Au Sud-Liban, la nuit du mercredi 9 au jeudi 10 septembre n’a pas marqué de répit. Après une journée déjà dominée par les dynamitages et les frappes, les opérations israéliennes se sont poursuivies jusqu’aux premières heures du matin, notamment autour de la crête d’Ali al-Taher, dans le secteur de Nabatiyé, à Mansouri, Beit al-Sayyad, Qantara et Wadi al-Salouqi. À 14 h 46, heure de Beyrouth, aucun retour durable au calme ne pouvait être constaté. La séquence confirme surtout une évolution désormais visible sur le terrain : au-delà des raids aériens, les destructions de bâtiments et les dynamitages deviennent une méthode récurrente dans plusieurs localités du Sud, compliquant le retour des habitants et le déploiement de l’armée libanaise.
La nuit a prolongé les opérations de mercredi. Des frappes aériennes ont été signalées dans le caza de Tyr, notamment à Mansouri et Beit al-Sayyad, ainsi que dans le gouvernorat de Nabatiyé, où la crête d’Ali al-Taher a de nouveau été visée à plusieurs reprises. Qantara a également été frappée, tandis que l’artillerie israélienne continuait de tirer dans les secteurs proches d’Ali al-Taher. À 00 h 52, des tirs d’artillerie ont été signalés sur Halta. Peu après 1 heure, un nouveau dynamitage a été rapporté dans Wadi al-Salouqi.
Mansouri, symbole d’une destruction qui s’installe
Cette continuité entre les opérations du 9 septembre et celles de la nuit du 10 est importante. Mercredi, Mansouri avait concentré une campagne de démolition d’une intensité exceptionnelle. Plusieurs médias libanais avaient recensé 33 dynamitages dans la localité avant le début de soirée, après avoir déjà comptabilisé 29 opérations vers 16 h 30. Une école figurait parmi les bâtiments menacés par les charges posées par les forces israéliennes, tandis que des maisons avaient été détruites les unes après les autres. Le dynamitage ne se limite donc plus à des positions militaires clairement identifiées : dans plusieurs villages, il affecte directement le tissu bâti.
Le phénomène déborde Mansouri. Des explosions avaient également été signalées mercredi à Bani Hayyan, Khiam, Tayri, Qantara et dans Wadi al-Salouqi. Des mouvements de blindés avaient été observés à Talloussa et à l’est de Khiam, tandis que l’artillerie frappait plusieurs secteurs entre Marjayoun, Bint Jbeil et Nabatiyé. La répétition de ces opérations donne au Sud une physionomie de guerre de basse intensité permanente, avec des localités où les habitants peuvent entendre des explosions plusieurs fois par jour sans qu’une bataille classique ne soit nécessairement en cours.
Le bilan humain des derniers jours renforce ce sentiment d’escalade. Le 7 septembre, les frappes sur Kfar Remmane avaient fait au moins douze morts, dont deux enfants et quatre femmes. Une autre frappe sur la route de Marj Harouf à Zibdine avait fait des blessés mercredi soir. Selon les autorités libanaises, la journée du 9 septembre a également fait un mort et plusieurs blessés dans différentes attaques au Sud. Israël affirme viser des membres du Hezbollah, des mouvements d’armes ou des infrastructures militaires. Côté libanais, la multiplication des frappes dans des zones résidentielles nourrit l’accusation d’une campagne qui dépasse largement la seule logique de ciblage militaire.
L’armée libanaise dénonce près de 7 700 violations
L’armée libanaise a durci son discours. Dans un communiqué publié mercredi, elle a accusé Israël d’intensifier ses attaques contre les zones résidentielles et les institutions, tout en poursuivant des opérations de démolition et de dynamitage. Le commandement estime que ces actions menacent les arrangements existants, violent la souveraineté du Liban et empêchent l’armée d’achever ses missions de stabilisation.
Le chiffre avancé par l’institution est considérable : environ 7 700 violations israéliennes auraient été recensées depuis l’accord-cadre du 26 juin. Ce total englobe plusieurs catégories d’incidents. Il constitue le décompte officiel libanais, et non une évaluation indépendante. Mais il montre l’ampleur du contentieux accumulé en moins de trois mois. L’armée affirme par ailleurs avoir subi des tirs à proximité de ses positions et patrouilles, et considère que la poursuite des opérations israéliennes empêche l’achèvement de son déploiement dans plusieurs secteurs.
La question est désormais moins théorique qu’au lendemain du cessez-le-feu. Le Liban s’est engagé à renforcer le monopole de l’État sur les armes et à étendre la présence de l’armée. Washington soutient cette orientation et répète que la décision de guerre et de paix doit revenir exclusivement aux institutions libanaises. Mais, du point de vue de Beyrouth, cette exigence entre en contradiction avec la poursuite d’opérations israéliennes sur le territoire. L’armée est appelée à reprendre le contrôle d’un espace où des forces étrangères continuent de frapper, d’entrer et de détruire.
Les dynamitages rendent le retour toujours plus difficile
Les dynamitages rendent cette contradiction particulièrement visible. Une frappe aérienne peut répondre, selon Israël, à une menace ponctuelle. La démolition méthodique d’un bâtiment ou d’un groupe de maisons produit un effet durable sur le territoire. Elle modifie les conditions du retour, détruit du capital immobilier et crée des besoins de reconstruction qui subsisteront longtemps après la fin des opérations militaires. Pour les habitants, la question n’est plus seulement de savoir quand les bombardements cesseront, mais ce qu’ils retrouveront lorsqu’ils pourront revenir.
Cette dimension prend une importance croissante à Mansouri. Le village est devenu l’un des symboles de la séquence actuelle, avec des destructions répétées et des images de bâtiments préparés pour être dynamités. Ailleurs, les mêmes méthodes ont déjà été signalées ces dernières semaines. L’armée libanaise avait dénoncé en juillet des destructions systématiques à Kfar Tebnit, Hadatha, Kounine, Ebl al-Saqi, Khiam, Mansouri, Byout al-Sayyad et Majdelzoun. En août, elle avait accusé les forces israéliennes d’avoir fait exploser à Zawtar al-Charqiyah un bâtiment municipal, une école publique, un dispensaire, une garderie et plusieurs maisons.
Le coût dépasse celui des murs détruits. Lorsqu’un village perd des maisons, une école, une route ou un réseau d’eau, le retour de la population devient plus difficile et plus coûteux. Les familles déplacées doivent prolonger leur hébergement ailleurs. Les municipalités doivent financer des réparations alors que leurs ressources sont limitées. L’État doit intervenir sur les infrastructures. Les commerces et exploitations agricoles perdent leur clientèle ou leurs moyens de production. La destruction du bâti se transforme ainsi en choc économique et démographique.
Le pouvoir libanais tente de réaffirmer sa ligne
Cette réalité alimente aussi la tension politique à Beyrouth. Le président Joseph Aoun a réaffirmé jeudi que le choix de la négociation avait été pris dans l’intérêt du Liban et non pour satisfaire une puissance étrangère. Il a également insisté sur la nécessité de mettre fin aux guerres qui ont détruit le pays. Ces propos interviennent alors que l’État cherche à renforcer sa présence à Nabatiyé et dans le Sud, tout en demandant que les opérations israéliennes cessent.
La position américaine reste plus sévère à l’égard du Hezbollah. L’ambassade des États-Unis à Beyrouth a déclaré jeudi que les Libanais préféraient les institutions de l’État aux armes du parti et que le Sud n’appartenait ni aux milices ni aux acteurs régionaux. Le message soutient explicitement l’armée libanaise. Mais il ne règle pas le problème soulevé par son commandement : sans arrêt des frappes et des dynamitages israéliens, le déploiement de l’État se fait dans un environnement militaire qui reste instable.
À 14 h 46, aucun nouveau bilan officiel global n’avait été publié pour la journée de jeudi. Les informations disponibles confirmaient cependant la poursuite des frappes et tirs dans la nuit et au début de la matinée, notamment autour d’Ali al-Taher, de Mansouri et de plusieurs localités du gouvernorat de Nabatiyé. Le tableau reste donc celui d’une désescalade introuvable : moins de combats ouverts qu’au plus fort de la guerre, mais une succession quotidienne de frappes, d’incursions, de tirs et de destructions.



