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Après la FINUL, la bataille cachée pour le contrôle du Sud-Liban

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La réunion de Paris consacrée au soutien à l’armée libanaise a donné l’image d’un consensus : renforcer l’institution militaire, préparer la fin de la FINUL et éviter qu’un vide sécuritaire ne s’installe dans le Sud. Les informations de coulisses publiées le 18 septembre dessinent pourtant un tableau beaucoup moins consensuel. Plusieurs projets concurrents sont discutés pour le jour suivant. Paris et Rome travaillent sur une présence européenne. Ankara aurait proposé une force multinationale à dominante musulmane. Washington cherche des garanties beaucoup plus précises sur le contrôle des armes. Israël, enfin, entend conserver un droit de regard déterminant sur la nature du dispositif qui pourrait s’installer près de sa frontière.

L’enjeu n’est donc plus seulement de remplacer la FINUL. Il est de savoir qui contrôlera réellement le système de sécurité du Sud après son départ. Derrière cette question se joue aussi le rôle futur de l’armée, le calendrier du retrait israélien, le sort des armes du Hezbollah et la place que conserveront la France, les États-Unis et les puissances régionales dans le dossier libanais.

Paris veut empêcher que le départ de la FINUL signifie aussi son propre effacement

La France a commencé à préparer l’après-FINUL avec l’Italie. Ce travail n’est plus une simple hypothèse diplomatique. Joseph Aoun et Emmanuel Macron en ont discuté directement à Paris. Une formule civile et militaire européenne est notamment examinée dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense. En parallèle, des discussions portent sur le cadre international qui permettrait d’éviter qu’un vide apparaisse entre le départ de la force actuelle et la montée en puissance de l’armée libanaise.

Emmanuel Macron a fixé publiquement la doctrine française : la force internationale ne doit pas être remplacée par une autre force qui exercerait les responsabilités de l’État. L’armée doit devenir l’acteur principal. Une présence extérieure pourrait rester pour la soutenir. Cette distinction est essentielle, car Paris ne défend pas seulement la continuité d’une présence étrangère. La France cherche à organiser un transfert progressif de responsabilité vers Beyrouth, tout en conservant autour de l’armée un dispositif capable de l’aider matériellement et opérationnellement.

Mais des sources diplomatiques citées par une source médiatique décrivent une négociation plus conflictuelle. Selon elles, Paris voudrait faire du soutien à l’armée et de la préparation de l’après-FINUL les deux instruments de son retour au premier plan dans le dossier libanais. Cette stratégie rencontrerait des réserves américaines et israéliennes. Le désaccord ne porterait pas simplement sur le drapeau des soldats appelés à rester dans le Sud. Il concernerait leur mission.

C’est probablement le point le plus important de toute l’affaire. Une mission chargée d’aider l’armée à surveiller une frontière n’a rien de comparable avec une force chargée de vérifier l’application du désarmement. Dans le premier cas, l’État libanais conserve l’initiative. Dans le second, un acteur extérieur acquiert une capacité de contrôle sur une question qui touche directement à l’équilibre politique intérieur.

Le mandat de la future force constitue le véritable point de rupture

Selon les informations attribuées à des sources diplomatiques, Israël ne voudrait pas retrouver après la FINUL un mécanisme international limité à l’observation des violations. Il chercherait des garanties plus contraignantes. Une éventuelle force appelée à succéder au dispositif actuel devrait pouvoir vérifier concrètement l’application des arrangements sécuritaires et l’absence d’infrastructures militaires du Hezbollah dans les zones concernées.

Une telle évolution modifierait profondément la nature de la présence internationale. Vérifier l’absence d’armes suppose des moyens de renseignement, de surveillance et d’accès au terrain. Il faut ensuite déterminer ce qui se passe lorsqu’une installation suspecte est découverte. L’information est-elle transmise uniquement à l’armée libanaise ? Aux États participants ? Aux États-Unis ? À Israël par l’intermédiaire d’un mécanisme international ? Une mission peut-elle demander l’accès à un site ? L’armée est-elle seule habilitée à y entrer ?

Aucune réponse définitive à ces questions n’apparaît dans les informations disponibles. C’est précisément ce qui rend les discussions importantes. Le futur mandat pourrait décider du rapport de force avant même que la composition de la mission soit connue.

Le Liban cherche de son côté à conserver une légitimité internationale forte pour tout dispositif appelé à remplacer la FINUL. Cette préférence n’est pas seulement diplomatique. Une mission bénéficiant d’une couverture internationale offre davantage de garanties à ses personnels et limite théoriquement la possibilité qu’un État impose seul ses règles. Elle permet aussi à Beyrouth de défendre le principe selon lequel l’armée reste l’autorité souveraine, tandis que la présence étrangère exerce une fonction d’assistance.

Le problème est que cette conception ne répond pas automatiquement à la demande israélienne de garanties vérifiables. C’est là que les deux logiques se heurtent.

Le soutien à l’armée pourrait être conditionné à ce qu’on lui demande justement de réaliser

Une autre information de coulisses éclaire la difficulté. Des sources diplomatiques font état d’un lien américain et saoudien entre une aide militaire substantielle et l’application des décisions gouvernementales relatives à la concentration des armes entre les mains de l’État. Il ne s’agit pas, dans les documents disponibles, d’une condition écrite et officiellement annoncée. Il faut donc la considérer comme une information attribuée, non comme une décision formellement établie.

Mais cette information permet de comprendre pourquoi Paris insiste autant sur la nécessité de renforcer d’abord l’armée. La France privilégierait une approche graduelle. L’idée est simple : demander à l’armée de prendre en charge un espace beaucoup plus vaste, de remplacer progressivement une force internationale et de traiter simultanément le dossier des armes exige des moyens supplémentaires avant même que les résultats puissent être obtenus.

Le paradoxe est évident. Certains partenaires pourraient demander à l’État de démontrer sa capacité à imposer son autorité avant de lui fournir toute l’aide nécessaire pour y parvenir.

La réunion de Paris a d’ailleurs permis d’identifier des besoins très concrets. Il a été question de surveillance des airs, de lutte contre les drones, de pièces de rechange, de contrôle territorial et de capacités permettant à l’armée d’étendre durablement son déploiement. Le roi Abdallah II a demandé que ces lacunes soient comblées rapidement. Il a également lié le renforcement de l’armée à sa capacité de traiter le dossier de la concentration des armes entre les mains de l’État.

Le débat sur les financements n’est donc pas secondaire. Il constitue l’une des clés du rapport de force. Celui qui finance les nouvelles capacités de l’armée acquiert nécessairement une influence sur les priorités qu’il souhaite lui voir appliquer.

Israël pourrait utiliser le calendrier militaire pour peser sur la négociation

Une autre information provenant de milieux politiques permet de relier cette bataille diplomatique aux opérations sur le terrain. Selon ces sources, Israël chercherait à exploiter la période précédant la huitième séance de négociation afin d’améliorer sa position avant le prochain rendez-vous. L’objectif serait de consolider progressivement une réalité sécuritaire dans certaines parties du Sud et d’arriver à la table des discussions avec un rapport de force plus favorable.

Cette lecture donne une autre signification aux opérations militaires. Chaque avancée ou position conservée ne constituerait pas seulement un événement tactique. Elle pourrait devenir un élément de négociation. Plus Israël contrôle de points au moment où s’ouvre une nouvelle phase diplomatique, plus il dispose de choses à restituer en échange de garanties.

Cette logique explique également l’insistance libanaise sur le retrait. Beyrouth refuse que le contrôle des armes soit traité comme une obligation isolée alors qu’une partie du territoire reste occupée. Joseph Aoun a rappelé à Paris que le Liban avait pris des engagements, mais que leur application complète ne pouvait être séparée de l’arrêt des attaques et du retrait israélien.

La séquence devient alors déterminante. Israël peut demander des garanties avant de se retirer. Le Liban demande le retrait pour permettre à l’État d’exercer pleinement son autorité. Certains bailleurs veulent des résultats sur les armes avant d’engager une assistance plus importante. L’armée demande les moyens nécessaires pour accomplir ces missions. Chaque acteur conditionne ainsi son mouvement à celui d’un autre.

Ce mécanisme peut produire une négociation interminable.

La Turquie a mis sur la table une solution qui change la nature du problème

Dans ce contexte, Ankara aurait avancé une proposition très différente du projet européen. Selon des sources politiques, la Turquie souhaiterait participer au dispositif de l’après-FINUL et aurait proposé une force multinationale comprenant notamment l’Égypte, le Pakistan, l’Indonésie et la Malaisie, avec la possibilité d’y associer d’autres pays arabes.

Cette proposition n’est pas anodine. Elle répond à l’une des faiblesses d’un mécanisme exclusivement européen : son acceptabilité politique. Une force comprenant des pays arabes et musulmans pourrait être plus difficile à présenter au Liban comme un dispositif occidental destiné principalement à satisfaire les demandes israéliennes. Elle donnerait également à Ankara un rôle direct dans l’équilibre sécuritaire du Levant.

Les mêmes sources indiquent toutefois qu’Israël rejette cette hypothèse, précisément parce qu’il ne souhaite pas voir des forces turques s’installer près de sa frontière. Si cette opposition se confirme, la proposition turque révèle une contrainte fondamentale : la composition de la future mission dépendra autant de la géopolitique régionale que des besoins de l’armée libanaise.

La position du Hezbollah ajoute une autre dimension. Des sources politiques font état d’une plus grande souplesse du mouvement à l’égard d’une formule comprenant la Turquie et des pays musulmans qu’envers une force occidentale. Là encore, il ne s’agit pas d’un accord officiel du Hezbollah sur un projet finalisé. Mais cette donnée montre que le choix des contributeurs pourrait être utilisé pour réduire la résistance politique intérieure à un nouveau mécanisme.

Le résultat est un triangle particulièrement difficile à résoudre. Une force acceptable pour Israël peut être difficilement acceptable pour le Hezbollah. Une formule jugée moins problématique par le Hezbollah peut être rejetée par Israël. Le gouvernement libanais doit trouver entre les deux une mission suffisamment légitime pour fonctionner sans devenir elle-même un nouveau motif de confrontation.

L’Arabie saoudite reste dans le dossier, malgré une présence publique plus discrète

Des sources informées contredisent également l’idée d’un retrait saoudien du dossier libanais. Riyad resterait engagé auprès de l’État, de Joseph Aoun, de Nawaf Salam et de l’armée. Sa discrétion actuelle serait davantage liée aux priorités régionales, notamment au Yémen, qu’à un abandon du Liban.

Cette donnée est importante pour l’après-FINUL. Une transformation de l’armée à l’échelle envisagée nécessitera des financements que la France ne peut probablement pas assumer seule. Les États-Unis peuvent fournir une partie des équipements et de l’assistance. Les pays du Golfe disposent, eux, de capacités financières susceptibles de donner au projet une tout autre ampleur.

Le rôle saoudien pourrait donc devenir décisif au moment où les discussions générales devront être converties en engagements chiffrés. Mais si la conditionnalité politique rapportée par certaines sources diplomatiques se confirme, Riyad ne serait pas seulement un bailleur. Il participerait aussi à la définition de la séquence : aide, extension de l’autorité de l’État et traitement du dossier des armes.

C’est précisément pour cette raison que la réunion de Paris ne doit pas être lue uniquement comme une conférence de soutien. Elle constitue le début d’une négociation sur les conditions mêmes de ce soutien.

Le véritable risque : une transition où personne n’accepte le même « jour suivant »

La difficulté de l’après-FINUL tient finalement moins à l’absence de projets qu’à leur incompatibilité partielle. Paris et Rome travaillent sur une solution européenne. Ankara avance une formule multinationale à dominante musulmane. Washington veut des garanties de sécurité suffisamment solides. Israël cherche un mécanisme capable d’empêcher la reconstitution des capacités du Hezbollah. Le Liban veut que l’armée demeure l’autorité centrale et refuse qu’un dispositif extérieur se substitue à la souveraineté nationale.

Ces positions peuvent encore être rapprochées, mais cela exige de répondre à des questions très concrètes qui restent ouvertes. Qui surveillera les zones évacuées par Israël ? Quel pays fournira les moyens de surveillance aérienne ? La future présence aura-t-elle accès aux informations recueillies par l’armée ? Pourra-t-elle vérifier elle-même certains sites ? Qui financera son fonctionnement ? Que se passera-t-il en cas de désaccord entre ses observations et celles des autorités libanaises ? Surtout, le retrait israélien précédera-t-il le déploiement du nouveau dispositif ou progressera-t-il parallèlement à lui ?

C’est autour de ces questions que se joue la véritable bataille.

La France veut éviter deux pertes simultanées : celle de la FINUL et celle de son influence historique sur le dossier libanais. Les États-Unis disposent du levier israélien et d’une grande partie des moyens militaires nécessaires à l’armée. Israël veut transformer la transition en garantie durable contre le Hezbollah. La Turquie cherche une porte d’entrée stratégique. L’Arabie saoudite possède une capacité financière et politique qui pourrait devenir déterminante. Quant au Liban, il doit obtenir suffisamment d’aide de tous sans laisser aucun de ces acteurs définir seul ce que sera le Sud.

L’après-FINUL n’est donc pas encore un plan. C’est une négociation sur le pouvoir. Pouvoir de l’armée sur le territoire, pouvoir d’une éventuelle mission internationale pour contrôler ce qui s’y passe, pouvoir des bailleurs sur les conditions de leur aide et pouvoir d’Israël de lier son retrait aux garanties qu’il exige.

La question décisive n’est dès lors pas de savoir quel uniforme remplacera les Casques bleus. Elle est de déterminer qui vérifiera quoi, pour le compte de qui, et avec quelles conséquences. C’est sur ces quelques paramètres très concrets que se décidera si la fin de la FINUL marque réellement le retour de l’État libanais dans le Sud, ou simplement le passage d’un système international de contrôle à un autre.

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