pieds le nom, l’essence et l’existence du pays. A méditer…

Par Marie-Josée Rizkallah

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Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l’écriture depuis l’enfance, elle est l’auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l'identité et de l’héritage culturel du Liban, elle a fondé l'association I.C.H.T.A.R. (Identité.Culture.Histoire.Traditions.Arts.Racines) pour le Patrimoine Libanais dont elle est actuellement présidente. Elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession, et donne des cours et des conférences sur l'Histoire et la Théologie de l'Icône ainsi que l'Expression artistique. Pour plus de détails, visitez son site: mariejoseerizkallah.com son blog: mjliban.wordpress.com et la page FB d'ICHTAR : https://www.facebook.com/I.C.H.T.A.R.lb/

1 COMMENTAIRE

  1. Comment faites vous Me Rizkallah pour voire tous les détails ?
    Un bmol toutefois pour votre tirade de la fin. Le liban dans ses frontières actuelles n’exsiste que depuis 1920. Peut être bien un peu avant, voire après. Bien Avant, c’était vraiment imprécis comme pour la peinture abstraite. J’inclurai donc, par respect à la géographie, à l’histoire ancienne et à la terreur d’aujourdhui la Ville de Palmyre.
    Si non, suis d’accord quant à la richesse picturale de ce chef d’œuvre de l’art gothique et de ces couleurs vives. Les traits des personnages apparaissent toutefois plus réaliste que celle des autres œuvres gothique.

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