Ce que l’on craignait depuis mercredi s’est produit à Mansouri. Vendredi 11 septembre au matin, les forces israéliennes ont fait exploser la majeure partie de l’école publique de cette localité du caza de Tyr. Il n’en resterait plus qu’une petite partie. Cette destruction intervient après une nouvelle journée marquée par des dynamitages de maisons et d’infrastructures, des frappes aériennes et des tirs d’artillerie dans plusieurs secteurs du Sud-Liban. Jeudi soir, une explosion d’une puissance exceptionnelle à Ali al-Taher a même produit des ondes sismiques comparables à celles d’un séisme supérieur à une magnitude 4.
À Mansouri, la menace sur l’école est devenue réalité
L’information tombée vendredi 11 septembre à 10 h 04 confirme le scénario redouté depuis deux jours. Selon l’Agence nationale d’information, les forces israéliennes ont fait exploser la majeure partie de l’école publique de Mansouri. Seule une petite portion du bâtiment resterait encore debout.
Cette destruction était devenue prévisible depuis mercredi. Le 9 septembre, un petit aéronef télépiloté israélien avait déposé des matières explosives sur le toit de l’établissement. Une forte explosion avait ensuite été signalée à proximité. Les informations disponibles à ce moment-là ne permettaient cependant pas d’affirmer que l’école allait effectivement être détruite.
L’établissement accueillait 336 élèves selon les données du Centre de recherche et de développement pédagogiques. Sa destruction intervient à quelques jours de la rentrée scolaire prévue à la mi-septembre, alors que le conflit perturbe déjà fortement l’enseignement dans le sud du pays.
Le cas de l’école prend désormais une autre dimension. Il ne s’agit plus seulement d’un bâtiment placé sous menace dans une localité exposée aux opérations militaires. Une infrastructure publique destinée aux enfants a été en grande partie détruite, dans un secteur où les démolitions de bâtiments se multiplient.
Sud-Liban : Mansouri au centre des dynamitages
Au cours des dernières 24 heures, Mansouri est restée l’un des principaux foyers des opérations israéliennes dans le caza de Tyr. Plus de dix explosions violentes avaient déjà été recensées entre minuit et la matinée de jeudi dans la localité et ses terrains périphériques. Les déflagrations ont provoqué des secousses ressenties jusqu’à Tyr et dans plusieurs villages environnants.
Les opérations ne se sont pas limitées à des frappes aériennes. Des maisons et des infrastructures ont été dynamitées à l’intérieur de la localité. Des puits artésiens ont également été détruits, selon les informations rapportées jeudi. Des frappes ont parallèlement visé Mansouri et son secteur périphérique en direction de Majdel Zoun.
Un procédé particulier a aussi été signalé ces derniers jours. Des drones israéliens ont déposé sur certains bâtiments des récipients contenant des explosifs avant leur mise à feu. Cette technique permet de détruire des maisons sans qu’une unité terrestre ait nécessairement à pénétrer directement dans chaque bâtiment.
Ces opérations expliquent la succession de détonations entendues dans la région de Tyr. Elles se distinguent des bombardements classiques : une partie des explosions correspond à des charges placées ou déposées afin de provoquer la destruction de structures précises.
La destruction de l’école publique vendredi matin s’inscrit désormais dans cette séquence.
Une nuit de frappes entre Tyr, Bint Jbeil et Nabatiyé
Mansouri n’a pas été le seul secteur touché. Les dernières 24 heures ont été marquées par plusieurs frappes et bombardements sur un axe beaucoup plus large du Sud-Liban.
Des tirs d’artillerie ont visé les vallées du Houjeir et de Salouki ainsi que les abords de Zawtar al-Charqiya en direction de Mayfadoun. Une frappe a également été signalée dans la zone située entre Zibqine et Chihine.
Plusieurs raids ont concerné Qantara et les secteurs voisins du Wadi Salouki. Des frappes ont aussi visé Nabatiyé al-Fawqa. Dans la zone d’Al-Arayech, aux abords de Haris et Haddatha, une maison a été frappée et détruite.
Une importante explosion a par ailleurs été signalée à l’est de Khiam. D’autres opérations de destruction avaient été recensées dans plusieurs localités méridionales au cours de cette séquence, alors que les survols de drones et d’avions israéliens se poursuivaient au-dessus de différents secteurs.
L’enchaînement est important. Le Sud ne connaît plus seulement des raids séparés par des périodes d’accalmie. Frappes aériennes, tirs d’artillerie et dynamitages de bâtiments peuvent désormais se succéder ou se dérouler simultanément dans plusieurs zones.
À Ali al-Taher, une explosion enregistrée comme un séisme
L’événement le plus spectaculaire des dernières heures s’est toutefois produit jeudi soir dans le secteur d’Ali al-Taher, près de Nabatiyé. Vers 21 h 08, une déflagration extrêmement puissante a secoué une large partie du Sud-Liban. Les vibrations ont été ressenties loin du point d’explosion.
Le phénomène a été suffisamment important pour être détecté par les stations sismologiques. Le Centre national de géophysique libanais a enregistré des ondes produites par l’explosion, avec une énergie comparable à celle d’un séisme d’une magnitude légèrement supérieure à 4. Il ne s’agissait donc pas d’un tremblement de terre naturel, mais du signal sismique généré par une destruction militaire massive.
L’armée israélienne a annoncé avoir détruit un vaste réseau souterrain du Hezbollah sous les hauteurs d’Ali al-Taher. Selon sa version, le complexe comprenait plus de deux kilomètres de tunnels ainsi que des installations de commandement et de stockage d’armes. Ces affirmations militaires ne peuvent pas toutes être vérifiées de manière indépendante.
La puissance de la déflagration donne néanmoins une indication sur l’ampleur de l’opération. L’explosion a été enregistrée par les instruments scientifiques et entendue dans une grande partie du Sud. Elle constitue l’un des épisodes les plus importants de la séquence militaire en cours autour de Nabatiyé.
Des destructions qui dépassent les objectifs militaires annoncés
Les dernières 24 heures montrent surtout une évolution visible des opérations au sol. Les destructions ne concernent plus uniquement des positions présentées par Israël comme directement liées au Hezbollah. À Mansouri, des maisons, des infrastructures hydrauliques et désormais l’essentiel d’une école publique ont été détruits.
Cette multiplication des dynamitages pose aussi la question du retour des habitants. Détruire une habitation ne produit pas les mêmes conséquences qu’une présence militaire temporaire. La disparition des logements, des réseaux d’eau, des routes ou des établissements scolaires modifie durablement les conditions de vie dans les localités concernées.
Le problème est particulièrement aigu à l’approche de la rentrée. Des dizaines de milliers d’élèves libanais restent affectés par les déplacements de population et les dégâts infligés aux infrastructures éducatives. Des écoles servent encore de centres d’hébergement pour des familles déplacées, tandis que d’autres établissements du Sud ont été endommagés ou rendus inutilisables.
À Mansouri, la question est désormais très concrète. Les 336 élèves recensés dans cette école avant sa destruction ne retrouveront pas leur établissement dans son état antérieur lorsque les conditions permettront une reprise normale des cours.
Le dynamitage devient une composante du conflit au Sud
Les événements de jeudi et de vendredi matin montrent également que le mot « explosion » recouvre désormais plusieurs réalités dans le Sud-Liban. Certaines détonations proviennent des frappes aériennes ou de l’artillerie. D’autres résultent d’opérations de démolition volontaire de maisons ou d’infrastructures. À Ali al-Taher, la destruction d’un réseau souterrain a nécessité une explosion d’une puissance telle qu’elle a été détectée par les stations sismologiques.
Cette distinction permet de comprendre ce que vivent les habitants. Une succession de fortes explosions ne signifie plus nécessairement une série de raids aériens. Dans certaines localités, les déflagrations correspondent à une destruction méthodique du bâti.
Mansouri en constitue aujourd’hui l’exemple le plus visible. La localité avait déjà subi de nombreuses destructions avant les dernières 24 heures. Mercredi, la menace pesant sur l’école avait ajouté un symbole supplémentaire à cette campagne. Vendredi matin, ce symbole est devenu un fait matériel.
Il ne reste désormais, selon les premières informations, qu’une petite partie de l’établissement.
Une séquence qui confirme les craintes exprimées mercredi
L’armée libanaise avait elle-même dénoncé cette semaine une intensification des opérations israéliennes. Elle estimait que les attaques contre les zones résidentielles et les institutions menaçaient les arrangements en vigueur et entravaient son propre déploiement dans le Sud.
La succession des événements depuis jeudi renforce cette inquiétude. Mansouri a subi plus de dix explosions en quelques heures, des maisons et des puits ont été détruits, plusieurs secteurs du Sud ont été bombardés et Ali al-Taher a été secoué par une opération de destruction souterraine d’une ampleur exceptionnelle.
Vendredi matin, la destruction de l’école publique ajoute une infrastructure civile majeure à ce bilan matériel.
Le contraste avec la situation observée quarante-huit heures auparavant est saisissant. Mercredi, les explosifs déposés sur le toit permettaient seulement d’écrire que l’école de Mansouri était directement menacée. Il fallait alors rester prudent : sa destruction n’était pas encore confirmée et l’intention israélienne ne pouvait pas être établie avec certitude.
Ce vendredi 11 septembre, cette prudence n’est plus nécessaire sur le fait lui-même.
La majeure partie de l’école a été détruite.
Et dans le Sud-Liban, la question porte désormais sur les prochains bâtiments et les prochaines localités qui pourraient subir le même sort.



