La pourpre de Tyr, également appelée pourpre impériale, ou pourpre antique, est une teinture rouge violacée découverte par les Phéniciens, considérée comme un des produits de luxe du monde méditerranéen antique. De toutes les cités phéniciennes, Tyr était la plus renommée par la production de la pourpre à partir du murex, à un tel point que ce coquillage devient l’emblème de la cité.

Selon la légende, le pourpre a été découvert sur les côtes phéniciennes de Tyr, par le dieu Melqart, en 1400 avant J.-C.. Melqart, patron de Tyr, se promenait avec son chien sur la plage, accompagnés d’une ravissante nymphe dénommée Tyrus. Au cours de la promenade, le chien croque un coquillage de murex qu’il trouve sur un rocher. Les mâchoires du canidé se teintent alors de pourpre. La nymphe devient alors éprise de cette étonnante couleur. Melqart, pour gagner les faveurs de Tyrus, recueille suffisamment de murex afin de pouvoir lui offrir une longue robe teintée de pourpre.

Pline l’ancien, dans son Histoire Naturelle, évoque la couleur pourpre de Tyr en ces termes-ci   » En Asie, la plus belle pourpre est celle de Tyr;(…) elle fait la majesté de l’enfance; elle distingue le sénateur du chevalier; on la revêt pour apaiser les dieux; elle donne la lumière à tous les vêtements; elle se mêle à l’or dans la robe du triomphateur.« (1).

A l’instar des cèdres du Liban, la pourpre de Tyr également citée dans les sources bibliques. On peut ainsi lire à titre d’exemple dans les Chroniques (2) au chapitre 2, verset 14 :  » Huram-Abi, fils d’une femme d’entre les filles de Dan, et d’un père Tyrien. Il est habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain et en fer, en pierre et en bois, en étoffes teintes en pourpre et en bleu,(…). » ainsi qu’au chapitre 3, verset 14, pour la construction du Temple par Salomon : « Il fit le voile bleu, pourpre et cramoisi, et de byssus, et il y représenta des chérubins ».

Dans l’Antiquité, cette couleur était réservée aux hautes dignités. A Rome, seuls les empereurs pouvaient se vêtir de pourpre, couleur rare et onéreuse, symbole de la richesse et du pouvoir. Ainsi, des expressions demeurent dans le langage moderne tel que « être né dans la pourpre »(être l’héritier d’une famille royale ou riche), et « vivre dans la pourpre » (vivre dans le luxe).

Le mystère de la technique d’extraction de la pourpre du murex a plané pendant des siècles. Ce n’est qu’au début du XXème siècle que des chercheurs se sont intéressés à l’étude en vue de la découverte des procédés de teinture à l’ancienne de la fameuse pourpre tyrienne. Friedlander en 1909 découvre l’identifiant du principe colorant, suivis de plusieurs autres, notamment du Libanais Joseph Doumet(2) qui, basé sur les observations de Pline l’ancien, entame une série d’expériences en 1976, et réussit non seulement à extraire la couleur pourpre du murex, mais aussi à teindre la laine et la soie, de cette teinture qui ne change pas de couleur malgré les lavages successifs.

Par Marie-Josée Rizkallah

  • (1) Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, Livre IX, édition Émile Littré, Paris : Dubochet, 1848-1850.
  • (2) Joseph Doumet, Étude sur la couleur pourpre ancienne et tentative de reproduction du procédé de teinture de la ville de Tyr décrit par Pline l’Ancien, Imprimerie catholique, Liban, 1980.

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