Aujourd’hui c’est avec toute sérénité que je m’adresse a vous qui me lisez et qui j’espère allez continuer à le faire. Le mois de ramadan a commencé ce matin, alors que le sang de 28 coptes dont de nombreux enfants n’a pas encore séché. Cet attentat suit un autre tout meurtrier à Manchester qui a visé autant d’enfants.
Que puis-je souhaiter pour ce mois Ramadan, sinon que le prophète revienne pour quelques heures avec de nouveaux versets qui prônent la paix, l’amour de l’autre et la libération des esprits. Mais mes souhaits n’ont pas de chances d’être exaucés.
Alors, je me retourne vers vous amis musulmans, pour essayer de faire quelque chose et mettre un terme à ce cycle de violence qui se fait au nom de votre religion et qui utilise des versets du Coran et des hadiths pour justifier cette terreur. Au début de l’apparition de l’Etat Islamique, vous nous disiez que ce n’est pas ça votre religion, et on vous a cru, vous avez fait des campagnes « not in my name » et on vous a soutenu. Mais maintenant je réalise que vous avez baissé les bras, vous vous êtes habitué à cette violence, vous êtes devenu blasé face à tout ce sang qui coule. Certains ne condamnent même plus les attentats, d’autres attendent de longues heures pour exprimer une timide solidarité avec les victimes, sans oublier ceux qui considèrent que c’est le Azhar la victime pour avoir organisé une autre conférence dont il n’en sortira que de la poudre aux yeux qui n’aveuglera que certains en mal de reconnaissance. Mais ces paroles ne suffisent plus. Des actions doivent être entreprises. Quelque chose venant de vous doit être fait pour mettre un terme à cette terreur qui risque de nous mener vers un conflit des civilisations.
Les actions qui peuvent être menées sont nombreuses pour redorer l’image de votre religion avant qu’il ne soit trop tard. Je vais vous poser une simple question à vous qui ne cessez de répéter que l’Etat Islamique n’est pas l’islam. Quel serait votre réaction si lors d’un voyage en occident, et alors que vous vous trouvez dans un concert, métro, ou au milieu d’une foule, que vous entendez quelqu’un crier Alla hou Akbar ? Je suis sûr que comme chacun de nous autres vous allez vous enfuir dans l’autre direction en espérant que ce ne soit un « fou comme vous aimez si bien le dire ou l’écrire, » qui veut se faire exploser pour s’éclater au paradis en bonne compagnie. Ces terroristes ont réussi à mettre des bombes dans chacun de vos symboles des bombes : un Coran brandit dans la foule aura le même effet sur vous, et je ne parle pas du drapeau du prophète qui est devenu le symbole du terrorisme. Et pendant ce temps, vous laissez faire, vous regardez en espérant que ce n’est qu’une vague, mais cette vague ressemble de plus en plus à un tsunami qui est en train de détruire toute votre culture. Et votre silence en devient presque complice.
Que faire dans ces moments ? Les actions sont nombreuses, mais les personnes courageuses sont rares. Il y a plus d’un an, j’avais par exemple proposé à une amie, d’aller avec un groupe de mères et de grand-mères chez le mufti Deriane et le cheikh Kabalan réclamer d’interdire les messages de haine dans les prêches et qu’ils soient remplacés par des message d’amour et d’acceptation, et pas de tolérance, de l’autre. Mais cette amie, malgré le fait qu’elle m’a dit que c’est une bonne idée, n’a rien fait. Manque de courage ? Il faut lui demander.
Une autre action serait d’interdire de toutes les bibliothèques islamiques ces livres qui font l’apologie de la violence, ces écrits qu’utilisent les terroristes pour justifier leurs actes. Et ils sont nombreux, de Ibn Taymiyya à Sayd Qutb. Exigez aussi que les programmes d’éducation soient aussi révisés pour que les ahl al kitab ne soient plus les perdus ou ceux contre qui Dieu est en colère. Et quand est-il de ceux des autres religions et les non-croyants, n’est pas le moment qu’eux aussi soient acceptés sans être qualifiés, en toute impunité, de terroristes par certains imams ? Exigez-aussi que les chaines de télévision qui prêchent la haine soient interdites de diffusion. Appropriez-vous les écrits de Averroès (Ibn Rushd) lesquels ont été brûlés par ses semblables, ainsi que tous ceux de l’époque de l’école des mutazilite qui ont été écrits a l’époque de l’âge d’or de l’islam, celle de Haroun El Rashid.
Une troisième action serait de demander aux cheikhs d’ouvrir leurs mosquées aux autres et nous faire participer à vos prières, même de faire des journées portes ouvertes comme dans les musées, au cours desquelles on pourra tous discuter librement en buvant un thé ou un jus d’orange. Est-ce normal que votre religion qui reconnait Jésus de Nazareth comme prophète et fils de Marie ne nous ouvre pas la porte à nous les chrétiens alors que toutes nos églises vous sont ouvertes pour partager nos prières ?
Une dernière idée qui me passe par la tête, serait de se libérer de ces théocraties moyenâgeuses qui ne font que créer ce conflit inter-communautaire entre sunnites et chiites, lequel encourage encore plus le terrorisme radical, et d’adopter ce langage paix. Elles ne font qu’empoisonner votre vie.
Ce genre d’actions symboliques vous qui aimez tant pour certains ce mot, ne peut que redonner une seconde vie au vivre-ensemble, terme qui a perdu tout son sens qui devient de plus en plus une utopie aux yeux de tous. Un terme derrière on se cache pour masquer le malaise que nous vivons tous. Il est temps de crever l’abcès et de discuter sans tabou et sans être accusé à tout moment d’islamophobie dès que quelqu’un ose porter la moindre critique sur votre religion. Osons l’apologie du conflit pour éviter cette violence qui se pointe. Exprimons nos peurs pour les libérer. Parce que je pense qu’il n’y a pas de peurs illégitimes, mais des causes illégitimes qui créent des peurs légitimes. Et ces peurs ne sont que le résultat d’un manque de communication et de discussions qui deviennent interdits sous peine d’être accuse de je-ne-sais-quoi.
Croyez-moi, le monde a soif de bonnes initiatives et la presse internationale sera là pour couvrir ces actions symboliques au départ, mais qui deviendront vite avant-gardistes pour le reste du monde.
Or il est triste de réaliser que vous n’osez en aucun moment accuser de cette islamophobie ces mêmes qui font de votre religion, le contraire de ce que vous ne cessez de répéter : une religion de paix. Dirigez votre colère contre ces terroristes, et non contre ceux qui subissent leur haine. Confrontez-les, comme vous le faites ceux qui osent émettre le moindre avis, combattez cette idéologie qui a pour racines ces quelques livres qui se trouvent dans toutes les bibliothèques islamiques, sans chercher à trouver d’autres excuses qui ne n’arrivent plus à convaincre le reste du monde. Nommez le mal par ce nom sans se cacher derrière des appellations qui n’ont plus de sens qu’à ceux qui ne veulent pas voir la réalité. Ce ne sont pas des fous, mais des personnes endoctrines par des hommes qui se disent de votre religion devant lesquels vous vous êtes tus, pour ne pas mettre en danger le confort dans lequel vous vous plaisiez. Libérez-vous de cet esclavage qu’est votre confort pour assurer celui de vos enfants et petits-enfants. Rappelez-vous cette phrase de Churchill après les accords de Munich : « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre ». Et cela ne lui a pas empêché de sortir victorieux de la guerre. Parce qu’aujourd’hui on est en guerre contre le terrorisme islamique et ce dernier ne pourra pas être vaincu uniquement par la force des armes, mais par celle des mots, ces mots qu’il est en votre devoir de dire. Ces mots qui définiront ce qu’est votre islam, parce que nous connaissons le leur, à travers leur publications, revues, et site web. Mais le vôtre est absent de notre scène, et la violence nous le fait oublier chaque jour un peu plus. Comme l’a dit Manuel Valls en avril dernier : « Les salafistes doivent représenter 1% aujourd’hui des musulmans dans notre pays, mais leurs messages sur les réseaux sociaux, il n’y a qu’eux, d’une certaine manière, qu’on entend ». Faites entendre votre voix, et nous seront tous votre amplificateur dans le monde, parce que ces mots n’ont de sens que si vous, vous les prononcez, parce que Cyrano avait raison quand Rostand lui a fait dire : « Je me les sers moi-même, avec assez de verve, Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve. ».
Malheureusement certains ont choisi un autre chemin bien plus confortable, celui de la laïcité. Leur discours est très beau mais irréalisable puisqu’il ne séduira qu’une toute partie qui veut y croire encore. Personnellement, je n’y crois plus quand je vois comment ce concept issu de la culture judéo-chrétienne, s’écroule en Turquie, Tunisie, Indonésie et ailleurs. La laïcité sera une excellente solution quand la culture sera prête à l’accepter, quand les esprits se seront libérés pour l’adopter. Et chaque jour qui passe on s’en éloigne. La laïcité n’est que le résultat d’une culture et d’un environnement, et elle ne peut en aucun cas créer cette culture et environnement comme certaines personnes veulent nous le faire croire de leurs beaux quartiers très chics et bobos.
J’espère que certains courageux sont arrivés jusqu’à ce point de ma lettre ouverte, et que ce mois de Ramadan vous fera méditer ces quelques mots écrits avec toute sincérité, et qu’il en sortira quelque chose.
Je vous souhaite à tous ceux qui ont encore pour célébrer ce mois de Ramadan, un ramadan kareem, même si personnellement je n’ai plus aucun cœur à célébrer quoique ce soit.
Par Edmond Rabbath
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