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À Roumieh, 400 détenus en grève de la faim

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Quelque 400 détenus de la prison centrale de Roumieh, en majorité des détenus islamistes, poursuivent une grève de la faim entamée le 12 septembre pour protester contre la suspension de la loi d’amnistie générale. Dix jours après le début du mouvement, la question sanitaire s’ajoute désormais au bras de fer juridique : 80 grévistes souffrent de maladies chroniques, tandis que l’administration pénitentiaire surveille leur état de santé. Au cœur de la crise se trouve une loi votée le 12 août par le Parlement, puis provisoirement gelée le 10 septembre par le Conseil constitutionnel après le dépôt d’un recours.

Une grève qui entre dans une phase sensible

La mobilisation se concentre à Roumieh, au nord-est de Beyrouth, dans le plus grand établissement pénitentiaire du Liban. Selon une source judiciaire citée par une agence de presse, environ 400 détenus, pour la plupart islamistes, refusent de s’alimenter depuis le 12 septembre. Leur revendication est directement liée à l’amnistie générale : ils demandent que le texte adopté par les députés puisse entrer en application.

Après dix jours de grève, la durée du mouvement devient elle-même un facteur de risque. Les responsables de la prison suivent l’état des participants, notamment celui des 80 détenus atteints de maladies chroniques. Des informations publiées dans la presse libanaise font également état de cas d’épuisement parmi les grévistes. La situation médicale peut donc rapidement devenir un enjeu supplémentaire si le mouvement se prolonge.

Pourquoi la loi d’amnistie est-elle suspendue ?

Le Parlement libanais a adopté la loi d’amnistie générale le 12 août 2026, après plusieurs années de discussions et de tentatives infructueuses. Il s’agit de la première mesure d’amnistie générale de cette ampleur depuis celle adoptée en 1991, au lendemain de la guerre civile.

Le texte ne prévoit toutefois pas une libération indistincte de l’ensemble des personnes détenues. Il combine des mesures d’amnistie et des réductions exceptionnelles de certaines peines, avec des exclusions concernant plusieurs catégories de crimes graves. Son adoption avait immédiatement ravivé un débat politique et communautaire ancien, notamment autour du sort des détenus islamistes.

Le processus a changé de direction début septembre. Des députés du bloc Liban fort, lié au Courant patriotique libre, ont saisi le Conseil constitutionnel pour contester la loi. Le 10 septembre, celui-ci a décidé à la majorité de suspendre provisoirement les effets de la loi n° 70/2026, le temps d’examiner le recours sur le fond.

Cette décision ne signifie donc pas, à ce stade, que la loi a été annulée. Elle empêche son application pendant le contrôle constitutionnel. Pour les détenus qui pensaient pouvoir bénéficier rapidement de ses dispositions, cette distinction juridique a une conséquence très concrète : aucune mesure prévue par le texte contesté ne peut être mise en œuvre tant que la suspension reste en vigueur.

Le Conseil constitutionnel au centre de la crise

La pression se déplace ainsi vers le Conseil constitutionnel. Cette institution doit déterminer si la loi respecte la Constitution et si les griefs formulés dans le recours justifient son annulation totale ou partielle. Sa décision est attendue au cours des prochaines semaines.

Le recours soulève notamment des questions concernant la procédure d’adoption du texte, les droits des victimes et les principes d’égalité et de proportionnalité. Les auteurs de la contestation ont aussi défendu la nécessité de distinguer le problème des personnes détenues pendant de longues périodes sans jugement de celui des personnes condamnées pour des crimes graves.

Cette distinction se trouve au cœur de la controverse. Une partie du débat public présente l’amnistie comme un moyen de réparer des situations judiciaires devenues anormalement longues et de réduire l’engorgement carcéral. Ses opposants craignent au contraire qu’une mesure générale permette à des personnes impliquées dans des actes graves d’obtenir une remise de peine ou une libération sans réponse suffisante aux droits des victimes.

Pour les grévistes de Roumieh, le calendrier institutionnel est cependant devenu le principal problème. Leur mouvement vise précisément à créer une pression pendant cette période d’attente. Le Conseil constitutionnel doit statuer selon ses propres procédures, alors que la situation à l’intérieur de la prison évolue désormais au rythme de la durée de la grève.

Les détenus islamistes, point le plus sensible

La question des détenus islamistes constitue depuis des années l’un des principaux obstacles à un accord politique sur une amnistie générale au Liban. Certains ont été condamnés pour des infractions liées au terrorisme ou pour leur participation à des affrontements armés. D’autres restent détenus dans des procédures qui se prolongent depuis des années.

Le dossier est particulièrement sensible lorsque les accusations concernent des attaques contre l’armée libanaise. Avant même le vote d’août, la possibilité que certaines personnes condamnées ou poursuivies dans ces affaires bénéficient du nouveau dispositif avait suscité de fortes oppositions.

Cette dimension explique en partie pourquoi le débat dépasse largement les murs de Roumieh. Pour les défenseurs de l’amnistie, il faut distinguer les personnes condamnées pour des faits graves de celles qui ont subi une détention préventive excessivement longue ou dont les dossiers judiciaires n’ont pas avancé. Pour les opposants au texte, une réforme du système judiciaire ne doit pas conduire à effacer des responsabilités pénales, en particulier lorsque des militaires ou des civils ont été tués.

La loi votée en août résulte ainsi d’un compromis politique difficile. Elle vise plusieurs catégories de détenus et de personnes recherchées et ne concerne pas exclusivement les islamistes. Mais ce sont ces derniers qui cristallisent l’essentiel de la controverse et qui constituent, à Roumieh, le noyau principal de la mobilisation actuelle.

Roumieh révèle une crise carcérale beaucoup plus large

La grève de la faim intervient surtout dans un système où la détention provisoire occupe une place considérable. Dans son rapport annuel pour 2025, la Commission nationale des droits de l’homme du Liban a estimé à environ 82 % la part des détenus en attente de l’achèvement de leurs procédures judiciaires. Les données officielles reprises par la Commission faisaient état de 6 212 détenus au 10 mars 2026.

La même institution a évalué l’occupation des prisons à près de 300 % de leur capacité. Cette surpopulation ne s’explique pas uniquement par le nombre de condamnations. Les lenteurs judiciaires, les détentions préventives prolongées, le manque d’infrastructures adaptées et les conséquences des crises successives ont contribué à l’accumulation des détenus.

Roumieh en constitue l’exemple le plus visible. Construit dans les années 1960 et officiellement ouvert en 1971, l’établissement avait été conçu pour environ 1 300 personnes. Il accueille depuis longtemps une population bien supérieure à cette capacité initiale. La prison est ainsi devenue à la fois un lieu de détention et le symbole des dysfonctionnements structurels de la politique carcérale libanaise.

L’amnistie peut réduire la pression, sans régler ses causes

C’est dans ce contexte que l’amnistie générale a été présentée par ses défenseurs comme l’un des moyens de diminuer rapidement la population carcérale. Une libération de détenus éligibles ou une réduction de certaines peines pourrait effectivement faire baisser le nombre de personnes incarcérées. Mais elle ne résoudrait pas, à elle seule, les mécanismes qui produisent la surpopulation.

La proportion très élevée de personnes en détention préventive illustre cette limite. Si les procédures continuent à s’étendre sur de longues périodes et si les établissements restent insuffisants, l’effet d’une amnistie sur l’occupation des prisons peut rester temporaire. La question porte donc également sur la vitesse des procès, l’application des règles encadrant la détention provisoire et les alternatives possibles à l’incarcération avant jugement.

Cette différence entre réponse immédiate et réforme structurelle est essentielle pour comprendre le conflit actuel. Pour les détenus susceptibles de bénéficier de la loi, l’urgence concerne leur situation individuelle et l’entrée en vigueur du texte. Pour l’État, la crise pose une question plus large : comment réduire durablement une population carcérale qui dépasse largement les capacités disponibles sans affaiblir les droits des victimes ni la poursuite des crimes les plus graves ?

Une attente désormais sanitaire et judiciaire

À Roumieh, ces débats institutionnels ont désormais une traduction physique. Chaque journée supplémentaire de grève augmente l’attention portée à l’état de santé des détenus, particulièrement des personnes atteintes de maladies chroniques. L’administration doit surveiller une mobilisation collective tout en maintenant le fonctionnement d’un établissement déjà surchargé.

Le dossier reste néanmoins suspendu à une décision juridique. Tant que le Conseil constitutionnel n’aura pas statué sur le recours, la loi d’amnistie générale restera gelée et les détenus concernés ne pourront pas bénéficier des mesures qu’elle prévoit. Une validation du texte ouvrirait la voie à son application ; une censure totale ou partielle obligerait les autorités politiques et judiciaires à revoir le dispositif.

Pour les quelque 400 détenus en grève de la faim, le calendrier est plus immédiat. Leur mouvement, commencé le 12 septembre, se poursuit alors que les autorités pénitentiaires surveillent notamment 80 grévistes souffrant de maladies chroniques. La prochaine étape institutionnelle appartient au Conseil constitutionnel, mais l’évolution de la situation à Roumieh dépend désormais aussi de la capacité des détenus à prolonger leur mouvement sans aggravation majeure de leur état de santé.

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Newsdesk Libnanews
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