Sainte Catherine, un couvent dans la main d’Allah

Les dernières lumières du jour résistaient encore à la nuit envahissante sur le check-point militaire installé en permanence au carrefour de la route goudronnée menant au Monastère grec-orthodoxe Sainte Catherine situé à six kilomètres de là, et d’une piste en terre permettant l’accès aux vallées des monts du Sinaï dont certains sommets dépassent 2500 mètres. Le 18 avril 2017, les cinq soldats débonnaires de faction au poste de contrôle virent arriver au loin une camionnette à plateau découvert. Habitués à ce type de passage, ils n’y prêtèrent guère d’attention. Arrivée à leur hauteur, le véhicule s’arrêta brusquement, plusieurs hommes armés de kalachnikovs se dressèrent à l’arrière et ouvrirent le feu dans leur direction sans qu’ils puissent réagir. Cet attentat revendiqué par Daech, tua un soldat et blessa sérieusement les quatre autres.

Intervenant dix jours après deux autres attentats commis le dimanche des Rameaux dans des églises coptes d’Alexandrie et de Tanta, où 17 personnes avaient trouvé la mort, cette attaque provoqua un émoi considérable qui fit le tour de la terre en quelques secondes ([1]). Le monastère chrétien le plus ancien du Monde « venait d’être attaqué ».

Pour un grand nombre, cet évènement démontrait que la parole du Prophète et sa protection personnelle sur le Monastère n’étaient plus respectées par les musulmans radicalisés. Pour d’autres, dont les moines, ce n’était peut-être pas l’édifice religieux, mais la Force armée du Caire qui était visée. Ils soulignaient également que, depuis la destitution du président islamiste Mohamed Morsi par l’Armée en 2013, le nord de la péninsule du Sinaï était le théâtre d’attentats meurtriers perpétrés par les Djihadistes visant en quasi-totalité la police et les militaires. Ils ajoutaient que les attentats anti coptes s’étaient multipliés après l’apparition à la télévision aux côtés du président Abdel Fattah al-Sisi de Théodore II, le Pape copte d’Alexandrie, patriarche de toute l’Afrique et du siège de Saint Marc.

Nichée dans le creux d’un talweg rocailleux au pied du Mont Sinaï, la masse carrée dessinée par les vieux remparts de granite enfermant le monastère Sainte Catherine a la même couleur ocre que les pans des montagnes environnantes. Ils sont faits de leurs pierres. La seule tâche de couleur est une sorte de plumet de casoar vert constitué de peupliers, de cyprès et d’amandiers dépassant du mur, alimenté par le puits de Jéthro. Cette construction a été érigée à l’endroit où Moïse aurait rencontré Dieu sous la forme du buisson ardent, un mûrier sauvage, qui existe toujours dans une cour du bâtiment, paraissant brûler sans se consumer.

C’est également là, selon le Livre de l’Exode et le Deutéronome,  deux des cinq livres constituant le Pentateuque ([2]), au sommet du Mont Sinaï qui le domine, que Moïse, après avoir libéré le peuple hébreu d’Égypte et traversé la mer Rouge, reçut de Yahvé le Décalogue ([3]). L’Ancien testament raconte avec force images symboliques telles que tonnerres, éclairs et épaisses fumées recouvrant la montagne, que, lorsque Moïse redescendit de la montagne et vit les Hébreux, mené par son frère Aaron, adorer un veau d’or, il fut submergé par une grande colère et brisa les Tables de la Loi sur un rocher.

A l’origine, une simple chapelle fut construite devant le buisson ardent en l’an 337 sur ordre de la mère de l’empereur romain Constantin, la très influente l’impératrice Hélène, qui, 10 ans auparavant, avait commencé la construction de la Basilique de la Nativité à Bethléem.

 L’édifice du Sinaï d’abord dédié au culte de la Vierge fut ensuite consacré à celui de Sainte Catherine, objet d’une très grande vénération, dont la dépouille retrouvée par les moines du monastère sur une montagne voisine, aurait été transportée depuis Alexandrie par des anges et un ermite, donnant ainsi son nom au monastère.

Le passage de Moïse et l’existence de Sainte Catherine provoquèrent une puissante vague religieuse chrétienne qui balaya la totalité du Sinaï. Les Monts du sud devinrent une terre d’érémitisme et de monachisme. S’ajouta la route de l’exode de la Sainte Famille fuyant vers l’Égypte pour échapper aux massacres d’enfants perpétrés par Hérode à qui il avait été annoncé la naissance d’un Roi plus important que lui. Les villes le long de la côte méditerranéenne, devinrent des étapes de pèlerinage comme al-Arïsh ou de Péluse d’ailleurs toujours le siège d’un évêché (métropolite) de l’Église orthodoxe.

Au VIe siècle, les religieux qui vivaient au monastère, en prise aux razzias des tribus nomades du désert, demandèrent à l’empereur Justinien à être protégés. L’empereur fit construire d’imposants remparts autour de l’édifice. Justinien leur envoya pour les servir et défendre le couvent, une centaine de militaires avec leurs familles choisies parmi les vassaux arabes Byzantins et Valaques qu’il venait de coloniser. Elles intégrèrent pour la plupart la tribu bédouine du lieu, les Djebelieh, et formèrent des clans qui prirent le nom de Jabâliyya. Leurs descendants, plus tard convertis à l’islam, assurèrent et assurent toujours aujourd’hui le service de l’hôtellerie et transportent les visiteurs à dos de chameau au sommet du mont Sinaï.

C’était avec ces bédouins, partenaires et parfois opposants de tous les jours, que les quelque deux cents moines du Moyen-Âge ([4]) avaient les contacts les plus suivis et parfois les plus délicats. Vivant des produits des fermes qu’ils possédaient, les religieux effectuaient des distributions de pain, voire de farine et d’huile à ceux qui venaient mendier aux portes du monastère. Lorsque les relations se dégradaient, les moines se retranchaient derrière leurs hauts murs en scellant les portes du monastère. Le seul accès possible était alors le panier d’osier jeté depuis le haut des remparts et dans lequel prenaient place les visiteurs avant que les moines ne le remontent à l’aide d’une poulie.

Une coexistence difficile

Les moines devaient également faire face à une importante désunion chrétienne. Les églises orientales se scindèrent en deux lors du concile de Chalcédoine (451) dont les Coptes rejetèrent les conclusions pour des motifs dogmatiques, canoniques et surtout financiers. L’église Copte considérait que le territoire Egyptien était une Terre Sainte au même titre que la Palestine puisque le Christ et la Sainte famille y avait passé 17 ans, en allant de communautés juives en communautés juives, le long du Nil. Pour eux cela devait être pris en considération.

Les moines, tous d’origine grecque, avaient établi dans leurs implantations une gestion conforme à leur église. L’abbé du monastère a toujours été un moine élu par ses pairs, puis ordonné Archevêque par le Patriarche de Jérusalem. C’est, aujourd’hui, sa Béatitude l’Archevêque du Sinaï Damianos ([5]) qui exerce cette fonction. Sa juridiction se limite à un tout petit territoire sur le Mont Sinaï avec une population de 900 âmes.

Les remparts du Monastère abritent la basilique de la Transfiguration, 24 autres chapelles, une bibliothèque ([6]) au milieu d’un dédale de galeries, d’édifices aux toits inégaux, des cours, des ruelles, des jardins et des escaliers composant un ensemble confus qui fait de ce couvent oriental un petit village fortifié. L’édifice était à cette époque considéré comme le joyau de la péninsule entièrement chrétienne du Sinaï et bénéficiait d’un véritable engouement auprès des pèlerins. Sa situation géographique, non loin de Jérusalem, joua un rôle important dans ce succès. Pour faciliter l’accès au sommet du Mont Sinaï (Djébel Moussa en arabe), un escalier de 3750 marches inégales fut taillé dans la pierre par les moines. De là, le panorama du Golfe de Suez, de l’Egypte, de la mer d’Akaba et de l’Arabie à peine dissimulés par une brume de chaleur est exceptionnel. Le désert environnant et ses collines de grès, baignés de lumière blanche, viennent expirer à ses pieds. C’est à ne pas douter l’un des plus beaux spectacles du monde.

La lettre de Mahomet


Monastère grec-orthodoxe de Sainte-Catherine du Mont SINAI  / The promise of Muhammad at Saint Catherine monastry – south Sinai, Egypt. Crédit photo: François Guenet –  http://www.divergence-images.com/francois-guenet/

« Ceci est un message de Muhammed ibn Abdoullah, constituant une alliance avec ceux dont la religion est le christianisme ; que nous soyons proches ou éloignés, nous sommes avec eux. Moi-même, les auxiliaires [de Médine] et mes fidèles, nous nous portons à leur défense, car les chrétiens sont mes citoyens. Et par Dieu, je résisterai contre quoi que ce soit qui les contrarie. Nulle contrainte sur eux, à aucun moment. Leurs juges ne seront point démis de leurs fonctions ni leurs moines expulsés de leurs monastères. Nul ne doit jamais détruire un édifice religieux leur appartenant ni l’endommager ni en voler quoi que ce soit pour ensuite l’apporter chez les musulmans. Quiconque en vole quoi que ce soit viole l’alliance de Dieu et désobéit à Son prophète. En vérité, les chrétiens sont mes alliés et sont assurés de mon soutien contre tout ce qui les indispose. Nul ne doit les forcer à voyager ou à se battre contre leur gré. Les musulmans doivent se battre pour eux si besoin est. Si une femme chrétienne est mariée à un musulman, ce mariage ne doit pas avoir lieu sans son approbation. Une fois mariée, nul ne doit l’empêcher d’aller prier à l’église. Leurs églises sont sous la protection des musulmans. Nul ne doit les empêcher de les réparer ou de les rénover, et le caractère sacré de leur alliance ne doit être violé en aucun cas. Nul musulman ne doit violer cette alliance jusqu’au Jour du Jugement Dernier (fin du monde). »


Les arabes, venant de plus en plus nombreux des déserts d’Arabie (pas encore saoudite), véhiculaient des témoignages de la vie d’un homme, Mahomet. Les récits évoquaient ses combats contre les tribus juives et arabes de la Mecque, ainsi que de sa nouvelle philosophie de vie inspirée de la révélation d’un Dieu Unique. Chaque jour, de nouveaux témoignages contaient les préceptes religieux contribuant à la cohésion de sa communauté de fidèles ou de ralliés ([7]) s’appelant l’Islam ([8]).

Ces nouvelles étaient très attentivement suivies par les moines de Sainte Catherine. Les réunions du Chapitre ([9]) se succédaient pour en discuter. Les moines avaient noté dans les propos des voyageurs que Mahomet avait, à de multiples occasions, dialogué avec les juifs et les chrétiens de passage ou installés à La Mecque et qu’il avait une assez bonne connaissance de la Bible. Mais ils étaient surtout très intéressés par la Sahifa ([10]) que le prophète avait édicté et qui autorisait la liberté de culte, y compris celui des juifs, des chrétiens et autres sabéens. Ils décidèrent d’aller le rencontrer. En 628, avec à sa tête l’Higoumène ([11]) de l’époque, une délégation du Monastère Sainte-Catherine se rendit à Médine. Nul texte connu jusqu’ici ne relate cette entrevue, ni sa durée ou les thèmes abordés. Mais à l’issue de cette rencontre, Mahomet étendit sa protection sur les moines, leur religion et leur monastère. « Ummî », c’est-à-dire illettré ne sachant ni lire, ni écrire, le Prophète demanda à Ali ([12]) son neveu, gendre et disciple de rédiger un texte sous sa dictée qu’il parapha en y apposant l’empreinte de sa main droite. « … Moi-même, les auxiliaires [de Médine] et mes fidèles, nous nous portons à leur défense, car les chrétiens sont mes citoyens. Et par Dieu, je résisterai contre quoi que ce soit qui les contrarie. Nulle contrainte sur eux, à aucun moment. Leurs juges ne seront point démis de leurs fonctions ni leurs moines expulsés de leurs monastères. Nul ne doit jamais détruire un édifice religieux leur appartenant ni l’endommager ni en voler quoi que ce soit pour ensuite l’apporter chez les musulmans… (voir encadré) »

En ordonnant aux musulmans d’obéir à cette charte « jusqu’au Jour du Jugement Dernier (fin du monde) », Mahomet sapa toute tentative future de révoquer ces droits devenus inaliénables. De plus, aucune condition n’était imposée aux Chrétiens en échange de cette protection. De facto, cette charte est une déclaration de droits, sans obligations.

Ce premier et unique entretien fut suivi par de nombreux contacts entre les deux religions dans toute la région durant les siècles suivants. La bonne relation de dialogue des grecs-orthodoxes avec l’Islam les amena à jouer un grand rôle dans les pays arabes. Un des exemples de l’histoire récente est Michel Aflak, grec orthodoxe, écrivain, historien et enseignant qui fonda le Parti de la Résurrection arabe et socialiste ou parti Baas, prônant le panarabisme en Syrie et en Irak.

La lettre de Mahomet qui se trouve au Monastère est une très fidèle copie réalisée par les moines pour éviter de manipuler le document original. Ce dernier, affirment-ils, leur a été confisqué par les soldats tucs lors de la conquête ottomane de l’Egypte dans la guerre ottomane-mamelouke (1516-1517) et emmené au palais du Sultan Selim 1er ([13]) à Istanbul. Il s’y trouve toujours au milieux des reliques sacrées de Mahomet et de ses successeurs ([14]) dans le Palais de Topkapı derrière la porte de la Félicité, dans ce qui est appelé le « palais intérieur ».

Après la mort de Mahomet, quatre ans après l’écriture de la lettre, le chef de guerre arabe Amr ibn al-As décida d’islamiser ce qui devait devenir le Moyen-Orient, l’Egypte et une partie du Maghreb. La première région conquise sans aucune opposition fut la péninsule du Sinaï. Les troupes de Amr drainèrent derrière elles des tribus venues d’Arabie. A l’exception de quelques points d’ancrage comme le Monastère de Saint Catherine, la religion chrétienne fut balayée par assimilation ou exodes. Durant les quatre siècles qui suivirent la conquête arabe, non sans violences et conversions plus ou moins forcées, le Sinaï devint une terre profondément musulmane.

Les puissantes murailles de Sainte Catherine furent sans doute une garantie pour se protéger des bédouins, mais bien insuffisantes pour survivre à la vague musulmane. Il fallut aux moines user de mystifications et de stratégies diverses pour légitimer l’existence du monastère au regard de la loi musulmane. Cela commença par l’affichage à la porte de l’édifice d’une copie de la lettre de Mahomet. Puis vint la naissance de la légende du passage à plusieurs reprises de Mahomet au couvent lorsqu’il était jeune caravanier. Légende entretenue sans sourciller par les moines et les tribus qui les entouraient. Au virage du premier millénaire, les religieux eurent l’idée de construire une Mosquée dans leur enceinte dont le minaret était le seul élément dépassant des remparts et donc visible de l’extérieur. Cela évita la destruction du Monastère par les hommes du calife Al-Hâkim qui en avaient reçu l’ordre.

800 ans plus tard, en 1871 les moines construisirent le haut clocher de la Basilique de la Transfiguration de manière à ce que l’ombre de la croix qui le surmontait soit portée, tous les jours, le plus longtemps possible, sur l’un des murs du minaret.

La tornade de la fureur des hommes

Le premier choc régional de la folie des hommes eut lieu en 1996 avec l’assassinat des sept moines de Tibhirine en Algérie. C’était la première fois que des religieux étaient victimes de ce qui devait devenir l’Islam radical. Le 31 décembre 2010, une bombe explosait dans une église l’Alexandrie parmi une foule de fidèles qui fêtaient la nouvelle année, causant 25 morts et près de 100 blessés. Depuis, des dizaines d’autres attentats ont fauchés des centaines de vies partout en Egypte.

Daech s’est fortement étendu dans le relief accidenté du Sinaï. Les djihadistes, estimés à environs 2.500, recrutent avec succès au sein des tribus locales délaissées et abandonnées par le pouvoir central. En effet, les régimes successifs ont empêché les tribus principales comme les al-Sawarka ou al-Turabin pour ne citer qu’elles, de participer à la vie politique et de gérer les affaires du Sinaï. Aucun des membres des grandes familles n’a jamais été nommé à un poste dans les conseils locaux ou régionaux ni même dans les rangs de l’ancien parti au pouvoir, le Parti National Démocratique (PND). La tribu Al-Azazma, composée d’environ 2.000 personnes, surnommée les « Beedoun » (les sans) vit près de la frontière israélienne. Ses membres n’ont jamais eu de papier d’identité égyptien.


Face à cette situation, les autorités égyptiennes ont imposé l’état d’urgence et le couvre-feu dans le nord du Sinaï, tout près de la bande de Gaza et de la frontière avec l’Etat hébreu. Sans grand résultat. Que la question religieuse ait un impact réel ou qu’elle serve d’habillage, le respect des Droits de l’homme pour les Egyptiens eux-mêmes et l’évolution sécuritaire est avant tout politique. Malheureusement ces sujets n’ont pas été inscrits au menu des discussions entre le Président français Emmanuel Macron et son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi

Alain Ménargues


[1] Il faut 7 secondes à une dépêche sur Internet pour faire le tour de la planète.

[2] La Torah pour les Juifs, l’ancien testament pour les Chrétiens.

[3] Les Dix Commandements.

[4] Ils ne sont plus qu’une vingtaine.

[5] Né en 1935, élu en 1973

[6] Renfermant aujourd’hui une collection de manuscrits chrétiens et d’icônes plus imposante que celle du Vatican. Ce site figure sur la liste du Patrimoine mondial de l’Humanité établi par l’Unesco en 2002.

[7] Ralliés, véritable traduction du mot mu’min, dont on fera en français « musulman »

[8] Expression arabe signifiant « soumission »

[9] Le chapitre d’une Congrégation religieuse est l’assemblée des religieux, réunie dans des conditions et pour des raisons précises. Y sont évoquées les questions concernant la vie de la communauté la distribution des tâches et offices, la coulpe mais aussi des élections internes ou les difficultés du moment.

[10] Constitution, édit.

[11] Supérieur d’un monastère orthodoxe

[12] Ali devint Imam et fonda la religion chiite

[13] Père de Soleyman le Magnifique qui annexa la plus grande partie du Moyen-Orient.

[14] Outre le manuscrit du monastère Sainte Catherine ces reliques sont constituées notamment du turban de Joseph, du bâton de Moïse, de l’épée de David, de parchemins ayant appartenu à l’apôtre Jean, de l’empreinte de pied de Mahomet de ses armes, de son manteau et de sa Bannière

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Alain Ménargues

Journaliste d'investigation et Editorialiste / écrivain, Spécialiste des Moyen et Proche Orient , ancien directeur de l'information de Radio France internationale