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Berri : Israël cherche la discorde au Liban

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Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a accusé lundi 31 août Israël de chercher à provoquer une discorde intérieure au Liban plutôt qu’à s’en prendre uniquement au Hezbollah et à son arsenal. Dans un discours prononcé à l’occasion du 48e anniversaire de la disparition de l’imam Moussa Sadr, le chef du mouvement Amal a lié cette menace aux tensions politiques internes, aux négociations avec Israël et aux débats sur l’avenir institutionnel du pays. Il a également défendu l’armée libanaise et rejeté toute remise en cause de l’accord de Taëf.

Le président du Parlement, Nabih Berri, place désormais le risque de conflit intérieur au centre de son diagnostic sur la stratégie israélienne au Liban. Dans son discours du lundi 31 août, il a estimé qu’Israël ne cherchait pas seulement à affaiblir militairement le Hezbollah ou à obtenir son désarmement. Il lui attribue un objectif plus large : provoquer la « discorde » au sein du pays.

« Israël ne s’en prend pas au Hezbollah et à ses armes, ni au mouvement Amal, ni à la communauté chiite. Ce qu’il cherche, c’est la discorde », a déclaré Nabih Berri. Cette affirmation constitue l’un des principaux messages politiques de son intervention à l’occasion de l’anniversaire de la disparition de Moussa Sadr.

Le terme employé renvoie, dans le vocabulaire politique libanais, au risque d’affrontements entre communautés ou groupes politiques. Dans un pays marqué par la guerre civile de 1975 à 1990, cette référence possède une portée particulière. Nabih Berri inscrit ainsi les tensions actuelles avec Israël dans un enjeu directement intérieur : celui de la préservation de la stabilité politique et institutionnelle du Liban.

Berri accuse Israël de chercher la discorde

Le président de la Chambre n’a donc pas présenté le conflit actuel comme un affrontement limité entre Israël et le Hezbollah. Il a explicitement écarté cette lecture.

Son message intervient alors que la question des armes du Hezbollah reste au cœur des rapports de force politiques et diplomatiques. Israël conditionne notamment son retrait à des mesures concernant l’arsenal du mouvement chiite. Les autorités libanaises subissent parallèlement des pressions pour restaurer le monopole de l’État sur les armes et étendre pleinement l’autorité de l’armée.

Berri considère cependant que la pression israélienne ne peut pas être isolée de ses conséquences sur l’équilibre intérieur libanais. En affirmant que ni le Hezbollah, ni Amal, ni même la communauté chiite ne constituent la véritable finalité de la stratégie israélienne, il déplace le débat vers le risque d’une confrontation entre Libanais.

Cette position prolonge les avertissements qu’il avait déjà formulés contre les tensions confessionnelles. Le 27 juin, le président du Parlement avait appelé les Libanais à ne pas tomber dans le piège de la discorde sectaire.

Le discours du 31 août va plus loin. Il associe directement cette menace aux objectifs qu’il prête à Israël.

Cette lecture intervient aussi dans un contexte de profond désaccord sur la manière de traiter la question des armes. Une partie des responsables libanais réclame que l’État impose sans délai son monopole militaire. Le Hezbollah et ses alliés soutiennent au contraire que ce dossier doit être traité dans un cadre national et qu’il ne peut pas être dissocié des opérations israéliennes et du maintien de positions israéliennes en territoire libanais.

Sept rounds de négociations sans arrêt de la guerre

Nabih Berri a également utilisé le bilan des négociations pour appuyer son accusation. Selon lui, les discussions engagées n’ont pas permis de réduire la présence israélienne au Liban.

« Après sept rounds de négociations, la zone occupée s’est étendue et Israël poursuit sa guerre », a-t-il déclaré.

Cette affirmation vise directement l’efficacité du processus de négociation engagé autour de la situation au Sud-Liban. Berri avait déjà averti contre le principe de négociations menées alors que les opérations militaires israéliennes se poursuivaient.

Le président du Parlement maintient cette position. Il affirme avoir exercé son « droit démocratique » en rejetant l’accord-cadre et rappelle avoir mis en garde contre des négociations avec Israël « sous le feu ».

La question est centrale dans le rapport de force actuel. Les discussions doivent théoriquement contribuer à établir des arrangements sécuritaires permettant le retrait israélien et le rétablissement de l’autorité de l’État libanais dans le Sud. Mais les divergences demeurent profondes sur l’ordre dans lequel ces mesures doivent intervenir.

Berri défend depuis plusieurs semaines une séquence dans laquelle l’arrêt des opérations israéliennes et le retrait des forces israéliennes occupent une place préalable ou déterminante. Dans cette logique, demander au Liban de régler unilatéralement la question des armes du Hezbollah alors que des opérations et une présence israéliennes se poursuivent reviendrait à modifier l’équilibre des obligations.

Son discours du 31 août inscrit désormais ce désaccord dans un cadre encore plus sensible : toute pression extérieure qui accentuerait les divisions internes pourrait, selon son raisonnement, alimenter la discorde recherchée par Israël.

L’armée libanaise au centre de la ligne défendue par Berri

Nabih Berri a parallèlement apporté un soutien explicite à l’armée libanaise. Il a rejeté toute mise en cause de son rôle alors que l’institution militaire occupe une position centrale dans les arrangements sécuritaires discutés pour le Sud.

« Nous rejetons catégoriquement toute remise en question du rôle de l’armée en tant qu’institution nationale », a-t-il affirmé. Il l’a décrite comme la protectrice des espoirs et des aspirations des Libanais.

Cette défense de l’armée complète son avertissement sur les divisions internes. Berri cherche ainsi à distinguer deux questions qui tendent à se superposer dans le débat politique : le soutien à l’institution militaire et le désaccord sur les conditions politiques ou diplomatiques dans lesquelles elle doit exercer ses missions.

L’armée est appelée à renforcer son autorité dans les zones du Sud concernées par les arrangements de sécurité. Cette mission reste toutefois particulièrement délicate lorsque les forces israéliennes poursuivent leurs opérations ou maintiennent leur présence dans certaines zones.

Le rôle confié à l’armée dépasse donc la seule dimension militaire. Il touche directement au principe du monopole de l’État sur la force, mais aussi à la capacité des institutions libanaises à appliquer des arrangements sans être entraînées dans une confrontation intérieure.

C’est précisément cette hypothèse que le discours de Berri cherche à écarter.

Taëf opposé aux scénarios de partition et de fédéralisme

Le président du Parlement a relié son avertissement contre la discorde à la défense de l’architecture institutionnelle du Liban. Il a réaffirmé son attachement à l’accord de Taëf, qui a servi de base au règlement politique mettant fin à la guerre civile.

« Nous confirmons notre attachement à l’accord de Taëf et rejetons tout autre projet », a déclaré Berri.

Il a surtout visé les propositions de partition ou de fédéralisme. Selon lui, « tout appel à la partition ou au fédéralisme est incompatible avec l’accord de Taëf » et constitue « une aventure qui menace l’existence du Liban ».

Ces déclarations donnent une dimension intérieure précise à son accusation contre Israël. Le risque évoqué n’est pas seulement celui d’affrontements ponctuels entre formations politiques ou communautés. Berri met également en garde contre une fragmentation politique ou territoriale du pays.

Le fédéralisme fait régulièrement l’objet de débats au Liban, notamment dans certains milieux qui considèrent le système politique actuel incapable de résoudre les crises institutionnelles et communautaires. Berri rejette cette option en la plaçant dans le même ensemble de risques que la partition.

Il maintient ainsi Taëf comme référence politique. L’accord conclu en 1989 avait réorganisé le partage du pouvoir et ouvert la voie à la fin de la guerre civile. Pour Berri, sortir de ce cadre dans la période actuelle créerait un risque supplémentaire au moment où les tensions militaires et diplomatiques fragilisent déjà le pays.

Berri refuse des arrangements touchant à la souveraineté

Le président du Parlement a aussi adressé un avertissement concernant les accords ou arrangements susceptibles de toucher aux prérogatives souveraines du Liban.

« La phase actuelle, avec les risques existentiels qu’elle comporte, ne donne à personne le droit d’agir sur quelque question souveraine que ce soit, sous quelque prétexte que ce soit », a-t-il déclaré.

Berri a explicitement mentionné l’hypothèse d’un accord-cadre, mais aussi celle d’« annexes secrètes » ou d’autres dispositifs.

Cette déclaration intervient dans un contexte où les modalités des arrangements sécuritaires avec Israël font l’objet de fortes controverses. Les débats portent notamment sur les garanties demandées au Liban, le rôle de l’armée, le retrait israélien et le mécanisme chargé de superviser l’application des engagements.

Le président du Parlement pose donc une limite : aucun mécanisme négocié ne peut, selon lui, permettre de décider de questions souveraines sans respecter les institutions et les équilibres politiques libanais.

Cette position rejoint son argument principal. Si les décisions liées à la sécurité du pays deviennent elles-mêmes une source de fracture entre les Libanais, elles pourraient aggraver les tensions que Berri dit vouloir empêcher.

Le Sud présenté comme une responsabilité de l’État

Le chef d’Amal a enfin insisté sur le statut du Sud-Liban. Il a affirmé que cette région constitue « une partie intégrante du Liban » et que sa protection ne relève pas seulement de ses habitants ou des formations politiques qui y disposent d’une forte implantation.

Pour Berri, la responsabilité incombe à l’État.

Cette responsabilité concerne la préservation du territoire et de sa population, mais également la reconstruction des zones touchées par les combats et les destructions.

Ce point occupe une place importante dans son discours. En faisant de la reconstruction une responsabilité nationale, Berri refuse implicitement que le Sud soit traité comme un dossier propre à la communauté chiite, au Hezbollah ou au mouvement Amal.

Cette approche rejoint directement son avertissement contre la discorde. Le président du Parlement cherche à présenter le sort du Sud comme une question nationale afin d’éviter une lecture communautaire du conflit avec Israël.

Les destructions, les déplacements de population et les difficultés de retour des habitants maintiennent une forte pression sur cette région. La restauration des infrastructures et des habitations conditionne également la possibilité d’un retour durable dans plusieurs localités.

L’anniversaire de Moussa Sadr comme cadre politique

Le choix du 31 août donne une portée particulière au discours. Nabih Berri s’exprimait à l’occasion du 48e anniversaire de la disparition de l’imam Moussa Sadr et de ses deux compagnons lors d’un voyage en Libye en 1978.

Fondateur du mouvement Amal et figure majeure de la communauté chiite libanaise, Moussa Sadr avait également inscrit son action politique dans la défense des populations du Sud et dans la participation de l’État à leur développement et à leur protection.

Quarante-huit ans après sa disparition, son sort reste non élucidé.

Berri a utilisé cette commémoration pour adresser un message qui dépasse donc les rangs d’Amal. Son discours lie la défense du Sud, le rôle de l’armée, l’accord de Taëf et le refus de la partition autour d’une même priorité : empêcher que la confrontation avec Israël ne se transforme en affrontement entre Libanais.

La formule selon laquelle Israël rechercherait la « discorde » constitue, à cet égard, le cœur politique de son intervention. Elle revient à considérer que la gestion des tensions internes fait désormais partie intégrante de la confrontation en cours.

La prochaine étape se jouera notamment sur le terrain diplomatique. Les discussions autour des arrangements sécuritaires doivent se poursuivre, tandis que les désaccords restent entiers sur le retrait israélien, les opérations militaires et le dossier des armes du Hezbollah. Berri a fixé sa ligne avant ces prochaines échéances : refus d’une négociation qui, selon lui, toucherait à la souveraineté ou exposerait le Liban à une fracture intérieure.


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