Le fameux bus dans lequel se déplaçaient les Palestiniens traversant le quartier d'Ein Remmaneh
Le fameux bus dans lequel se déplaçaient les Palestiniens traversant le quartier d'Ein Remmaneh

Ces 46ème commémorations du début de la guerre civile sont à l’image du Liban lui-même, un pays en crise permanente qu’elle soit sécuritaire parfois, politiques comme d’habitude, économique comme aujourd’hui.

Le Liban n’a jamais appris en fait à tirer les leçons du 13 avril 1975. Pire encore, et si la période qui a suivi la fin de la guerre civile n’avait pas été celle d’une fin mais juste d’une entracte à la vue des différents acteurs toujours en place. Le prix qu’on en a payé a été lourd, trop important. 100 000 morts, 17 000 personnes toujours disparues mais pour autant, le Pays des Cèdres possédait à l’époque la capacité à se reconstruire avec l’existence d’une classe moyenne meurtrie mais qui disposait encore des capacités financières et du savoir-faire nécessaire pour mener cette reconstruction.

46 ans après le début de la guerre civile jour pour jour, 31 ans après la fin de la guerre civile, le Liban ne semble en fait toujours pas avoir été ostracisé de ses vieux démons avec des seigneurs de guerre qui continuent à occuper les premiers plans de la scène politique et à décider de l’avenir de la nation libanaise évidemment avec leurs intérêts, généralement payés comptant sur leurs comptes en premier. De même, le Liban est toujours sujet aux conflits régionaux, les fameux axes, qui débordent les uns et les autres sur le plan local.

La confessionalisation d’un système n’a jamais été autant exacerbée avec même, hier, les propos d’un dirigeant religieux chrétiens qui conditionnait l’audit à la formation d’un gouvernement quand d’autres dirigeants communautaires aussi vont en soutien aux chefs politiques de leurs communauté et ainsi s’ingèrent dans un conflit politique augmentant ainsi le fossé divisant ainsi ce pays en 19 nations au lieu de rassembler. Le sacré se mêle donc du profane en divisant un peu plus.

Cette confessionalisation du système politique a permis une ingérence, elle là même qui nous a mené vers le conflit. Cette ingérence est toujours présente, irrésolue.

À ces facteurs déjà présents, se sont ajoutés désormais ceux d’une crise sanitaire, ceux du covid19 et d’une crise économique.

46 ans après le début de la guerre civile libanaise, les infrastructures sanitaires n’ont jamais été aussi touchées avec un nombre important de patients, comme les blessés durant la guerre, mais à une différence près, cette pression est cette fois-ci continue. Les hôpitaux et le personnel hospitalier, en premier ligne dans cette guerre où certains de siens ont donné leur vie, déjà grévés par des problèmes financiers et retard de paiement parfois même de plus d’une dizaine d’année ne peuvent plus respirer. Certains héros de l’époque nous quittent malheureusement aujourd’hui en raison de cette épidémie, ne partageant plus leurs anecdotes d’alors et des évènements historiques dont ils ont été témoins et qui expliquent bien des choses aujourd’hui.

L’épidémie elle-même a induit des comportements quelques similaires à ceux de la guerre civile. Le confinement n’est pas sans rappeler les abris dans lesquels on devait se réfugier à chaque bombardement avec quelques progrès. Les ainés devaient se contenter de livres de cours en lieu et place de cours sur Internet. On n’arrête pas le progrès.

L’explosion du Port de Beyrouth a aussi rappelé la vacuité à une nouvelle génération qui n’a pas connu la guerre telle que ses ainées. Ils ont découvert la souffrance … une souffrance induite par ces mêmes attitudes criminelles de la guerre civile quand des déchets chimiques étaient stockés dans des régions libanaises.

Une crise économique d’une ampleur inconnue ravage désormais le Liban, avec 65% de la population vivant tous le seuil de pauvreté, une dévaluation de facto de la livre libanaise qui a perdu l’essentiel de sa valeur face au dollar mais aussi et surtout une perte de confiance totale dans un système bancaire et financier.

Contrairement à la période 1975 à 1990 et à la période d’hyperinflation qui a eu lieu à l’époque, cette fois-ci les dépôts bancaires locaux sont très impactés par cette crise financière, prévalant du pire, parce que limitant les possibilités de reprise économique et de réinvestissement.

Pourtant, cette crise actuelle n’est qu’une conséquence de la gestion de l’après-guerre civile et des politiques décidées alors. Les accords de Taëf qui ont abouti à la fin de la guerre civile considérés aujourd’hui comme responsable d’une dilution des responsabilités politiques et l’absence même de responsabilité exécutive comme le soulignait lui-même le ministre des AE français Jean Yves le Drian lors d’une interview, il y a quelques mois.

De même les spécialistes considèrent que la politique de reconstruction décidée à la fin de la guerre civile a aussi montrée ses limites, avec une mauvaise formulation comme le pari sur du BTP et du tourisme dans un pays dont la stabilité n’est que relative et le fait d’avoir raté les opportunités pour faire rentrer le Liban dans le XXIème siècle en pariant sur les industries nouvelles à forte valeur rajoutée.

La politique monétaire a montré ses limites et figure aujourd’hui au banc des accusés. Ainsi si l’état s’est fortement endetté pour financer la reconstruction, laissant les secteurs productifs au privé, avec le résultat d’un endettement public important, la politique de maintien de la parité de la livre libanaise face au dollar a aggravé ce facteur. Ce refus d’avoir une parité réelle et donc d’obtenir un atterrissage doux a abouti à des corrections monétaires sévères comme on le constate aujourd’hui avec une perte de parité importante et une dégradation brutale de la livre libanaise face au dollar.

Comme si l’amélioration relative des 31 dernières années a aujourd’hui un prix… une dette qu’on paye aujourd’hui!

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Expert économique, François el Bacha est l'un des membres fondateurs de Libnanews.com. Il a notamment travaillé pour des projets multiples, allant du secteur bancaire aux problèmes socio-économiques et plus spécifiquement en terme de diversité au sein des entreprises.

2 COMMENTAIRES

  1. Beyrouth le 4/13/2021
    LE MONDE
    Le monde serait si facile à gérer, si seulement ses dirigeants avaient la patience de réfléchir.
     1.- Je ne peux contester qu’ils soient intelligents. Ils ne pouvaient que l’être pour avoir atteint de tels sommets.
     2.- Malheureusement, il semblerait qu’ils ne savent pas tirer parti de cette intelligence.
     3.- Laissez-moi m’expliquer. A l’heure présente, quel est le dirigeant qui d’après vous, aurait vraiment réussi ?
     4.- Qu’a fait l’Anglais, a part extraire son pays d’une alliance qui, à mon humble avis, lui était énormément profitable ?
     5.- Qu’a fait le Français, à ce jour ? Il n’arrive plus à avancer, malheureusement, maintenant que son concurrent de toujours a quitté le Club ?
     6.- Et l’Américain, relativement nouveau-venu ?
     7.- Et le Russe qui s’embourbe tous les jours d’avantage, et ne sait pas tirer profit des entourloupettes qu’il a créés à tous ses voisins, sans en profiter de la moindre d’entre elles, pour que ses citoyens puissent en tirer parti.
     8.- Qu’ont fait les décideurs de tous les autres pays européens ? Pas grand-chose à mon humble avis.
     9.-A ce stade, nul doute que quelques lecteurs me lancent : Mais, monsieur l’intelligent, que voulez-vous qu’ils fassent ?
     10.- Je pourrais répondre : « qu’ils moururent »
     Mais, non, je vais vous dire ce qu’ils auraient dû faire, et je vais vous prouver que j’ai raison.
     11.- Tous les « génies » qui ont contribué à créer des organisations internationales (Banque Mondiale et Fond Monétaire International, sans omettre plusieurs autres encore, susceptible de régler les problèmes de l’humanité, ou en sont-ils, a présent ?
     12.-L’Europe, la supposée maitresse de l’Humanité, est elle-même en pagaille, et ne sait, même pas, comment s’en sortir avec le CORONA 19, tandis que les autres font, eux aussi, du surplace.
     Et, si vous me demandez une réponse, dans l’heure, je vous répondrais : « Laissez-moi cogiter, quelques jours, avant de répondre.
     Apres tout, l’Humanité a épuisé, sans suces, vingt siècles de cogitation, sans trouver la formule. Vous pourriez-bon attendre quelques semaines après tout.

  2. Surtout, ne pas condamner le Liban avant de l’avoir studieusement juge. Il a eu 78 ans cette annee, mais malheureusement, sa mentalite d’enfant gate le pousse constamment a agir comme un enfant gate, avec toutes les consequences qui s’en suivent. Il faudrait qu’il se decide a agir, pour une fois, comme un adulte.
    Le fait que ses dirigeants, apres

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