Le juge Mohammad Saab a transmis au juge d’instruction Tarek Bitar la réquisition du parquet de cassation dans l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth. Cette étape ouvre la voie à la rédaction définitive de l’acte d’accusation, attendu avant la fin de 2026. Six ans après la catastrophe du 4 août 2020, le dossier judiciaire entre ainsi dans l’une de ses dernières phases avant un éventuel procès devant le Conseil de justice.
L’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth franchit une étape judiciaire majeure. Le juge Mohammad Saab, avocat général près la Cour de cassation, a transmis au juge d’instruction Tarek Bitar la réquisition du parquet concernant le fond du dossier.
Cette transmission permet désormais à Tarek Bitar de reprendre directement la main sur une procédure qu’il avait clôturée au niveau de l’instruction. Le magistrat avait déjà préparé un projet d’acte d’accusation avant de communiquer le dossier au parquet pour recueillir ses réquisitions.
Il doit maintenant examiner les observations formulées par le ministère public. Il pourra en tenir compte dans son acte d’accusation ou retenir une appréciation différente lorsqu’il estime que les faits et les éléments recueillis au cours de son enquête le justifient.
Selon des informations judiciaires concordantes publiées ces derniers jours, Tarek Bitar entend rendre son acte d’accusation avant la fin de l’année 2026. Certaines informations de presse évoquaient une publication dans les prochains jours. Une source judiciaire a toutefois souligné que le juge n’était soumis à aucun délai précis.
Cette nuance est importante. La transmission du document du parquet constitue une étape procédurale concrète et désormais accomplie. La date exacte de l’acte d’accusation, elle, n’est pas encore officiellement arrêtée.
Explosion du port : Bitar récupère un dossier décisif
La réquisition transmise par Mohammad Saab expose la position du parquet de cassation après l’examen du dossier constitué par Tarek Bitar.
Le magistrat du parquet a étudié les investigations, les documents et les différentes procédures menées au cours des dernières années. Il a ensuite signé et finalisé son évaluation sur le fond.
Cette intervention du parquet ne remplace pas la décision du juge d’instruction.
Tarek Bitar conserve la responsabilité de l’acte d’accusation. Il lui appartient de déterminer quelles personnes doivent être renvoyées devant la juridiction compétente, sous quelles qualifications et sur la base de quels éléments. Il peut également décider de ne pas retenir certaines responsabilités s’il estime les éléments insuffisants.
L’enjeu est donc considérable pour les personnes visées par l’enquête comme pour les familles des victimes.
Selon des informations de source médiatique, le juge devrait également fixer des audiences pour notifier aux personnes poursuivies les décisions judiciaires prises à leur encontre.
L’acte d’accusation constituera surtout le document permettant de connaître de manière détaillée les conclusions auxquelles Tarek Bitar est parvenu après plusieurs années d’investigations.
Un acte d’accusation attendu avant fin 2026
Le calendrier s’est accéléré au cours des dernières semaines.
Le ministre de la Justice, Adel Nassar, avait indiqué début septembre que Tarek Bitar avait terminé son enquête et transmis le dossier au parquet. Il avait alors évoqué l’achèvement de cette étape en octobre.
La réquisition du parquet a finalement été achevée plus rapidement.
Plusieurs médias libanais avaient annoncé lundi 14 septembre qu’elle devait être remise à Tarek Bitar dès le mardi 15 septembre ou dans les jours suivants. La transmission ayant désormais eu lieu, l’attention se déplace vers la dernière rédaction de l’acte d’accusation.
Des estimations différentes circulent sur le temps nécessaire.
Certaines informations évoquent seulement quelques jours. D’autres sources judiciaires se montrent plus prudentes et écartent l’existence d’un délai d’une ou deux semaines imposé au magistrat.
Le point qui fait l’objet des indications les plus concordantes reste l’objectif d’une publication avant la fin de 2026.
Si ce calendrier est respecté, l’année 2027 pourrait ouvrir une nouvelle phase avec le début des procédures devant le Conseil de justice.
Cette perspective reste toutefois conditionnée au contenu de l’acte d’accusation et aux décisions procédurales qui suivront sa publication.
Six années d’affrontements judiciaires et politiques
L’importance de cette étape tient aussi au parcours exceptionnellement difficile de l’enquête.
Le 4 août 2020, une gigantesque explosion avait dévasté le port de Beyrouth et plusieurs quartiers de la capitale. Plus de 220 personnes ont été tuées et plus de 6 500 blessées.
La déflagration a été liée à un important stock de nitrate d’ammonium entreposé pendant des années dans le port dans des conditions dangereuses.
Les investigations ont depuis cherché à déterminer les responsabilités dans l’arrivée de cette cargaison au Liban, son stockage, sa conservation et l’absence de mesures permettant d’écarter le danger malgré les alertes adressées à plusieurs responsables.
Tarek Bitar a interrogé ou convoqué au cours de son enquête plusieurs responsables politiques, judiciaires, administratifs et sécuritaires.
Aucun des responsables concernés par ces investigations n’est actuellement détenu dans le cadre du dossier.
Le travail du juge a surtout été interrompu ou ralenti pendant plusieurs années par une succession de recours, de contestations de compétence et d’affrontements au sein même de l’appareil judiciaire.
Plusieurs responsables poursuivis ou convoqués avaient contesté les décisions du magistrat. La multiplication des procédures avait progressivement paralysé l’instruction.
La confrontation avait également gagné le parquet de cassation, créant une situation institutionnelle inhabituelle autour de l’enquête.
Le déblocage progressif de l’enquête
Le dossier a connu un changement important avec la reprise des investigations et l’amélioration des relations institutionnelles entre le juge d’instruction et le parquet.
L’ancien procureur général près la Cour de cassation, Jamal Hajjar, avait chargé Mohammad Saab d’examiner le dossier et de préparer les réquisitions du ministère public.
Après son arrivée à la tête du parquet, Ahmad Rami el-Hajj a maintenu cette mission. Mohammad Saab a donc poursuivi l’examen des éléments réunis par Tarek Bitar jusqu’à l’achèvement de son document.
Cette continuité a permis de franchir une étape qui paraissait longtemps inaccessible.
Le 30 mars 2026, Tarek Bitar avait achevé ses investigations. Le dossier avait alors été transmis au parquet afin que celui-ci puisse effectuer son propre examen avant le retour du dossier chez le juge d’instruction.
C’est précisément ce retour qui vient d’avoir lieu.
Il ne signifie pas que les responsabilités sont déjà définitivement établies. L’acte d’accusation doit encore préciser les faits retenus, les personnes renvoyées devant la justice et les qualifications juridiques correspondantes.
Il représentera néanmoins le résultat judiciaire le plus important obtenu depuis le lancement de l’enquête.
Ce que doit désormais décider Tarek Bitar
Le juge doit à présent confronter son projet d’acte d’accusation aux observations du parquet.
Il dispose de plusieurs possibilités. Il peut suivre certaines demandes formulées dans la réquisition, en écarter d’autres ou maintenir ses propres conclusions lorsque son analyse des preuves diffère de celle du ministère public.
Cette indépendance explique pourquoi le contenu de la réquisition de Mohammad Saab ne permet pas, à lui seul, de connaître le contenu du futur acte d’accusation.
La prochaine étape ne consiste donc plus à rechercher de nouveaux éléments dans le cadre ordinaire de l’instruction, mais à transformer les années d’investigation en décisions judiciaires précises.
Pour les familles des victimes, cette évolution est particulièrement attendue. Six ans après l’explosion, aucune procédure n’a encore abouti à un jugement définitif permettant d’établir les responsabilités pénales dans la catastrophe.
La publication de l’acte d’accusation ne constituera pas elle-même un verdict. Les personnes renvoyées devant la justice resteront présumées innocentes tant qu’une juridiction n’aura pas statué sur leur responsabilité.
Mais elle permettra de sortir l’affaire de la longue phase d’instruction et d’identifier officiellement les faits et responsabilités que le juge estime suffisamment étayés pour justifier des poursuites.
Le dossier de l’explosion du port de Beyrouth se trouve ainsi à un moment très différent de celui des années de blocage. La réquisition du parquet est désormais entre les mains de Tarek Bitar. Reste à savoir combien de temps le magistrat prendra pour finaliser son acte d’accusation et quelles responsabilités il décidera d’y retenir.


