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11-Septembre : où étiez-vous il y a 25 ans ?

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Il y a vingt-cinq ans, le 11 septembre 2001, des millions de personnes ont interrompu leur journée pour regarder, incrédules, les tours du World Trade Center brûler puis s’effondrer. Une génération se souvient encore de l’endroit précis où elle se trouvait. Un quart de siècle plus tard, cette mémoire permet aussi de mesurer le chemin parcouru. Guerres, terrorisme, complotisme, réseaux sociaux, pandémie, retour des nationalismes et progression de l’ultradroite : le monde devait devenir plus sûr. Il apparaît surtout plus fragmenté, plus méfiant et plus brutal.

Une journée ordinaire qui bascule

Et vous, que faisiez-vous il y a vingt-cinq ans ? Certains travaillaient, d’autres étaient à l’école ou à l’université. Certains déjeunaient, conduisaient ou rentraient chez eux. Au Liban, il était déjà l’après-midi lorsque les premières images arrivèrent de New York. Puis une journée ordinaire cessa de l’être.

Le 11 septembre 2001, quatre avions de ligne furent détournés aux États-Unis. Deux frappèrent les tours du World Trade Center à New York. Un troisième percuta le Pentagone, près de Washington. Le quatrième, le vol United 93, s’écrasa en Pennsylvanie après la révolte de passagers et de membres d’équipage. Près de 3 000 personnes furent tuées.

Les images devinrent immédiatement universelles : la fumée au-dessus de Manhattan, le deuxième avion apparaissant derrière les immeubles, puis les tours qui s’effondrent et les rues couvertes de poussière. Ceux qui ont vécu cette journée en âge de la comprendre ont souvent conservé un souvenir étonnamment précis de ces quelques heures. Ils ne pouvaient pourtant pas savoir ce qui allait suivre.

Le 11-Septembre et les guerres qui ont suivi

Le 11-Septembre n’a pas seulement laissé des familles endeuillées et un traumatisme américain. Il a ouvert une séquence géopolitique qui allait profondément marquer le premier quart du XXIe siècle. Quelques semaines après les attentats, les États-Unis et leurs alliés intervenaient en Afghanistan pour frapper Al-Qaida et renverser le régime taliban qui abritait Oussama ben Laden.

Les talibans furent rapidement chassés de Kaboul, mais la guerre dura près de vingt ans. En août 2021, les dernières forces américaines quittèrent l’Afghanistan alors que les talibans avaient repris la capitale. Les images de l’évacuation chaotique de l’aéroport de Kaboul offrirent un épilogue saisissant à une guerre commencée dans le sillage direct des attentats.

Entre-temps, une autre guerre avait bouleversé le Moyen-Orient. En mars 2003, les États-Unis et leurs alliés envahirent l’Irak et renversèrent Saddam Hussein. Les armes de destruction massive placées au cœur de l’argumentaire américain ne furent pas découvertes comme annoncé. L’Irak entra dans une longue période d’insurrection, d’attentats et de violences confessionnelles.

Le chaos irakien favorisa aussi l’essor d’organisations djihadistes. Al-Qaida en Irak précéda l’organisation État islamique, qui s’empara en 2014 de vastes territoires en Irak et en Syrie. Le terrorisme que la « guerre contre le terrorisme » devait combattre avait changé de visage sans disparaître. Puis l’axe iranien-syrien jusqu’au Hezbollah s’en est sorti renforcé. 

De Kaboul à Gaza, la guerre est restée

Le plus inquiétant, vingt-cinq ans plus tard, tient peut-être à cette permanence de la guerre. La Syrie a été dévastée par un conflit commencé en 2011. La Libye s’est fragmentée après la chute de Mouammar Kadhafi. Le Yémen a subi des années de guerre, tandis que l’Irak traversait invasions, insurrections et terrorisme.

Puis la guerre conventionnelle est revenue au cœur de l’Europe. Le 24 février 2022, la Russie lançait son invasion à grande échelle de l’Ukraine. Des villes furent bombardées, les tranchées réapparurent et artillerie, chars, drones et missiles redevinrent le quotidien d’un conflit majeur sur le continent.

Au Moyen-Orient, l’attaque menée par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023 et la guerre qui a suivi à Gaza ont ouvert une nouvelle période de violence aux conséquences régionales majeures. Le Liban a lui aussi été directement entraîné dans cette instabilité. Les technologies militaires ont changé, mais sous les drones et les missiles demeure une réalité ancienne : des territoires disputés, des populations déplacées, des villes détruites et des familles qui enterrent leurs morts.

Le complotisme est sorti des marges

Le 11-Septembre a aussi offert un terrain exceptionnel aux théories du complot. Les attentats eux-mêmes ont suscité d’innombrables récits alternatifs : destruction prétendument organisée des tours, implication cachée des autorités américaines ou attaques volontairement laissées se produire. Aucune preuve crédible n’a établi ces scénarios, mais leur capacité de diffusion annonçait un phénomène beaucoup plus vaste.

En 2001, les réseaux sociaux tels que nous les connaissons n’existaient pas encore. Les théories circulaient sur des forums, des sites Internet, par courrier électronique ou dans des vidéos militantes. Facebook, YouTube, Twitter puis Instagram, Telegram et TikTok ont ensuite changé l’échelle du phénomène. Une affirmation spectaculaire peut désormais atteindre des millions de personnes avant même que les faits aient été vérifiés.

Le complotisme n’est pas né avec le 11-Septembre. Il est bien plus ancien. Mais le premier quart du XXIe siècle lui a offert une infrastructure mondiale sans précédent. Attentats, guerres, élections, migrations, vaccins ou climat : presque chaque crise majeure produit désormais son propre univers d’explications parallèles.

La pandémie de Covid-19 en a donné une démonstration spectaculaire. De fausses informations sur le virus, les vaccins, les gouvernements et les laboratoires ont accompagné la crise sanitaire. Pour une partie de la population, une information provenant d’un gouvernement, d’un média, d’une université ou d’une institution scientifique devient parfois suspecte précisément parce qu’elle émane d’une institution. Le doute nécessaire au débat démocratique peut alors se transformer en refus d’une réalité commune.

La montée des extrêmes et de l’ultradroite

Cette défiance accompagne une autre évolution politique majeure : le renforcement de mouvements nationalistes, populistes et, dans plusieurs pays, de l’extrême droite et de l’ultradroite. Il serait faux d’en faire une conséquence directe du 11-Septembre. La crise financière de 2008, les inégalités, la désindustrialisation, les migrations, la peur du déclassement, les bouleversements culturels et la défiance envers les élites ont nourri des mouvements différents selon les pays.

Les attentats islamistes et les guerres qui ont suivi ont toutefois pesé sur le débat public. La peur du terrorisme s’est parfois mêlée à celle de l’immigration. Les questions d’identité, de religion et de frontières ont pris une place croissante dans les campagnes électorales. En Europe, des formations autrefois maintenues à la périphérie du système politique se sont installées durablement dans les parlements et, dans certains pays, au pouvoir ou à ses portes.

Aux États-Unis, la polarisation politique s’est elle aussi considérablement accentuée. Les affrontements portent désormais jusque sur la confiance dans les institutions et la légitimité des élections. Des mouvances d’ultradroite utilisent également Internet pour recruter, diffuser leur propagande et internationaliser leurs références. Le djihadisme avait compris très tôt la puissance de la communication numérique ; d’autres extrémismes l’ont comprise à leur tour.

Les algorithmes ont changé notre manière de voir le monde

En 2001, Facebook, YouTube, Twitter et l’iPhone n’existaient pas. Le 11-Septembre fut un événement mondial vécu principalement à travers la télévision. Un attentat comparable aujourd’hui serait filmé sous des milliers d’angles, diffusé en direct, commenté instantanément et accompagné presque aussitôt de rumeurs, de manipulations et de contenus contradictoires.

L’intelligence artificielle ajoute désormais une difficulté supplémentaire. Une image réaliste ne constitue plus nécessairement une preuve. Une voix peut être imitée et une vidéo fabriquée ou modifiée. Nous sommes confrontés à un paradoxe : jamais l’humanité n’a disposé d’autant de moyens pour documenter le réel, mais jamais elle n’a disposé d’autant d’outils pour le falsifier.

Internet a pourtant rapproché les individus et démocratisé l’accès au savoir. Mais connecter les sociétés ne signifie pas nécessairement les unir. Les plateformes favorisent souvent les contenus capables de provoquer une réaction immédiate. La colère, la peur et l’indignation circulent vite, tandis que la nuance peine davantage à s’imposer.

Deux personnes peuvent désormais observer le même événement sans même s’accorder sur les faits élémentaires. Les adversaires politiques deviennent plus facilement des ennemis, le compromis peut être présenté comme une trahison et la contradiction comme une agression. La polarisation n’est pas nouvelle, mais la technologie lui donne une vitesse et une portée inédites.

Le monde avait pourtant promis d’apprendre

Après le 11 septembre 2001, les manifestations de solidarité furent nombreuses. Pendant quelques jours, la violence semblait avoir rappelé une évidence : la mort de civils innocents ne pouvait être relativisée par les frontières, les religions ou les appartenances politiques. Un quart de siècle plus tard, cette évidence paraît parfois fragilisée.

Les victimes sont trop souvent regardées en fonction du camp auquel elles appartiennent. Une atrocité peut être dénoncée lorsqu’elle frappe les uns et relativisée lorsqu’elle frappe les autres. Les images de civils morts deviennent des arguments dans des batailles politiques et numériques, tandis que la souffrance elle-même se retrouve parfois sommée de choisir son drapeau.

Le système international apparaît parallèlement plus fragmenté. La rivalité entre les États-Unis et la Chine structure une partie croissante des rapports de force. La guerre en Ukraine oppose frontalement Moscou aux puissances occidentales. Le Moyen-Orient reste traversé par des conflits et des rivalités régionales. Nous savons pourtant ce que produit une guerre : villes détruites, économies ruinées, populations déplacées et générations marquées. L’expérience n’a pas suffi.

Et vous, que faisiez-vous ce jour-là ?

C’est ce qui donne aujourd’hui une force particulière à cette question toute simple. Que faisiez-vous le 11 septembre 2001 ? Pour certains, la réponse tient en quelques mots : j’étais au travail, à l’école, chez moi, devant la télévision. Pour d’autres, il n’existe aucun souvenir parce qu’ils étaient trop jeunes ou n’étaient pas encore nés.

Une génération entière est désormais adulte sans avoir connu le monde d’avant le 11-Septembre. Elle a grandi avec les contrôles antiterroristes, les guerres du Moyen-Orient, les attentats djihadistes, la crise financière, les réseaux sociaux, les smartphones, le Covid-19, la guerre en Ukraine et les nouvelles crises du Moyen-Orient. Elle a grandi dans un monde où chaque catastrophe arrive immédiatement sur un écran.

Il serait pourtant faux de transformer 2001 en âge d’or. Le monde d’alors avait ses guerres, ses dictatures, ses massacres, ses injustices et ses extrémismes. Les Balkans venaient de sortir d’une décennie de conflits, le Moyen-Orient n’était pas en paix et le Liban portait encore les cicatrices de sa guerre civile et de longues années de confrontations.

Quelque chose a néanmoins changé dans notre rapport au temps et à la peur. Nous sommes informés, alertés et sollicités en permanence. Nous pouvons voir presque en direct un missile frapper une ville, une manifestation dégénérer ou une rumeur devenir virale. Nous avons gagné l’instantanéité, mais perdu une partie de la distance qui permet de comprendre.

Vingt-cinq ans plus tard, qu’avons-nous appris ?

Depuis 2001, l’humanité a accompli des progrès scientifiques et technologiques considérables. La médecine a avancé, l’accès au savoir s’est transformé et des centaines de millions de personnes ont vu leurs conditions matérielles évoluer. Le monde n’a donc pas simplement « empiré ». Mais nos capacités techniques semblent avoir progressé plus vite que notre aptitude collective à empêcher les vieux réflexes de revenir.

Nous communiquons mieux, mais la propagande aussi. Nous pouvons vérifier davantage de faits, mais les mensonges circulent plus vite. Nous avons construit des réseaux capables de relier l’humanité entière et les extrémistes s’en servent également pour se trouver. Nous disposons d’armes toujours plus sophistiquées, mais continuons à régler des conflits par la destruction.

Nous savons reconnaître les mécanismes du complotisme, mais ils continuent à séduire. Nous connaissons les conséquences historiques de la haine politique, du racisme et de la déshumanisation, mais l’ultradroite et d’autres formes d’extrémisme trouvent encore un public. C’est peut-être cela que mesure réellement ce vingt-cinquième anniversaire : la distance entre ce que nous avons appris et ce que nous avons été capables d’en faire.

Le 11 septembre 2001, des millions de personnes ont arrêté ce qu’elles faisaient pour regarder l’Histoire surgir sur leur écran. Vingt-cinq ans plus tard, nous avons l’Histoire en permanence dans nos poches. Alors souvenez-vous : où étiez-vous, que faisiez-vous, quel âge aviez-vous ? Et lorsque, dans vingt-cinq ans, quelqu’un regardera notre époque à son tour, il pourra poser une question plus inconfortable : qu’avons-nous fait du monde dont nous avions hérité ?

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Méta-description : Vingt-cinq ans après le 11-Septembre, guerres, complotisme, ultradroite et réseaux sociaux racontent les profondes fractures d’un monde transformé.

Extrait : Où étiez-vous le 11 septembre 2001 ? Vingt-cinq ans après les attentats contre les États-Unis, cette question intime permet de mesurer les transformations d’une époque. Guerres en Afghanistan et en Irak, terrorisme, conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, théories du complot, réseaux sociaux, polarisation politique et progression de l’ultradroite ont accompagné ce premier quart de siècle. Le monde a réalisé d’immenses progrès technologiques, mais il semble toujours incapable de se débarrasser de ses vieux réflexes de violence et de division.

Cinq titres alternatifs

  1. 11-Septembre : où étiez-vous il y a 25 ans ?
  2. Il y a 25 ans, le monde basculait
  3. 11-Septembre : vingt-cinq ans après
  4. Depuis le 11-Septembre, un monde méconnaissable
  5. 11 septembre 2001 : le jour où tout a changé

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François El Bacha
François El Bachahttp://el-bacha.com
Expert économique, François el Bacha est l'un des membres fondateurs de Libnanews.com. Il a notamment travaillé pour des projets multiples, allant du secteur bancaire aux problèmes socio-économiques et plus spécifiquement en terme de diversité au sein des entreprises.

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