Mohammad Ali Ibrahim a succombé à ses blessures après l’explosion d’une sous-munition israélienne à Haboush, dans le caza de Nabatiyé. L’enfant avait été blessé avec un autre mineur lorsqu’un reste de bombe à fragmentation a explosé lundi. Son père avait déjà été tué dans une attaque israélienne au Liban-Sud. Ce nouveau décès intervient alors que l’armée israélienne poursuit ses frappes et surtout ses opérations de dynamitage dans le Sud : durant la seule journée du 1er septembre, des destructions ont été signalées dans une dizaine de localités, avec six opérations à Houla et de nouvelles explosions à Qantara, Taybeh, Kfar Tibnit, Deir Seryan et Haddatha.
Mohammad Ali Ibrahim succombe après l’explosion à Haboush
Mohammad Ali Ibrahim est mort des suites de ses blessures après l’explosion d’un reste de bombe à fragmentation israélienne dans le quartier d’Al-Arid, à Haboush, dans le caza de Nabatiyé. L’explosion s’est produite lundi 31 août alors que l’enfant se trouvait avec un autre mineur. Tous deux ont été blessés. Mohammad Ali Ibrahim a ensuite succombé, tandis qu’aucune information détaillée n’a été communiquée sur l’état du second enfant.
L’Agence nationale d’information libanaise a attribué l’explosion à une sous-munition laissée par les attaques israéliennes. Le père de la victime, Ali Ibrahim, avait lui-même été tué auparavant dans une attaque israélienne contre le Liban-Sud. Une même famille se trouve ainsi frappée à deux reprises : d’abord par une attaque directe, puis par un explosif demeuré actif après les opérations militaires.
Le lieu du drame souligne l’étendue du problème. Haboush n’est pas un village directement adossé à la frontière israélienne. La localité se trouve dans le secteur de Nabatiyé, au nord de la bande frontalière la plus exposée aux opérations terrestres. La présence d’un reste de bombe à fragmentation dans ce secteur montre que la menace des munitions non explosées concerne un territoire beaucoup plus large que les seules localités actuellement occupées ou soumises aux dynamitages.
Une bombe à fragmentation peut tuer longtemps après la frappe
Les sous-munitions constituent un danger particulier parce qu’elles sont dispersées en nombre sur une zone étendue. Toutes n’explosent pas au moment de leur impact. Certaines restent au sol, dans les champs, les jardins, les décombres ou la végétation et peuvent détoner lorsqu’elles sont déplacées, touchées ou simplement perturbées.
Pour les habitants qui retournent dans les zones bombardées, ces engins transforment des espaces apparemment calmes en terrains potentiellement dangereux. Les agriculteurs sont exposés lorsqu’ils reprennent le travail des terres. Les ouvriers le sont lorsqu’ils dégagent les gravats. Les enfants sont particulièrement vulnérables lorsqu’un explosif de petite taille ressemble à un objet abandonné dont ils ne mesurent pas le danger.
Le décès de Mohammad Ali Ibrahim rappelle ainsi que le bilan d’une frappe ne s’arrête pas lorsque les avions repartent. Une sous-munition peut provoquer une nouvelle victime plusieurs jours, plusieurs mois ou plusieurs années après son utilisation. Ce danger prend une importance particulière au Liban, où les conséquences des bombes à fragmentation utilisées pendant la guerre de 2006 ont nécessité des années d’opérations de dépollution.
Les dynamitages se multiplient au Liban-Sud
La mort de l’enfant survient surtout dans un contexte où les destructions au sol se poursuivent à un rythme soutenu. Les derniers relevés disponibles pour la journée du 1er septembre montrent une activité israélienne étendue sur plusieurs cazas du Liban-Sud. Elle associe frappes aériennes, artillerie, mouvements de blindés, ratissages et dynamitages de bâtiments.
Les opérations de destruction du 1er septembre ont concerné Deir Seryan et Qantara, Rashaf à deux reprises, Mansouri, Houla à six reprises, Taybeh à deux reprises, Yohmor al-Chqif, Mais al-Jabal, Kfar Tibnit et Haddatha à deux reprises. Des opérations de ratissage ont parallèlement été signalées à Haddatha, Zawtar al-Sharqiya, Markaba et Kfar Tibnit.
Cette concentration est importante. Il ne s’agit pas d’une explosion isolée liée à un objectif ponctuel. Les opérations se déroulent simultanément ou successivement dans plusieurs secteurs des cazas de Marjayoun, Bint Jbeil, Nabatiyé et Tyr. Elles témoignent de la poursuite d’une campagne terrestre de démolition qui s’ajoute aux bombardements.
Houla apparaît comme l’un des secteurs les plus touchés au cours de cette journée, avec six opérations de dynamitage signalées. Les destructions à Taybeh et Haddatha ont également été répétées. À Qantara, les explosions s’ajoutent à plusieurs journées de démolitions ayant déjà profondément transformé certains secteurs de la localité.
Qantara, Taybeh et Kfar Tibnit encore dynamités
Les opérations du 1er septembre prolongent directement celles du 31 août. La veille, d’importants dynamitages avaient déjà été signalés entre Qantara et Taybeh, dans le caza de Marjayoun, ainsi qu’à Kfar Tibnit, dans le caza de Nabatiyé, et à Byout al-Siyad, dans le caza de Tyr.
À Qantara, les destructions successives ne concernent plus seulement quelques constructions. Les opérations répétées ont modifié le paysage du secteur. Des bâtiments et terrains ont été touchés au fil des explosions, tandis que l’activité militaire israélienne reste importante autour de cette zone.
Kfar Tibnit subit elle aussi des opérations répétées. La localité apparaît régulièrement dans les relevés de bombardements et de dynamitages des dernières semaines. Elle se trouve dans un secteur stratégique proche de Nabatiyé et du Chqif, où les forces israéliennes ont mené de nombreuses opérations depuis la reprise de l’offensive.
À Taybeh, les nouvelles destructions interviennent après plusieurs épisodes similaires au cours du mois d’août. La répétition des explosions montre que les forces israéliennes ne procèdent pas nécessairement à la destruction complète d’un secteur en une seule opération. Elles reviennent sur les mêmes localités et démolissent progressivement bâtiments et infrastructures.
Une campagne particulièrement intense depuis la fin août
Cette méthode apparaît clairement dans la chronologie des derniers jours. Le 25 août, de vastes opérations de destruction avaient déjà été rapportées à Majdal Zoun, Mansouri, Markaba, Zawtar al-Sharqiya, Ainata et Sarbine. Des tirs d’artillerie avaient accompagné plusieurs de ces opérations.
À Mansouri, dans le caza de Tyr, les dynamitages avaient pris une ampleur particulière. Un char Merkava avait ensuite avancé et pris position dans le quartier de Rabeh. À Zawtar al-Sharqiya, une nouvelle explosion importante avait été signalée alors que la localité avait déjà subi plusieurs vagues de destruction au cours des semaines précédentes.
Les opérations s’étaient poursuivies le 26 août à Majdal Zoun et dans plusieurs secteurs de Bint Jbeil. Puis elles avaient continué jusqu’à la fin du mois. Le 31 août, Qantara, Taybeh, Kfar Tibnit et Byout al-Siyad avaient de nouveau été concernés. Le 1er septembre, les dynamitages se sont étendus ou répétés dans une dizaine de localités.
La succession des noms est révélatrice : certaines localités apparaissent plusieurs fois en quelques jours. Les destructions ne forment donc pas une série d’incidents indépendants. Elles constituent une campagne continue dans laquelle les mêmes villages peuvent être dynamités à plusieurs reprises.
Des maisons incendiées en plus des dynamitages
Les destructions ne reposent pas uniquement sur les explosifs. Dans la soirée du 1er septembre, des incendies de maisons provoqués par les forces israéliennes ont également été signalés dans le Sud. Des blindés ont circulé dans plusieurs secteurs tandis que des tirs de mitrailleuses et de nouvelles explosions étaient rapportés.
Ces méthodes s’ajoutent aux bulldozages observés depuis plusieurs mois. Les forces israéliennes utilisent des engins de chantier pour détruire des bâtiments, ouvrir des passages, déplacer des remblais ou modifier certains terrains. Des arbres et des terres agricoles ont également été détruits dans les zones soumises aux opérations.
L’effet cumulé dépasse donc la destruction physique d’une habitation. Dans plusieurs villages, les opérations touchent simultanément le logement, les routes, les infrastructures publiques, les terres agricoles et la végétation. Cette combinaison rend le retour des habitants beaucoup plus difficile, même lorsqu’une zone cesse momentanément d’être bombardée.
Elle augmente aussi les risques liés aux restes explosifs. Chaque zone nouvellement bombardée ou dynamitée doit être inspectée avant que les habitants puissent y circuler normalement. Les gravats peuvent cacher des munitions, tandis que les opérations terrestres peuvent déplacer des explosifs déjà présents.
Zawtar al-Sharqiya : école, dispensaire et mairie détruits
Zawtar al-Sharqiya illustre l’ampleur prise par cette campagne. Au cours du mois d’août, les destructions israéliennes ont touché le bâtiment municipal, l’école publique, un dispensaire, une garderie ainsi que plusieurs habitations.
L’armée libanaise a elle-même dénoncé ces destructions. Elle a estimé qu’elles empêchaient son déploiement et compliquaient le retour de la population. Cette dimension est importante : la destruction ne touche pas seulement des propriétés privées, mais les équipements indispensables au fonctionnement d’une commune.
Une école détruite empêche le retour normal des familles. Un dispensaire détruit prive les habitants de soins de proximité. Une municipalité détruite affecte les services administratifs. Lorsque ces bâtiments disparaissent simultanément avec des habitations, la question n’est plus seulement de reconstruire quelques maisons, mais de rétablir l’ensemble des fonctions nécessaires à la vie d’un village.
Israël affirme que ses opérations visent des infrastructures utilisées par le Hezbollah et répondent à des impératifs militaires. Les autorités libanaises contestent cette justification lorsqu’elle concerne des quartiers résidentiels et des bâtiments publics.
Majdal Zoun, un dynamitage perceptible à des kilomètres
Majdal Zoun constitue un autre exemple de la puissance des explosions utilisées. Dans la nuit du 28 au 29 juin, une importante opération israélienne avait provoqué une déflagration ressentie dans plusieurs villages environnants. Israël avait annoncé la destruction d’une infrastructure souterraine du Hezbollah longue d’environ 200 mètres et contenant, selon son armée, des armes et des lanceurs.
La puissance du dynamitage avait profondément transformé le secteur. Des habitants avaient décrit le village comme physiquement coupé en deux par la zone détruite. Les explosions avaient été ressenties à Mansouri, Haniyeh et dans plusieurs localités plus éloignées.
Les forces israéliennes sont ensuite revenues à plusieurs reprises dans le secteur. Majdal Zoun figure encore parmi les localités concernées par les opérations de la fin août. Ce retour régulier montre qu’une première destruction massive n’entraîne pas nécessairement la fin de l’activité militaire sur place.
Le cas de Majdal Zoun illustre aussi la justification avancée par Israël : la destruction d’infrastructures souterraines attribuées au Hezbollah. La question demeure toutefois celle de l’étendue des dégâts provoqués en surface et de leur proportion par rapport à l’objectif militaire annoncé.
Au Chqif, un dynamitage équivalent à un séisme de magnitude 3,8
La puissance de certaines explosions a pu être mesurée scientifiquement. Dans la nuit du 30 au 31 juillet, un dynamitage israélien dans la région du Chqif a produit des ondes enregistrées par l’ensemble du réseau sismique libanais.
Le Centre national de géophysique, rattaché au Conseil national de la recherche scientifique, a enregistré le signal à 00 h 02. L’énergie libérée a produit un signal comparable à celui d’un séisme de magnitude 3,8.
Cette mesure donne une indication concrète sur l’échelle de certaines opérations. Les détonations entendues à plusieurs kilomètres ne résultent pas toujours de la destruction d’une seule habitation. Certaines impliquent des quantités importantes d’explosifs et peuvent concerner simultanément plusieurs bâtiments ou infrastructures.
Elles produisent également des effets au-delà du périmètre directement détruit. Les vibrations peuvent fragiliser des bâtiments déjà endommagés par les bombardements précédents, tandis que les débris et les mouvements de terrain compliquent davantage l’accès aux secteurs concernés.
Dhayra : 71 % des bâtiments détruits
Pour mesurer ce que peuvent produire des mois de dynamitages successifs, le précédent de Dhayra reste l’un des mieux documentés. Une analyse d’images satellitaires réalisée par Amnesty International avait recensé 264 bâtiments détruits dans la municipalité entre octobre 2024 et janvier 2025.
Cela représentait environ 71 % des constructions de Dhayra.
Ce chiffre ne signifie pas que 71 % du village ont été détruits au cours d’une seule explosion. Il montre au contraire comment les bombardements, dynamitages et démolitions successives peuvent progressivement faire disparaître l’essentiel d’une localité.
Cette distinction permet de comprendre la campagne actuelle. Les explosions signalées à Houla, Qantara, Taybeh, Kfar Tibnit, Haddatha ou Mansouri ne doivent pas nécessairement être spectaculaires individuellement pour produire, après plusieurs semaines, une destruction massive du tissu bâti.
Kfar Kila et Maroun al-Ras déjà profondément détruits
D’autres villages frontaliers montrent la même évolution. À Kfar Kila, les analyses satellitaires avaient recensé 897 structures détruites, soit environ 36 % du bâti étudié. À Maroun al-Ras, environ 700 structures avaient disparu, représentant près de 31 % des constructions.
Ces destructions ne résultaient pas uniquement des combats directs. Des bâtiments avaient également été démolis après l’entrée des forces israéliennes dans les secteurs concernés, au moyen de bulldozers et d’explosifs.
C’est précisément ce point qui nourrit les interrogations juridiques. Le droit international humanitaire autorise la destruction d’un bien civil lorsqu’une nécessité militaire impérative le justifie dans certaines circonstances. Une destruction systématique de propriétés civiles dans une zone déjà contrôlée répond à des critères beaucoup plus stricts.
Des organisations internationales de défense des droits humains ont demandé des enquêtes sur certaines de ces destructions afin de déterminer si elles pouvaient constituer des violations du droit international humanitaire, voire des crimes de guerre. Israël soutient pour sa part que le Hezbollah a utilisé des habitations et infrastructures civiles à des fins militaires.
Les dynamitages compliquent le déploiement de l’armée libanaise
La campagne de destruction a aussi une conséquence politique immédiate. L’accord négocié le 26 juin prévoit un retrait israélien progressif de certains secteurs en contrepartie du déploiement de l’armée libanaise et de la prise en charge des armes et infrastructures militaires dans les zones concernées.
La première expérience à Zawtar al-Gharbiya a montré la difficulté du processus. L’armée libanaise y est entrée le 21 juillet après le retrait israélien. Elle a toutefois découvert une localité largement détruite et contaminée par des munitions non explosées.
Les soldats ont dû commencer par sécuriser le terrain et neutraliser les explosifs avant de permettre un retour plus large. Trois militaires ont d’ailleurs été blessés le 8 août lors d’une opération de neutralisation de munitions non explosées à Zawtar al-Gharbiya.
L’expérience résume le problème auquel le Liban est confronté : reprendre un village ne signifie pas pouvoir immédiatement le rendre aux habitants. Il faut d’abord vérifier les bâtiments, dégager les routes et neutraliser les restes de guerre. Le drame de Haboush montre ce qui peut arriver lorsqu’un explosif demeure accessible.
Une destruction qui dépasse les maisons
La transformation du Liban-Sud ne se mesure pas uniquement au nombre de bâtiments dynamités. Les opérations militaires ont également touché les terres agricoles, les oliveraies et les zones boisées.
Les données du Conseil national de la recherche scientifique libanais évaluent à environ 160 kilomètres carrés, soit 16 000 hectares, les surfaces brûlées par les activités militaires israéliennes depuis octobre 2023. Environ la moitié serait constituée de terres agricoles.
Des centaines d’oliviers ont également été déracinés dans certaines localités. Les bulldozages et incendies modifient durablement des terres dont dépend une partie de l’économie rurale du Sud.
La destruction d’un verger produit des conséquences différentes de celle d’un bâtiment. Une maison peut être reconstruite si les financements existent. Un olivier adulte nécessite des années avant d’être remplacé par un arbre offrant un rendement comparable. La perte économique se poursuit donc longtemps après la fin des opérations.
Les habitants reviennent dans un territoire encore dangereux
Le décès de Mohammad Ali Ibrahim doit être replacé dans cette réalité. Au Liban-Sud, la distinction entre guerre et après-guerre reste floue. Des villages sont encore bombardés ou dynamités pendant que, quelques kilomètres plus loin, des familles tentent déjà de reprendre une vie normale.
Cette coexistence multiplie les risques. Les habitants peuvent retourner dans une zone qui n’est plus directement ciblée mais où demeurent des sous-munitions, des obus ou d’autres explosifs. Les enfants peuvent accéder à des terrains qui n’ont pas encore été entièrement inspectés. Les agriculteurs doivent parfois choisir entre attendre une dépollution complète et reprendre une activité indispensable à leurs revenus.
À Haboush, cette menace a désormais un nom. Mohammad Ali Ibrahim avait survécu au moment où la munition avait été dispersée ou abandonnée. C’est son explosion ultérieure qui lui a été fatale. Son père avait déjà été tué lors d’une attaque israélienne.
Pendant ce temps, les opérations Vous avez raison. Je poursuis exactement après l’endroit où la première version s’était interrompue, sans remplacement ni recommencement.
Les dynamitages maintiennent une activité militaire au sol
La poursuite des dynamitages dans les secteurs frontaliers montre que l’activité israélienne au Liban-Sud ne repose pas uniquement sur les frappes aériennes. Ces opérations nécessitent une présence au sol ou un accès direct aux bâtiments visés. Elles témoignent donc d’une situation dans laquelle certains secteurs restent soumis à des interventions militaires malgré les mécanismes censés conduire à une stabilisation progressive de la frontière.
Pour le Liban, ces destructions posent également une question de souveraineté. Beyrouth réclame le retrait israélien des positions maintenues sur son territoire et le retour de l’armée libanaise dans l’ensemble des secteurs concernés. Israël affirme pour sa part que ses opérations répondent à des impératifs de sécurité et à la nécessité d’empêcher le Hezbollah de reconstituer des capacités militaires à proximité de la frontière.
Les conséquences pour les habitants sont immédiates. Chaque bâtiment dynamité augmente le volume des destructions dans des villages qui comptent déjà de nombreuses maisons inhabitables. Les routes, réseaux électriques, installations d’eau et terrains agricoles peuvent également être affectés. La reconstruction dépend donc autant du financement disponible que de la possibilité physique d’accéder aux quartiers concernés en toute sécurité.
Une frontière où plusieurs risques se superposent
La situation actuelle au Liban-Sud résulte de la superposition de plusieurs menaces. Les frappes israéliennes continuent ponctuellement contre des personnes ou des sites présentés par Israël comme liés au Hezbollah. Les drones restent présents dans le ciel. Les opérations terrestres et les dynamitages entretiennent la tension dans la bande frontalière. À cela s’ajoutent les mines, bombes, obus et autres restes explosifs laissés par les différentes phases des combats.
Cette combinaison explique pourquoi le retour des habitants ne signifie pas nécessairement un retour à la sécurité. Une localité peut ne plus être bombardée quotidiennement tout en restant dangereuse en raison d’une munition enfouie, d’un bâtiment instable ou de la proximité d’une zone où des opérations militaires sont encore menées.
La mort de Mohammad Ali Ibrahim illustre précisément cette différence entre la diminution des combats et la disparition du danger. L’enfant n’a pas été tué pendant une nouvelle frappe contre Haboush. Il a été mortellement blessé par un engin demeuré actif après son utilisation.
L’armée libanaise face au défi du déminage
L’armée libanaise et les équipes spécialisées doivent inspecter les zones touchées avant qu’elles puissent être considérées comme sûres. Ce travail ne consiste pas seulement à enlever les mines classiques. Il concerne aussi les bombes aériennes non explosées, les obus, les roquettes, les grenades, les sous-munitions et différents composants militaires susceptibles de rester dangereux.
L’ampleur du territoire concerné complique cette mission. Les bombardements ont touché des secteurs urbains, des collines, des vallées et de vastes surfaces agricoles. Certaines munitions peuvent être visibles. D’autres sont enterrées, dissimulées dans la végétation ou enfermées sous les décombres.
Les opérations de déminage doivent en outre être coordonnées avec la reconstruction. Avant de déplacer des tonnes de gravats avec des engins mécaniques, les équipes doivent s’assurer qu’aucune munition ne risque d’exploser. La même précaution s’impose avant le retour des agriculteurs sur certaines parcelles.
Les enfants particulièrement exposés aux restes explosifs
Les enfants constituent l’un des groupes les plus vulnérables face aux munitions non explosées. Ils peuvent ne pas identifier un objet militaire ou ignorer qu’un engin apparemment inerte peut encore exploser.
Cette menace est particulièrement importante lorsque les munitions sont petites. Les sous-munitions dispersées par les armes à fragmentation peuvent présenter des formes et dimensions très différentes de celles d’une bombe conventionnelle. Certaines peuvent être partiellement dissimulées par la terre ou la végétation.
Les autorités et organisations spécialisées insistent donc habituellement sur une règle simple : ne jamais toucher, déplacer ou ramasser un objet suspect et signaler immédiatement sa présence aux forces de sécurité. Dans les villages où les familles reviennent après des mois de combats, cette sensibilisation devient une composante essentielle de la protection civile.
L’explosion de Haboush montre cependant les limites de la prévention lorsque les restes explosifs sont déjà disséminés dans des espaces fréquentés par la population.
Le lourd précédent des bombes à fragmentation de 2006
Le danger des sous-munitions possède une résonance particulière au Liban. Lors de la guerre de 2006, le sud du pays avait été massivement contaminé par des armes à sous-munitions. Une partie des petites bombes dispersées n’avait pas explosé immédiatement et était restée active après la cessation des hostilités.
Ces engins avaient ensuite provoqué des morts et des blessures parmi les civils et les spécialistes du déminage. Les terres agricoles avaient été particulièrement affectées, avec des conséquences économiques durables pour des familles dépendantes de leurs récoltes.
Les opérations de dépollution avaient nécessité plusieurs années. Ce précédent explique pourquoi la découverte de toute munition suspectée d’être une sous-munition provoque une inquiétude immédiate dans le Sud.
Dans le cas de Haboush, la qualification exacte de l’engin reste importante. L’information disponible établit qu’une munition israélienne non explosée a détoné. Si son identification comme sous-munition issue d’une bombe à fragmentation est officiellement confirmée, le cas de Mohammad Ali Ibrahim s’inscrira directement dans cette problématique déjà profondément ancrée dans l’histoire récente du Liban-Sud.
Une même famille frappée à deux reprises
Le drame de Haboush prend une dimension particulière parce que Mohammad Ali Ibrahim avait déjà perdu son père dans le conflit. Ali Ibrahim avait été tué lors d’une attaque israélienne contre le sud du Liban.
Le père a ainsi été victime d’une attaque directe, tandis que son fils est mort des conséquences différées d’une opération militaire. Cette succession résume la manière dont la guerre continue de produire des victimes au-delà du moment précis des bombardements.
Pour la famille, la distinction entre guerre active et après-guerre n’a donc rien d’abstrait. La disparition des avions ou la diminution temporaire des frappes ne suffisent pas lorsque des explosifs restent présents sur le terrain.
Le deuxième enfant blessé dans l’explosion de lundi rappelle également que Mohammad Ali Ibrahim n’était pas la seule victime de l’incident. Son état et son évolution médicale constituent désormais un autre élément à suivre.
Reconstruire le Sud suppose d’abord de pouvoir y vivre
Les destructions de maisons et d’infrastructures constituent l’aspect le plus visible des dégâts au Liban-Sud. Mais la reconstruction matérielle ne peut commencer normalement que lorsque les zones concernées sont sécurisées.
Une maison reconstruite au milieu d’un secteur contaminé par des munitions reste inaccessible. Un champ ne peut être remis en culture si le passage d’un tracteur risque de déclencher un explosif. Une route dégagée ne peut être rendue à la circulation si ses abords n’ont pas été inspectés.
Les dynamitages israéliens poursuivis dans les secteurs frontaliers aggravent cette difficulté en ajoutant de nouvelles destructions à celles accumulées pendant les combats. Ils peuvent aussi repousser le moment où les équipes libanaises auront un accès complet à certaines zones.
La stabilisation du Sud dépend donc de plusieurs opérations qui doivent avancer ensemble : retrait des forces israéliennes, déploiement de l’armée libanaise, déminage, sécurisation des villages et reconstruction des infrastructures.
La mort de Mohammad Ali Ibrahim rappelle que le danger reste présent
Le décès de Mohammad Ali Ibrahim transforme une munition abandonnée en un nouveau bilan humain du conflit. L’explosion n’est pas un vestige abstrait des combats. Elle a tué un enfant plusieurs jours ou plusieurs semaines après l’opération au cours de laquelle l’engin avait été utilisé.
Ce fait constitue aussi un avertissement pour les autres localités touchées. Tant que les zones bombardées n’ont pas été inspectées systématiquement, il reste impossible de connaître avec certitude le nombre d’engins susceptibles de ne pas avoir explosé.
La poursuite des dynamitages et des opérations israéliennes dans certains secteurs frontaliers signifie parallèlement que cette contamination n’appartient pas uniquement au passé. De nouvelles destructions continuent d’être produites alors que les équipes libanaises travaillent encore sur celles laissées par les phases précédentes du conflit.
À Haboush, l’identification technique de l’engin doit permettre de préciser s’il s’agissait effectivement d’une sous-munition provenant d’une bombe à fragmentation. Dans les villages du front, l’enjeu reste simultanément celui de l’accès aux maisons et aux terres. La mort de Mohammad Ali Ibrahim rappelle que, pour les habitants du Liban-Sud, la sécurité ne se mesure pas seulement au nombre de frappes enregistrées dans une journée, mais aussi à ce qui reste dans le sol lorsque les bombardements cessent.


