L’ancien président de la République Michel Aoun a déposé mercredi 16 septembre 2026 une plainte pénale après la publication d’informations faisant état de sa possible mise en cause dans l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth. Il est représenté dans cette démarche par son avocat Wadih Akl.
La plainte intervient au lendemain de la diffusion d’informations attribuées à une source judiciaire anonyme. Selon celles-ci, le parquet aurait recommandé au juge d’instruction Tarek Bitar d’engager des poursuites contre l’ancien chef de l’État dans le dossier de l’explosion du 4 août 2020.
À ce stade, aucune décision de mise en accusation de Michel Aoun par Tarek Bitar n’a été annoncée. Les informations diffusées portent sur ce que le parquet aurait demandé au juge, auquel revient la décision sur les poursuites à retenir.
La plainte déposée par Michel Aoun vise notamment des faits d’insulte, de diffamation, de calomnie, de fausse accusation, de violation du secret de l’enquête et de fabrication de fausses informations.
Michel Aoun dénonce des « fuites judiciaires »
L’ancien président conteste les conditions dans lesquelles les informations concernant sa possible mise en cause ont été rendues publiques.
« Dans les affaires tachées de sang, une rumeur n’est pas une simple parole passagère ; elle constitue une nouvelle agression contre les victimes et une tentative d’assassiner la vérité avant qu’elle n’atteigne le sanctuaire de la justice », a déclaré Michel Aoun.
Il vise en particulier les informations présentées comme provenant de « fuites judiciaires » liées aux conclusions du parquet dans l’enquête sur l’explosion.
Michel Aoun développe deux hypothèses. Si les informations publiées correspondent réellement au contenu du document judiciaire, leur divulgation pose selon lui la question d’une violation du secret de l’enquête. Si elles sont inexactes, il estime que se pose alors la question de la fabrication et de la diffusion de fausses informations.
« Si la fuite est authentique, elle soulève des soupçons de violation du secret de l’enquête ; si elle est fausse, elle soulève des soupçons de fabrication et de diffusion de fausses nouvelles », affirme-t-il.
Dans les deux cas, l’ancien président estime qu’il s’agit d’une atteinte au bon fonctionnement de la justice.
Il dénonce également une tentative de déformer les faits, d’occulter les véritables responsables et de construire une condamnation médiatique en dehors de la procédure judiciaire.
Une possible mise en cause liée à sa connaissance du nitrate
Les informations à l’origine de la plainte indiquent que le parquet aurait demandé à Tarek Bitar de poursuivre Michel Aoun en raison des informations dont il aurait disposé avant l’explosion.
Selon la source judiciaire anonyme à l’origine de ces révélations, l’ancien président aurait eu connaissance de la présence du nitrate d’ammonium au port de Beyrouth et de sa dangerosité.
Le parquet lui reprocherait, selon cette même version, de ne pas avoir pris les mesures nécessaires face à ce danger et de ne pas avoir porté le dossier devant le Conseil supérieur de défense.
Il s’agit toutefois du contenu attribué aux conclusions du parquet par une source anonyme. Le document lui-même n’a pas été rendu public et Tarek Bitar n’a pas annoncé avoir retenu ces éléments contre Michel Aoun.
La distinction est déterminante pour l’état actuel de la procédure : l’ancien président fait l’objet d’informations concernant une possible mise en cause, et non d’une mise en accusation annoncée par le juge chargé de l’enquête.
Plus de 70 personnes concernées par l’examen du parquet
La controverse intervient après la remise au juge Bitar de l’examen du dossier effectué par le procureur Mohammad Saab.
Ce travail précise les responsabilités de plus de 70 personnes concernées par l’enquête. Elles comprennent des responsables politiques actuels et anciens, des responsables militaires et sécuritaires ainsi que des fonctionnaires. Certaines avaient déjà été mises en cause par Tarek Bitar au cours de la procédure.
Le parquet a étudié le dossier après l’achèvement de l’essentiel des investigations conduites par le juge.
Mohammad Saab a remis son examen mardi 15 septembre. C’est dans ce cadre que la recommandation concernant Michel Aoun aurait été formulée, selon l’information attribuée à la source judiciaire anonyme.
La transmission du document au juge ne met toutefois pas fin à la procédure.
La décision reste entre les mains de Bitar
Tarek Bitar doit désormais examiner la position du parquet et décider des suites judiciaires.
Il lui appartient de déterminer les charges qu’il entend retenir contre les différentes personnes concernées. Il peut également procéder à des actes d’instruction supplémentaires avant de rendre ses décisions.
La recommandation attribuée au parquet concernant Michel Aoun ne lie donc pas automatiquement le juge.
La situation de l’ancien président restera juridiquement ouverte jusqu’à ce que Tarek Bitar se prononce.
La plainte déposée mercredi crée parallèlement une nouvelle procédure autour des informations diffusées sur le dossier. Michel Aoun demande désormais à la justice de s’intéresser aux conditions dans lesquelles les éléments relatifs à sa possible mise en cause ont été rendus publics.
L’enjeu porte donc sur deux procédures distinctes. La première reste l’enquête de Tarek Bitar sur l’explosion du port et les responsabilités des personnes concernées. La seconde porte désormais sur les « fuites judiciaires » dénoncées par Michel Aoun et sur leur caractère authentique ou, selon l’hypothèse avancée dans sa plainte, éventuellement fabriqué.
L’ancien président ne conteste ainsi pas une décision de mise en accusation déjà prise contre lui, puisqu’aucune décision de cette nature n’a été annoncée. Sa plainte intervient en réaction à la publication d’informations sur une recommandation qui aurait été formulée par le parquet et que Tarek Bitar doit encore examiner.



