Jan Kubis ne s’est pas trompé dans son Tweet, les hommes et les femmes politiques au Liban portent une responsabilité majeure dans les incidents comme ceux d’hier et dans la tournure des évènements subis par la population libanaise, en ayant laissé pourrir la situation jusqu’à en arriver au point de non retour qu’on connait connait actuellement.

Mais contrairement à ce que pense Jan Kubis, cela n’est pas nouveau. Ils ont tergiversé depuis des années sur les diffèrents dossiers pourtant cruciaux et n’ont jamais su aborder des solutions aux problèmes socio-économiques qui ne sont pas apparus du jour au lendemain mais seulement au grand jour depuis quelques mois. Ils n’ont également pas su résoudre d’autres crises comme la crise des ordures, celle du coût de la vie qui forçait déjà avant les manifestations l’exil de 30 000 nouveaux diplômés chaque année, et la liste serait longue et fastidieuse.

Au lieu de solutions définitives, ils nous offraient des solutions temporaires qui parfois rendait les choses encore plus difficiles à gérer à moyen et long terme. Il fallait bien que cela éclate un jour.

Durant de nombreuses années, ils nous ont fait croire que tout allait bien et que le Liban n’était pas la Grèce ou l’Argentine. Mais le Liban était pire que la Grèce ou l’Argentine, parce que les informations financières données au public étaient non pas erronées mais mensongères mais aussi parce que les personnes bien informées ne communiquaient pas les études concernant les prévisions économiques.

Exemple: l’augmentation des salaires, envisagé déjà par le gouvernement Mikati II, adopté par le gouvernement Salam I, en présence déjà d’une surévaluation de la Livre Libanaise et sans gains de productivité, a été l’un des facteurs cruciaux qui explique l’augmentation du chômage. Cela a répondu pour un temps à une demande populaire légitime qui pensait que l’augmentation de ses émoluments pourrait améliorer ses conditions de vie. Mais cela a aussi aggravé les tensions et la chute monétaire par laquelle on passe aujourd’hui avec une dévaluation de la livre libanaise de 53% environ aux marchés officieux.

D’autres mesures étaient envisageables pour gagner du pouvoir d’achat sans augmenter les salaires et donc éviter l’inflation qui en résulterait. Mais ces mesures étaient contraires à certains intérêts économiques parfois très bien placés au sein des autorités actuelles. Une de ces mesures aurait été l’abolition des marges des agences exclusives. Trouvez vous normal de payer une marchandise que je ne nommerais pas 1 100 USD au Liban quand elle ne coute que 242 Euro en France? Ce n’est ni le transport, ni les taxes qui expliquent un tel écart de prix. Evidemment, certains intérêts qui ont transformé une économie autrefois libérale en économie de cartels qui se sont distribués des rôles parfois même politiques n’ont pas intérêt à ce que l’état se renforce par rapport à eux. Ils ont poussé le vice jusqu’à obliger l’état à considérer plus de taxes directes sur les citoyens et non des taxes en rapport à leurs revenus, comme par exemple, le refus des banques à ce que soient instaurées des taxes sur leurs profits alors qu’ils ont profité, durant des années, de taux d’intérêts élevés, payés par les impôts et donc par tout le monde.

Nous avons aujourd’hui besoin de solutions et non d’expédiants temporaires pour ne pas mécontenter la population libanaise.

Aujourd’hui la crise économique s’est aussi muée par un défaut de confiance envers les hommes politiques. Mais ceux-ci ne sont que des fusibles par rapport à des intérêts bien plus engoncés et qui ont réussi à gangréner les administrations publiques pour les tourner à leurs avantages respectifs. Mais toujours, que même par rapport à cet angle, est-il aussi que la classe politique possède également une certaine responsabilité parce qu’elle n’a pas su dire non et se mettre au service de l’état au lieu de ces intérêts privés.

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