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 Liban, Iran, Israël : Le clan Sehnaoui

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Outre Jeremy Chaabane, Antoine Sehnaoui assume un rôle frénétique dans la normalisation libano-israélienne.


1-Le clan Sihanoui

La dynastie Sihanoui est une famille grecque-melkite catholique, originaire de la bourgade de Sihnâya, dans la proche banlieue de Damas, d’où s’est forgé le patronyme.

Nantis, les Sihnâwi ont doté la Syrie d’un député (Georges, élu à quatre reprises à partir de 1928), d’un député et ministre (Hunayn, 1903-1975, à partir de 1941) et de plusieurs financiers de haut vol.

L’ancêtre Mîkhâïl (18??-1930) laisse une famille nombreuse pour la postérité, dont sept fils: Mitri (dont la fille Layla a épousé le député Kamîl Ziyâda), Hunayn, Antoun, Nicolas 1er, Tawfîq, Albert et Khalîl (père de Joseph).

Citons aussi Wadih, mécène et membre-fondateur du croissant rouge syrien (1942).

En 1929, Mitri et Antoun migrent vers Beyrouth pour s’adonner aux activités commerciales et bancaires, et accessoirement à la politique.

Leur frère cadet, Hunayn, reste à Damas et se distingue parmi les grands acteurs de la politique et de la finance, avant de rejoindre le clan à Beyrouth.

Trois membres de la famille accèdent à des responsabilités politiques au Liban — députés et ministres–, après avoir été naturalisés: Antoun, Mikhaïl (1899-1989), Simon Ilyâs (1919-1998) et Maurice (1943-20..), fils de Nicolas 1er.

Avec leur naturalisation libanaise, les Sihnâwi deviennent Sehnaoui.

La succession est assurée par l’arrivée dans l’arène politique de la troisième génération en la personne du financier Nicolas II (1967-20..), fils de Maurice, candidat malheureux aux élections législatives de 2009, mais un échec compensé par le portefeuille du ministère des Télécommunications, en 2011.

Enfin, Antoine, fils de Nabîl, né en 1972. Banquier international et producteur de films, un personnage sulfureux qui défraie la chronique politico-judiciaire.

A ne pas oublier un cousin d’Antoine, prénommé Khalîl (né en 1975), un spécialiste international de l’informatique et de la piraterie informatique à l’échelle mondiale. Une activité de grande actualité.

Les Sehnaoui ont contracté des alliances matrimoniales avec les grandes familles patriciennes damascènes et beyrouthines, prouvant, si besoin était, que les deux pays, portés sur les fonts baptismaux par le général français manchot Henri Gouraud, sont de vrais frères jumeaux.

2- Nabil, le père d’Antoine, le précurseur.

La relation de la famille d’Antoine Sehnaoui avec Israël est ancienne. Elle remonte à 1983, sous la présidence du phalangiste Amine Gemayel, le parti initiateur de la relation avec l’Etat hébreu du temps de la guerre civile inter-libanaise.

Dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban, le nom de Nabil Sehnaoui, le père d’Antoine, est mentionné dans une correspondance du ministère israélien des Affaires étrangères. 40 ans plus tard, le nom du fils émerge au sein d’un réseau qui poursuit les mêmes objectifs.

En date du 8 juillet 1983, le directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères, rencontre en effet au domicile de Nabil, une quarantaine de personnalités libanaises. Maurice et Nabil Sehnaoui figuraient parmi les principaux convives, aux côtés de banquiers et de juristes.

La rencontre a lieu à Beyrouth même, moins d’un an après le massacre des camps palestiniens de Sabra Chatila. Au cours de cette rencontre, les Libanais émettent le souhait que ces contacts se poursuivent et se renforcent.

En date du 18 juillet 1983, un message de David Kimhi, Directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères, mentionne que lors de cette entrevue, les Israéliens ont fait une demande visant à aménager un siège permanent à Beyrouth pour une mission israélienne.

Une demande quelque peu surréaliste, qui témoigne de la détermination de ce clan de normaliser coûte que coûte ses relations avec Israël, en dépit du fait que l’Etat hébreu occupe de larges fractions du sud-Liban.

Fin 1983, après de fastidieuses recherches, Israël opte pour l’aménagement d’une mission permanente à Dbayeh, au terme de pérégrinations entre Baabda et Yarzé, les quartiers résidentiels du secteur chrétien.

3- Daniel Glaser, l’ancien haut fonctionnaire du trésor américain, Conseiller N°1 du président d’Antoine Sehnaoui

Trente ans après les conciliabules de Beyrouth, les contacts libano-israéliens se sont déplacés à Washington, siège de l’AIPAC, la principale organisation de lobbying pro israélienne.

Pur hasard ou coïncidence? Daniel Glaser, ancien haut fonctionnaire du Trésor américain, est coopté comme membre du Conseil d’Administration du “Financial Integrity Institution”, un organisme libanais chargé de vérifier la conformité des opérations bancaires. On croit rêver: Un organisme chargé de vérifier l’intégrité dans un pays gouverné par une mafiocratie politico-bancaire.

Sur ce thème, cf ces liens :

Le choix n’est pas anodin. Daniel Glaser a passé 20 ans au sein de l’administration du Trésor, l’organisme chargé de sanctionner les institutions et les personnes hostiles aux intérêts américains dans le Monde.

En 2017, Antoine Sehnaoui, en sa qualité de PDG de La “Société Générale – Banque Liban (SGBL) nomme Daniel Glaser, conseiller n° 1 du PDG de la SGBL, c’est-à-dire son propre conseiller.

Pur hasard ou coïncidence là aussi ? La nomination de Daniel Glaser au poste de Conseiller n°1 du PDG de la SGBL intervient alors que le Hezbollah libanais, la bête noire d’Antoine Sehnaoui, des Etats Unis et d’Israël, fait l’objet de sanctions financières de la part des Etats Unis, en vertu du “Hezbollah Accountability Act” (HATA”.

Autrement dit, une discrète façon d’instrumentaliser une fonction pour assouvir des buts inavoués.

Au terme de ce panorama, force est de mentionner, pour être complet, qu’un des membres de la famille Sehnaoui, Nada Sehnaoui, une plasticienne et digitaliste frénétique, a eu un enfant prénommé Abdallah de l’actuel premier ministre libanais, Nawaf Salam, l’homme lige par excellence des Saoudiens et des Américains. Une cerise sur le gâteau, en somme.

Pour le lectorat arabophone, cf ce lien.

4- L’Orient Le Jour et les révélations sur Antoine Sehnaoui: une repentance tardive.

Antoine Sehnaoui défraie la chronique depuis quelques années au Liban avec sa propre milice dans le secteur chrétien d’Achrafieh, Est de Beyrouth, fief supposé de Samir Geagea, le chef des “Forces Libanaises”, la formation chrétienne radicale, avec lequel il est en rivalité. Ce banquier et homme aux affaires tentaculaires s’est engagé activement contre le Hezbollah et ses relais médiatiques.

Les révélations de l’Orient Le Jour sur Antoine Sehnaoui.

La photo du dîner du banquier en compagnie du premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, à Washington, fin juillet 2026, –alors que l’Etat hébreu procédait à l’anéantissement du sud Liban à coups de phosphore blanc–, a provoqué un tollé tel au Liban que “L’Orient le Jour” a dû, à son corps défendant, se démarquer de ce personnage sulfureux qui fut pourtant longtemps l’un des principaux bailleurs de fonds du quotidien francophone, via ses nombreux placards publicitaires.

En publiant ce dossier, l’Orient-Le Jour, qui se vantait d’avoir titré “le Hezbollah suicide le Liban pour le compte de l’Iran”, à la reprise des hostilités entre Israël et la formation chiite, en février 2026, a paru ainsi procéder à une opération de blanchiment a posteriori des turpitudes passées d’un quotidien qui s’est longtemps vécu comme l‘organe officieux de l’establishement politico-clanique gangréné du Liban, au prétexte de se condidérer comme le journal de référence intellectuelle du Liban et du Monde francophone du Moyen-Orient.

Une publication tardive -trop tardive- pour une repentance tardive de sa trop longue connivence avec l’affairiste banquier libanais. Un solde de tout compte en somme.

Par transposition au plan français, sur fond de pré- campagne présidentielle française,  les révélations de l’Orient le Jour ont pu être interprétées comme une torpille d’Emmanuel Macron, tuteur de Rima Abdel Malak, la nouvelle directrice de l’Orient le Jour, contre le camp hollandais afin d’ôter toute envie au socialo-motoriste de succéder au “Jupiter de France” à la magistrature française.

Pour mémoire Antoine Sehnaoui finance, via la société Ezekiel, les films de Julie Gayet, la compagne du président “Flamby” de France, François Hollande, –l’homme qui s’est distingué en entonnant “une chanson d’amour pour Israël” -non en compagnie d’un pacifiste israélien-, mais dans la cuisine de l’ultra droitier premier ministre israélien Benyamin Netanyahu et à ce titre, le fossoyeur du socialisme français.

Sur François Hollande, cf ce lien:

“Le dossier le plus sensible évoqué dans le dossier  de l’Orient Le Jour concerne Nada Hamadé Mouawad, ambassadrice du Liban à Washington et actuellement au premier plan en raison des négociations israélo-libanaises sous médiation américaine”, observe François Bacha, directeur du site francophone libanais Libnanews.

Selon l’enquête du quotidien libanais, Antoine Sehnaoui aurait «beaucoup œuvré en coulisses» pour soutenir sa candidature face à Nijad Fares et Paul Salem. Le texte décrit aussi un homme d’affaires très à l’aise à l’ambassade, accueillant parfois des invités aux côtés de l’ambassadrice lors de certains dîners. Nada Hamadé Mouawad est par ailleurs présentée comme proche du président Joseph Aoun et en première ligne dans les négociations entre le Liban et Israël”, poursuit M. Bacha.

Cela ne signifie pas qu’elle agit sur ordre d’Antoun Sehnaoui. Mais cela suffit à créer un problème politique majeur dans le contexte actuel des discussions qui vont se poursuivre à Rome”….Une ambassadrice engagée dans des discussions aussi sensibles doit être perçue comme la représentante d’une ligne strictement institutionnelle. Sa crédibilité dépend autant de son mandat officiel que de l’image d’indépendance qu’elle renvoie à Beyrouth, conclut-il.

Antoine Sehnaoui a participé au lancement d’une initiative associant le Washington National Opera et l’Opéra israélien de Tel-Aviv. Il est apparu avec un ruban jaune en soutien aux otages israéliens. Son nom a été inscrit avec celui de Morgan Ortagus sur le mur des donateurs du Musée mémorial de l’Holocauste à Washington. Certains à Washington l’auraient même surnommé le « Lebanese AIPAC guy ».

L’enquête de L’orient-Le Jour rapporte également qu’Antoine Sehnaoui aurait déclaré que, lorsqu’il reviendrait à Beyrouth, ce serait «depuis l’aéroport Ben Gourion».

Il est à craindre d’ailleurs que le zèle pro sioniste d’Antoine Sehanoui ne cherche à masquer sa probable déconfiture financière.

Pour mémoire, le banquier est aussi un proche du fils de l’ancien président assassiné René Moawad, Michel Moawad, qui parle à l’oreille des pontes de la NED (National Endowment for Democracy), une ONG ultra conservatrice américaine. Ce fonctionnement réticulaire pourrait expliquer, sans le justifier, ce mic mac sulfureux.

Sur les ONG au Liban  cf ce lien:

https://www.madaniya.info/2024/01/22/liban-etats-unis-softwar-4-5-les-principaux-acteurs-de-la-soft-war

Ignore-t-elle la nouvelle directrice du quotidien, Rima Abdel Malak, ancienne ministre française de la culture, –parachutée à Beyrouth par le président  Emmanuel Macron– que le Liban est  le seul  pays arabe à avoir obtenu le retrait israélien du sud liban, en l’an 2.000, sans négociation, ni traité de paix, grâce au Hezbollah, et qu’ à ce titre, la formation paramilitaire chiite est perçue par de larges fractions de l’opinion du  quart-monde comme le sentinelle de l’indépendance libanaise.

Bis répétita: Ignore-elle, en outre, cette novice, que le Hezbollah a combattu plus longuement et durablement Israël que les quatre pays arabes du champs de bataille, infligeant davantage de pertes matérielles et humaines à l’état hébreu que la totalité de ces pays réunis (Egypte, Syrie, Jordanie, Liban, en sus de l’OLP) durant ses nombreuses confrontations avec l’Etat hébreu (1982-2000, 2006, 2024-25 et 2026).

Qu’ Hassan Nasrallah, de l’aveu même d’un universitaire israélien, est le premier dirigeant arabe depuis Nasser à disposer d’une capacité d’influence sur l’opinion israélienne.

Que le Hezbollah est la principale formation paramilitaire de la plus importante communauté libanaise, numériquement parlant, les chiites (40 pour cent de la population) et que tant au niveau de la démocratie numérique que de la démocratie patriotique, sa place dans l’échiquier libanais est une place de choix en dépit des vociférations de cette conjuration de cloportes.

Qu’enfin du magma libanais a surgi le Hezbollah, à la faveur de la montée en puissance de la communauté chiite dans le jeu politique libanais, dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban, en 1982, sur les décombres de l’OLP, dont le sanctuaire libanais avait été éradiqué à cette occasion avec les encouragements des Etats Unis et de l’Arabie saoudite, les nouveaux tuteurs du Liban.

Que le Hezbollah, –cauchemar de l’Occident, bête noire des Saoudiens et des Israéliens–, a constamment fait l’objet d’une manœuvre d’étranglement visant à neutraliser la seule structure arabe à tenir tête tout à la fois aux États-Unis, à Israël et à la dynastie wahhabite.

Ah les ravages du nombrilisme…. Et de l’ignorance, tant il est vrai que l’ignorance ne s’apprend pas (Pascal) et que l’ignorant ignore sa propre ignorance.

5- Le jugement de M. Abdallah Naaman, ancien attaché culturel du Liban à Paris sur le Liban et l’Orient-Le jour

Au vu de ce qui précède, force est de constater qu’il n’y aura “pas de salut pour le pays du Cèdre, tant que les Libanais baigneront dans leurs cinq fosses septiques indécrottables: Le confessionnalisme, le féodalisme, la corruption, la cupidité, la collaboration avec l’étranger, –enfin, dernier et non la moindre tare– et le racisme interne.

De véritables cancers sur lesquels  prospèrent l’ADN des Libanais ad vitam aeternam”, a estimé M. Abdallah Naaman, ancien attaché culturel à l’ambassade du Liban à Paris.

“L’Orient Le Jour (OLJ) est devenu, depuis belle lurette, un bulletin de paroisse d’un patelin de province qui ne survit que grâce aux subsides du Quai d’Orsay, lequel cherche, en vain, à maintenir une présence française dans un pays qui a été porté sur les fonts baptismaux par un général manchot mal inspiré » (NDLR: le général Henri Gouraud), a poursuivi le diplomate libanais longtemps en poste dans la capitale française et bien avisé des affaires franco-libanaises .

“On sait bien que la France est devenue, à présent, complètement éliminée de la scène levantine, en dépit des propos des derniers mohicans francophones d’Achrafieh, le secteur chrétien de Beyrouth,  qui continuent d’ânonner que Paris est toujours la mère nourricière du Liban”, a conclu M. Naaman dans une déclaration au site madaniya.info

Sur Hassan Nasrallah

Pour aller plus loin sur Antoine Sehnaoui, cf ce lien:

Pour le locuteur arabophone, le récit d’Al Akhbar sur ce lien

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ReneNaba
ReneNabahttp://www.renenaba.com/
René Naba | Journaliste, Ecrivain, En partenariat avec https;//www.Madaniya.info Français d’origine libanaise, jouissant d’une double culture franco arabe, natif d’Afrique, juriste de formation et journaliste de profession ayant opéré pendant 40 ans au Moyen Orient, en Afrique du Nord et en Europe, l’auteur dont l’expérience internationale s’articule sur trois continents (Afrique Europe Asie) a été la première personne d’origine arabe à exercer, bien avant la diversité, des responsabilités journalistiques sur le Monde arabo-musulman au sein d’une grande entreprise de presse française de dimension mondiale.

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