Nation ou pas nation, telle est la question Aujourd’hui

1

En partenariat avec Talents Libanais – Après le célèbre ‘Deux négations ne font pas une nation’ (qui a été à nouveau abondamment évoqué pour les 40 ans de la guerre du Liban), nous avons chaque jour des interrogations sur, d’un côté, des états qui ne parviennent toujours pas à être des nations et, d’autre part, des états qui ont cessé de l’être. La question du pluralisme culturel touchant, avec la mondialisation indistinctement, toutes les sociétés. Le cas libanais étant, parfois hissé, au niveau de pays-référence (message) et, d’autres fois, brandi comme un processus d’éclatement ou de décomposition (Libanisation). Avec une part de vérité, probablement dans les deux cas, selon qu’on se place d’un point de vue, culturel et humaniste, ou d’un point de vue politique et sécuritaire. La notion de nation paraît plus que jamais, indispensable voire vitale, pour la survie d’une communauté culturelle et, en même temps, redoutable, voire dangereuse et suspecte, pour le devenir de l’humanité. De même la question identitaire paraît à la fois, structurante et discriminatoire, essentielle et superflue, émancipatrice et réactionnaire.

Il en ressort, qu’après 5 000 ans de culture humaine historique, nous ne parvenons toujours pas à décider s’il est préférable de s’isoler ou de se mélanger, de s’ouvrir ou de se protéger, de s’effacer jusqu’à se diluer ou de s’affirmer jusqu’à l’exploitation.

Entre le nationalisme, honni et honteux en Europe, depuis les ravages des deux guerres mondiales et les désastres, des guerres de décolonisation et celui, revendiqué et clamé, dans les autres parties du monde, on ne sait plus de quel côté se tourner et à quel saint se vouer. Le spectacle quotidien de déni et d’auto-dénigrement dans les démocraties occidentales est affligeant et pathétique, et celui conquérant et délirant des dictatures patriarcales est effrayant et rétrograde. Marine le Pen a incarné malgré elle, ce déchirement, en voulant célébrer Sainte Jeanne d’arc, héroïne nationale, le 1er mai devant l’Opéra, prise en tenailles, entre le surgissement du Père-patriarche, déguisé en menhir rouge, un muguet à la boutonnière, qui voudrait la marier ‘’à n’importe qui’’, et l’intrusion des Femen, tous seins dehors, en perruques blondes, étendards rouges déployés et couronnes de fleurs artificielles, se faisant malmener par des armoires à glace frontistes aux abois. On ne sait plus s’il faut en rire ou en pleurer.

Sans oublier, comme il se doit, les champions nationalistes : Poutine, Erdogan, Nasrallah, Netanyahu, Assad, Khamenei…, les Emirs de tous bords, les Califes impromptus, les militaires rompus, les prêcheurs exaltés, les militants impénitents, les idéologues acharnés, les nostalgiques d’avant, les apocalyptiques d’après… Et bien sûr le Liban, caisse de résonnance régionale ou laboratoire du monde, où des apprentis sorciers, toutes communautés confondues, s’ingénient à exercer leurs innombrables talents en inventant des formules inédites, et, en attendant, que la magie et le miracle opèrent. Le Liban qui préfère occulter plus de 200 000 morts de la famine au Mont-Liban entre 1915 et 1916 et plus de 200 000 morts des guerres civiles et régionales entre 1975 et 1990.

Comment faire partie d’une même humanité, de l’universalité utopique des droits de l’Homme et, en même temps, défendre la diversité des cultures et des nations (langues, religions, races et mœurs) ? Comment concilier ces deux dimensions d’appartenance complémentaires et contradictoires ?

Un être humain ou un peuple doit s’incarner dans un corps physique (ou un territoire), ainsi que dans une culture (corps symbolique et représentation de soi), sinon il serait pur esprit ou néant.

A partir de notre condition humaine, il faudrait négocier nos cultures et nos identités, au sein de notre humanité commune. En définissant les éléments constants collectifs, qui nous structurent de manière anthropologique et politique (paramètres d’Hérodote), nous apprenons à mieux les appréhender, les relativiser et les négocier.

En niant nos différences culturelles, nous installons des confusions idéalistes, lâches ou hypocrites, qui ne font que retarder et envenimer nos conflits identitaires. Avec le risque croissant de les idéologiser. L’être humain est, dès sa naissance, un être culturel et politique qui appartient à une collectivité au sein de laquelle il exerce ses droits et dont il subit, parfois abusivement, les règles morales et sociales.

Je ne peux être, uniquement hélas, l’expression parfaite d’une humanité abstraite et idéale. Une nation est un corps collectif et social, physique et symbolique. En nous construisant, elle nous révèle conjointement notre pérennité, notre continuité, notre contingence et notre mortalité.

Bahjat Rizk

Si vous avez trouvé une coquille ou une typo, veuillez nous en informer en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée . Cette fonctionnalité est disponible uniquement sur un ordinateur.

Jinane Chaker Sultani Milelli
Jinane Chaker-Sultani Milelli est une éditrice et auteur franco-libanaise. Née à Beyrouth, Jinane Chaker-Sultani Milelli a fait ses études supérieures en France. Sociologue de formation [pédagogie et sciences de l’éducation] et titulaire d’un doctorat PHD [janvier 1990], en Anthropologie, Ethnologie politique et Sciences des Religions, elle s’oriente vers le management stratégique des ressources humaines [diplôme d’ingénieur et doctorat 3e cycle en 1994] puis s’affirme dans la méthodologie de prise de décision en management par construction de projet [1998].