A Paris, mardi 4 août 2020, je flânais avec une amie au centre Beaugrenelle dans l’intention de choisir des tenues pour mon voyage prévu au Liban. Comme tous les ans je passais mes étés dans mon pays d’origine. Et de là-bas, je faisais des escapades dans les îles grecques ou autres destinations.

Ce jour-là il faisait beau. Comme d’habitude beaucoup de personnes côtoyaient ce centre très huppé, très à la mode, qui offre à sa clientèle une panoplie de choix vestimentaire et autres. Centre moderne bien placé à côté de la Seine, de la statue de la liberté et de Radio France, lieu où j’ai exercé mon métier durant des années.

Mon Whatsapp me fait signe. Un appel de Léna mon amie de classe. Je prends la communication. Effrayée, elle me dit que quelque chose de terrible s’est passé à Beyrouth et que l’appartement de son frère à Achrafieh a été soufflé.

Je ne saisis pas bien le sens de ses paroles. Paniquée, elle me demande si je suis au courant de détails de par mon travail de journaliste. Je lui réponds que je suis en repos et loin de ma radio. Je me dépêche pour rentrer chez moi pour suivre les infos sur les chaînes libanaises présentes dans mon quotidien.

Quel destin ! Et là je découvre la catastrophe. Beyrouth qui brûle devant mes yeux. Ma ville tant aimée et tant manquée.
Les quelques années durant lesquelles j’ai connu notre capitale bien-aimée, ont été les munitions de ma vie future. J’ai été éblouie par sa beauté et la diversité, le pluralisme, la liberté et la démocratie qu’elle représentait.

Que signifie le mot ville ? Cela doit signifier que la personne qui vit dans un lieu en est affectée et qu’elle continue à porter ce sentiment indéfiniment. Elle devient ainsi redevable à cette ville. Je dois énormément à cet endroit. Je suis une Beyrouthine de souche. Car cet endroit vit dans mes veines, dans mon sang et dans ma peau.

Aucun endroit au monde ne me reflète les mêmes sensations que Beyrouth. Mes larmes s’accommodent avec ma stupéfaction. Impossible. Irréel. Surréaliste. Elle brûle. Elle suffoque. Elle se détruit. Et j’entends les lamentations de ses habitants, de mes sœurs et frères, de leurs enfants, de leurs aînés. Mon Dieu ! C’est trop injuste. Je regarde la fumée qui se dégage du « Port de Beyrouth » avec horreur, comme si elle me suffoquait, me tuait. En m’installant à Paris, je pensais avoir échappé à la guerre. Mais la mort me poursuivait jusqu’à des milliers de kilomètres.

Au fur et à mesure que je voyais le désastre, la population hagarde dans les rues, les portes déchiquetées, les enfants et femmes terrorisés, les hommes sous le poids de l’incendie hébétés, les victimes qui s’envolaient dans le vent pour atterrir par terre, les hôpitaux rasés. Quelque chose de jamais ressenti surgit en moi, et je lui fis une promesse :

Beyrouth, en partie détruite, tu renaîtras de tes cendres comme le phénix. Beyrouth, Tu ne mourras jamais.
Toi qui m’as appris la joie, toi qui m’as montré la voie, toi qui m’as transmis les lois, tu renaîtras de tes cendres.
Tu n’es pas faite pour les larmes. Tu n’es pas faite pour les meurtres. Tu n’es pas conçue pour les défaites.

Beyrouth tes enfants te défendront. Ils porteront ta blessure dans le monde car ils sont dans les 4 coins du monde. Ils sont des millions à te vénérer. Ils sont dans chaque pays, dans chaque continent, dans chaque grain de sable, dans chaque eau de mer, dans tout soleil et chaque lune, dans tous les cieux !

Tes cendres m’ont donné une vision, une leçon, un message. A travers eux une nouvelle naissance s’impose : Après la mort la résurrection !

Gaby Lteif

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1 COMMENTAIRE

  1. Oui, bien sûr ! Et fi des récriminations, indignations hypocrites disait untel, jérémiades et pleurnicheries de circonstance, injures et insultes distribuées à tous vents tel un torchon malpropre juste à brûler illico pour arrêter la possible contagion d’une hargne entretenue. De loin plus dangereux que les dits X tonnes de produit chimique dévastateur, un esprit de division autrement plus dangereux et mortel tente de se faire une place au coeur d’un peuple déjà tellement éprouvé.

    Oui, bien sûr, “après la mort la résurrection”. Sauf qu’en ce 4 août 2020 la résurrection était déjà là au milieu du bruits, des cris, des immeubles défigurés, enfin, bref, de cet immense champignon de fumée au-dessus de Beyrouth. La résurrection était déjà là dans les bras de cette jeune infirmière s’éjectant d’un hôpital et courant dans les rues pour sauver trois nouveaux-nés prématurés… Une jeune infirmière est allée ce jour-là plus vite que le désespoir, la haine et la mort, elle est allée à la rencontre de l’urgence du moment, elle est allée en courant vers l’espérance. Et les trois nouveaux-nés auront ainsi été enfin accueillis dans des couveuses, visités et soignés tous les jours par la jeune libanaise avant d’être remis sains et saufs à leurs parents.

    Mieux que les rugissements, les invectives et les salissures, et sans rechercher gloire, notoriété ni aucune récompense, une jeune fille du pays des cèdres aura été plus rapide que le feu, la destruction et la haine.

    Comment ne pas s’en souvenir en cette commémoration du 4 août…

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