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Cinq milliards de dollars pour remplacer la FINUL : le chiffre qui révèle l’ampleur du défi militaire au Sud

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Un chiffre, passé presque inaperçu au milieu des déclarations politiques entourant la réunion de Paris, donne une autre dimension au débat sur l’avenir du Sud-Liban : cinq milliards de dollars. Selon une source parlementaire citée par une source médiatique le 18 septembre 2026, des représentants de l’institution militaire auraient indiqué, lors d’une réunion de la commission parlementaire de la Défense et de l’Intérieur tenue la semaine précédente, que l’armée libanaise aurait besoin d’environ cinq milliards de dollars pour assumer les missions actuellement exercées par la FINUL dans le Sud. Le montant n’a pas été annoncé officiellement par le commandement de l’armée dans les documents disponibles et doit donc rester présenté comme une information attribuée. Mais son ordre de grandeur éclaire brutalement le problème auquel l’État est confronté : remplacer une force internationale ne consiste pas simplement à envoyer davantage de soldats au sud du Litani.

La question devient d’autant plus sensible que la fin programmée de la mission internationale intervient au moment où l’armée est appelée à exercer davantage de responsabilités territoriales, à accompagner une éventuelle évacuation israélienne et à appliquer la politique gouvernementale de concentration des armes entre les mains de l’État. À Paris, les partenaires du Liban ont réaffirmé leur soutien à cette orientation. Pourtant, aucune enveloppe de cinq milliards de dollars n’a été annoncée. Le décalage entre les responsabilités promises à l’armée et les moyens effectivement garantis constitue donc l’un des dossiers les moins visibles, mais les plus importants, de l’après-FINUL.

Ce que recouvrent réellement les cinq milliards

Il serait trompeur de présenter les cinq milliards comme le simple « coût du remplacement de la FINUL ». La source parlementaire citée ne fournit pas, dans les éléments disponibles, la ventilation de ce montant. Aucun tableau ne permet de savoir quelle part serait consacrée aux soldes, aux véhicules, aux systèmes de surveillance, aux infrastructures ou aux équipements. Le chiffre ne doit donc pas être artificiellement détaillé.

En revanche, les discussions de Paris permettent de comprendre la nature des besoins auxquels l’armée sera confrontée. Le roi Abdallah II de Jordanie a publiquement évoqué les équipements nécessaires pour sécuriser les frontières, les pièces de rechange indispensables au matériel existant, la lutte contre les drones et la surveillance de l’espace aérien. D’autres sources médiatiques insistent sur les besoins logistiques et sur la nécessité d’une formation adaptée aux nouvelles missions. L’enjeu porte ainsi sur une transformation de capacité et non sur une simple augmentation des effectifs.

La FINUL fournit aujourd’hui bien davantage qu’une présence humaine. Une force internationale dispose d’une chaîne logistique, de moyens de transport, de communications, d’installations permanentes et d’une capacité de surveillance. Lorsqu’elle disparaît, l’espace qu’elle laisse derrière elle ne se mesure donc pas uniquement au nombre de soldats qui quittent le territoire. Une partie de ses fonctions doit être reprise, une autre peut devenir inutile et certaines doivent être entièrement repensées autour des responsabilités de l’armée libanaise.

Le défi est également géographique. L’armée devra être suffisamment présente dans le Sud pour contrôler le terrain tout en continuant à remplir ses missions dans le reste du pays. Un renforcement massif au sud ne peut pas se faire en affaiblissant durablement les dispositifs de sécurité ailleurs. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le soutien aux Forces de sécurité intérieure est associé au soutien à l’armée : plus cette dernière concentre de ressources sur le Sud, plus les autres institutions doivent être capables de prendre en charge certaines missions de sécurité intérieure.

Les cinq milliards donnent ainsi une indication sur la profondeur de la transformation envisagée. Même si le montant doit encore être officiellement confirmé, il montre que l’après-FINUL est un problème de structure militaire avant d’être un problème de déploiement.

Paris n’a pas apporté les cinq milliards

La réunion du 18 septembre avait précisément pour objet de préparer un futur soutien international à l’armée et aux forces de sécurité. Elle réunissait des responsables libanais, français, jordaniens, américains, arabes et européens ainsi que des représentants d’organisations internationales. Pourtant, les informations provenant des discussions ne font état d’aucun engagement financier global correspondant à l’ampleur du besoin évoqué devant la commission parlementaire.

La réunion était préparatoire. Elle devait identifier les besoins, coordonner les partenaires et préparer une conférence ultérieure. Des rapports ont été présentés par la délégation libanaise afin d’exposer les demandes de l’armée et des Forces de sécurité intérieure. Joseph Aoun a demandé qu’une feuille de route et un calendrier clair soient établis pour la véritable conférence de soutien. Le roi Abdallah II a pour sa part indiqué qu’un nouveau rendez-vous devait permettre, avant la fin de l’année, d’évaluer les progrès accomplis.

Cette architecture diplomatique montre que le financement n’est pas encore acquis. Les besoins sont connus ou en cours de définition, mais les engagements restent à construire. Une source médiatique rapporte d’ailleurs que la date définitive de la conférence de soutien n’était pas encore fixée et dépendait de consultations diplomatiques conduites notamment par Paris et Amman.

Autrement dit, l’État libanais prépare déjà le transfert de responsabilités alors que le financement complet de ce transfert n’est pas sécurisé.

C’est probablement le principal risque de la séquence actuelle.

Le piège de la conditionnalité

L’information la plus sensible ne concerne toutefois pas le montant. Elle concerne les conditions qui pourraient accompagner son financement.

Selon des sources diplomatiques citées par plusieurs sources médiatiques, une partie des partenaires internationaux ne considère pas l’aide à l’armée comme indépendante du dossier des armes du Hezbollah. Une source médiatique fait état d’une approche américaine et saoudienne liant une aide substantielle à l’application des décisions de l’État sur la concentration des armes entre ses mains. Une autre décrit des conditions jugées particulièrement exigeantes par ses propres sources et présente le financement de l’armée comme étroitement associé aux résultats attendus dans le Sud.

Il faut distinguer ici le fait établi de l’information de coulisses. Les États-Unis et l’Arabie saoudite n’ont pas, dans les documents fournis, annoncé publiquement une formule du type : telle quantité d’armes retirées donnera droit à telle somme. Il n’existe pas non plus, dans le corpus, de document détaillant une condition financière officielle. En revanche, plusieurs sources médiatiques convergent vers l’idée que les bailleurs veulent que le renforcement de l’armée produise un changement concret dans le contrôle des armes et du territoire.

Le problème est alors presque mécanique. Si l’armée a besoin de plusieurs milliards pour acquérir les capacités lui permettant d’assumer l’après-FINUL, mais qu’une partie de ces milliards dépend de sa capacité à remplir d’abord certaines missions, l’institution se retrouve devant une équation difficile : elle doit produire les résultats qui justifieront l’aide avec des moyens qu’elle demande précisément parce qu’ils lui manquent.

C’est ici que la position française prend un sens particulier. Des sources diplomatiques décrivent Paris comme favorable à une approche plus progressive. L’aide devrait permettre à l’armée de construire ses capacités avant que l’ensemble des objectifs politiques et sécuritaires ne lui soient imposés. Cette méthode vise aussi à éviter qu’une institution conçue comme garante de la stabilité nationale soit placée trop rapidement au centre d’une confrontation intérieure.

Une mission militaire qui dépasse largement la frontière

La question des cinq milliards ne peut pas non plus être séparée de l’évolution du rôle que les partenaires étrangers souhaitent voir jouer par l’armée. Le discours public parle de souveraineté, de contrôle territorial et de sécurité des frontières. Mais la mission envisagée est plus large : l’armée devrait également devenir l’instrument principal de la concentration des armes entre les mains de l’État.

Cette transformation est considérable. Il ne s’agit plus uniquement de déployer des unités face à Israël. Il s’agit de faire de l’institution militaire le garant d’un nouvel équilibre intérieur.

Joseph Aoun a formulé cette orientation de manière explicite à Paris en déclarant que la protection du Liban, de sa souveraineté et de sa stabilité devait relever des institutions militaires et sécuritaires de l’État. Il a également affirmé que des décisions difficiles avaient commencé à être appliquées. Le roi Abdallah II a lié le renforcement de l’armée à sa capacité à traiter les dossiers intérieurs et à assurer la concentration des armes entre les mains de l’État.

Le financement devient alors politique. Les cinq milliards, s’ils correspondent effectivement à l’estimation de l’institution militaire, ne serviraient pas seulement à remplacer des capacités internationales. Ils contribueraient à construire une armée appelée à occuper une place beaucoup plus importante dans l’organisation de la sécurité nationale.

Cette différence explique pourquoi les bailleurs veulent savoir exactement ce qu’ils financeront.

Le retrait israélien complique encore l’équation

Une source parlementaire pose dans ce contexte une question particulièrement sensible : comment demander à l’État de prendre en charge la défense des frontières et la souveraineté sans lui donner les capacités militaires correspondantes, alors qu’Israël conserve des positions dans le Sud ? La même source s’interroge sur les garanties dont disposerait le Liban contre une progression israélienne au nord du Litani si le Hezbollah abandonnait ses armes sans que l’armée ait été préalablement renforcée.

Il s’agit d’un argument provenant d’une source et non d’une conclusion qu’il faudrait reprendre comme certitude. Mais il révèle le cœur du désaccord sur le calendrier.

Pour une partie des partenaires du Liban, la concentration des armes entre les mains de l’État doit permettre la stabilisation du Sud et faciliter le retrait israélien. Pour ceux qui défendent une séquence inverse, le retrait israélien et le renforcement préalable de l’armée doivent créer les conditions permettant de traiter ensuite le dossier des armes.

Les deux raisonnements poursuivent officiellement le même résultat, mais leur ordre est opposé.

Cette question de séquence pourrait être plus déterminante que le montant final de l’aide. Même si cinq milliards étaient promis demain, leur utilisation dépendrait encore de la manière dont seraient coordonnés le retrait israélien, le déploiement de l’armée, le traitement des armes et la mise en place du dispositif succédant à la FINUL.

Cinq milliards, mais sur combien d’années ?

Une autre inconnue mérite d’être soulignée. Les informations disponibles ne précisent pas si les cinq milliards représenteraient un besoin immédiat, un programme pluriannuel ou l’ensemble des investissements nécessaires à une transformation durable de l’armée.

Cette absence de détail est essentielle. Cinq milliards versés sur une seule année constitueraient une opération exceptionnelle. La même somme étalée sur plusieurs années correspondrait à un programme de modernisation de long terme. Les implications budgétaires, militaires et politiques seraient très différentes.

Le financement pourrait également être réparti entre plusieurs catégories. Certains partenaires peuvent fournir directement des équipements plutôt que de l’argent. D’autres peuvent financer la formation. Certains peuvent prendre en charge des infrastructures ou des systèmes de surveillance. Les pays arabes pourraient participer financièrement tandis que les États disposant d’industries militaires apporteraient du matériel.

C’est probablement sous cette forme que le futur soutien sera négocié : non pas un chèque unique de cinq milliards, mais un ensemble d’engagements complémentaires.

Cette méthode possède cependant une faiblesse. Plus le financement est fragmenté entre bailleurs, plus la coordination devient complexe. Chaque État possède ses propres règles, ses priorités et parfois ses conditions politiques. L’armée peut alors recevoir des équipements sans disposer des pièces de rechange nécessaires, ou obtenir des systèmes dont le maintien dépend durablement du pays fournisseur.

La question n’est donc pas uniquement de réunir cinq milliards. Il faut construire une capacité cohérente.

L’État libanais devra lui aussi payer

Joseph Aoun a ajouté à Paris un élément rarement mis en avant : l’aide internationale ne peut pas constituer indéfiniment le seul financement des institutions militaires et sécuritaires. À mesure que les finances publiques se redressent, l’État libanais devra assumer une part croissante de leur coût.

Cette déclaration touche au problème structurel. Une armée peut être modernisée par des dons étrangers. Elle ne peut pas fonctionner durablement uniquement grâce à eux. Les soldes, l’entretien, le carburant, les infrastructures et le renouvellement du matériel constituent des dépenses permanentes.

Le futur modèle doit donc être soutenable après le départ des bailleurs.

C’est particulièrement important si l’armée reprend des fonctions actuellement exercées par une mission financée internationalement. Le Liban risque sinon de réussir la transition militaire tout en créant une charge budgétaire qu’il ne pourra pas maintenir quelques années plus tard.

Le débat sur les cinq milliards rejoint ainsi directement celui des finances publiques. Le soutien international peut financer la transformation initiale. La pérennité du dispositif dépendra ensuite de la capacité de l’État à financer son propre appareil de sécurité.

Le chiffre qui oblige à regarder au-delà des discours

Les cinq milliards doivent encore être confirmés officiellement et détaillés. Il serait prématuré d’en faire un budget arrêté de l’après-FINUL. Mais l’information attribuée à la source parlementaire possède déjà une valeur : elle révèle l’écart entre la simplicité du discours politique et la complexité de son exécution.

Dire que l’armée remplacera progressivement la FINUL est facile. Donner à l’armée les moyens de le faire l’est beaucoup moins. Il faut financer la surveillance, la mobilité, les communications, la maintenance, la protection des frontières et l’augmentation de la présence militaire dans le Sud sans affaiblir la sécurité du reste du territoire. Il faut en parallèle renforcer les Forces de sécurité intérieure. Il faut enfin organiser cette montée en puissance au moment même où l’armée se voit confier le dossier politiquement explosif de la concentration des armes entre les mains de l’État.

Le chiffre de cinq milliards pose donc la question que la diplomatie ne pourra pas éviter longtemps : les partenaires du Liban veulent-ils réellement financer l’armée capable d’exécuter la mission qu’ils lui demandent, ou souhaitent-ils d’abord obtenir les résultats politiques avant d’engager les moyens nécessaires ?

La réponse déterminera largement la crédibilité de l’après-FINUL. Car le danger n’est pas seulement qu’aucune force internationale ne remplace la mission actuelle. Il est que l’armée libanaise soit officiellement désignée pour la remplacer avant d’avoir reçu les moyens matériels, financiers et opérationnels correspondant à cette responsabilité.

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