“Nécessités internes et externes se sont donc conjuguées, dans le Liban moderne, pour procurer à des éléments sociaux traditionnels une place éminente dans la nation et un rôle prépondérant dans l’Etat. Sous sa forme classique de la période 1926-1949, la cons truction nationale libanaise est essentiellement communautaire: la chose publique repose principalement sur les communautés, non d’ailleurs sans ressentir fortement l’influence de la féodalité et l’action des clans…. Mais l’insertion des éléments traditionnels dans les institutions risque souvent de donner aux structures politiques et administratives un caractère désuet; d’autant plus que ces éléments, gagnant de la sorte en influence, modifient leur comportement : le souci de l’équilibre communautaire dégénère en “confessionalisme”: le respect de l’autorité traditionnelle aboutit au « féodalisme », et l’esprit de solidarité des groupes naturels et des clans conduit aux luttes aveugles des clientèles et des blocs. ”
Extrait des structures socio-politiques de la nation libanaise de Pierre Rondot, Revue française de science politique . Année 1954  4-1  pp. 80-104. 

A 102 ans, Paul fête non pas la fin d’un parcours mais sa récente passion. Il l’exprime à une journaliste qui le rencontre au sujet de ce particulier désir de mieux vivre . Il dit : “J’ai si longtemps suivi toutes sortes de normes au pays des Cèdres, dont celles qui s’inscrivent dans les textes de la constitution. Je ne m’en plains pas, mais j’ai finalement réalisé ce que celà signifie de parcourir à part, une trajectoire de citoyenneté, alors que les comportements caractéristiques d’une identité nationale indépendante demeurent discutables ou controversés chez tant de libanais. J’ai persisté avec quelques compagnons de route à apprécier la diversité au lieu de recourir aux préjugés, à faire des choix incompris au lieu de les taire, à reporter un échange ardu au lieu de maintenir la tension de l’interlocuteur. La notion d’indépendance demeure traditionnellement chez nous ce devoir et ce projet à réaliser. En réalité il persiste selon une vue complexe de l’unité. Là où interfère la sphère privée des appartenances multiples . J’étais critiqué comme “un original” car j’avais continué à respecter mon tour, à payer mes impôts et à défendre une identité proprement nationale en me disposant à l’unique tutelle parentale quand j’étais un jeune enfant. Pour atteindre mon terroir d’origine il y avait dans les années 50 une route à peine accessible pour les voitures, la lanterne pour le soir et un robinet d’eau vide. A la source du village les femmes se rencontraient pour laver le linge . Je réalise après plusieurs décennies, qu’avec une nature polluée et des sociétés sous influence, je continue à vivoter à côté d’un monde mental réflexif.  Le droit de m’exprimer librement persiste en principe, mais qui donc le considère comme un contenu délibéré ? Qui donc, avant de vous entendre ne vous questionne ainsi: ” Êtes vous le fils ou la fille d’un tel, de quelle région venez vous, qui sont vos maîtres à penser, les intermédiaires pour vos formalités et les tuteurs qui favorisent vos entrées, vos avancées professionnelles et vos postes à vie ?  
Je viens enfin de réaliser que je ne veux plus être interrogé sur mon histoire ni mes attaches. Je souhaite convenir au moment présent, explorer mes précieux jours, communiquer mes vécus, partager le silence tranquille, goûter aux partages simples et aux moments subtils, sans plus .”

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