Mardi 16 août 2022, un rendez-vous musical et culturel vous est donné avec le Club Social Bacchus qui présente à Achrafieh, « Notes pour la Paix », un salon de musique suivi d’un cocktail.

A cette occasion, je me suis entretenue de Paris, avec la Présidente du Club qui organise cet événement, Cloé Fakhoury Kazan, psychologue et metteuse en scène de théâtre, mélomane et lyricomane, elle a multiplié les voyages musicaux.

JM : Quelle a été la genèse du Club et quel est sont objectif ?
CFK : Le Club Social Bacchus, est une réponse à l’humiliation, à l’insécurité et à la crucifixion du peuple libanais.
J’ai voulu faire de la musique un moyen de résistance.

La musique a toujours été mon porte-parole du moment où je faisais du théâtre ; mes spectacles furent souvent muets, j’exprimais mes idées à travers le mouvement.

Le corps des comédiens racontait des histoires et la musique accompagnait ces mouvements, ce qui donnait une dimension universelle à mes idées, car la musique est une langue sans frontières, elle est l’ancêtre de toutes les langues, les premiers hommes émettaient des sons pour s’exprimer s’inspirant de la nature.

Le club est né juste après la double déflagration du 4 août 2020 survenue port de Beyrouth. J’étais au Liban et je voyais déjà toutes ces victimes, toutes ces maisons détruites, toutes ces personnes qui ont perdu des membres de leur famille ; et cette douleur omniprésente qui martyrisait les libanais au quotidien : le libanais ne vit plus, il existe tout simplement, il ne peut plus penser à l’avenir, il n’espère plus, il est paralysé.

Avec toutes ces crises économiques et sanitaires qui s’éternisent sans solution et sans fin, le coût de la vie qui est devenu insoutenable, les pénuries c’était trop douloureux. Tout cela a créé en moi une forme de rage et j’ai fini par créer le « Club Social Bacchus » en hommage à ces maisons détruites en faisant de la musique dans les maisons. Le premier salon de musique avait eu lieu le 4 septembre 2020.

C’est un club dont le nom est inspiré de la mythologie romaine, Bacchus, Dieu du vin.
Etant originaire de Zahlé, ville du vin et de la vigne. Une sculpture en bronze orne l’entrée de la ville qui rappelle Bacchus, sa tête couronnée de pampres avec une grappe de raisin dans les mains et une lyre à ses côtés. Ce qui fait référence à la musique et à la poésie. Il a fallu donc à notre Club, un nom qui fasse référence à Zahlé ; nos premiers salons de musique y ont eu lieu. Donc tout cela nous a inspiré le nom Club.

Le Club social Bacchus est une réponse à l’humiliation, à la douleur, à tout ce que subit le peuple libanais. C’est une forme de résistance à travers et par la musique.

JM : Quels sont vos principales activités au sein du Club et pourquoi les Maisons précisément ?
CFK : On fait toujours de la musique savante symphonique ou lyrique et en faisant collaborer et travailler des artistes libanais confirmés.

C’est ma façon de faire vivre les maisons, l’espoir, le rêve. Ma façon de faire vivre un petit peu de bonheur, de mettre un peu de lumière dans l’obscurité du quotidien et C’est aussi ma façon de répondre à ce qui s’était passé :

J’ai choisi les maisons, pour leur rendre hommage après l’explosion et leur donner une dimension nouvelle, celle de la démocratisation de la musique savante parce que la maison n’est pas seulement une distribution technique de l‘espace ; elle recèle un côté symbolique très important. Elle est l’univers, le cosmos, le refuge.

C’est là où l’être humain arrive en premier quand il est né, c’est son univers. La maison, c’est là où on l’on va connaître nos premières sensations, là où l’on va avoir nos premiers contacts avec tout ce qui est notre environnement.

JM : Avez-vous rencontré des difficultés avec l’idée de faire vos salons de musique dans les maisons ?
CFK : On n’a pas vraiment rencontré des difficultés, bien au contraire. Les gens étaient déjà épuisés des confinements successifs ; ils avaient besoin vraiment d’ouvrir leurs portes de nouveau, de redéfinir une dimension humaine nouvelle basée sur le partage, le don.

Les familles étaient très contentes d’accueillir chez elles de nouvelles personnes et d’élargir leur cercle amical.
On a eu beaucoup d’échos positifs, des personnes nous disaient « bravo, vous êtes en train de faire entrer la culture et la musique savante dans les maisons ; vous redéfinissez l’usage de l’espace privé ».

JM : Le 16 août 2022, Le Club Social Bacchus organise un salon de musique : « Notes pour la Paix ». De quoi s’agit-il exactement ?
CFK : L’évènement du 16 août, c’est un salon de musique qui rend hommage à la paix parce que je pense que ce besoin de paix est cosmique et pas seulement au Liban. Le monde entier en a besoin.

Ce salon de musique est inspiré d’une chanson catalane qui s’intitule « le chant des oiseaux ». L’auteur de cette chanson est inconnu. Elle date de l’époque médiévale et elle a été démocratisée par le violoncelliste et chef d’orchestre espagnol, Pau Casals. Il la proposait au début et à la fin de chacun de ses concerts. Avec lui, cette chanson était devenue comme une prière, un hymne de paix. elle sera interprétée, le 16 août, au piano, par Elie Sawma.

Il y aura aussi dans notre salon, une exposition d’oiseaux réalisée par deux sculptrices libanaises :
– Névine Matar qui s’est inspirée de la conférence des oiseaux de Al Attar pour réaliser ces sculptures en papier mâché.
– Sabine Karam qui s’est inspirée de « The lark ascending » de Ralph Vaughan Williams, et le poète anglais Georges Meredith. Elle va proposer des oiseaux en bronze et en céramique.

Ça colle parfaitement à l’esprit de notre salon de musique puisqu’on parle de ces créatures qui symbolisent la paix et la liberté et la cohésion

JM : Quels seront vos projets à venir ?
CFK : Nous avons encore des concerts à proposer. Un est déjà programmé pour le 1er septembre à la mairie de Zahlé, dans le cadre du festival Al-Karma, avec Marie-Josée Matar, Bruno Khoury et le pianiste, Elie Sawma.
Un second concert est prévu pour le 6 octobre avec les cordes résonnantes. D’autres, sont en cours de préparation.


JM : Comment voyez-vous l’évolution de votre Club ?
CFK : Je pense qu’on va continuer. Rien ne nous arrêtera parceque nous avons décidé de suivre ce chemin de construire ensemble la symphonie de la paix.

Je ne parle pas de la symphonie dans le sens musical du terme, mais plutôt en faisant référence à la cohésion. C’est cette symphonie de la paix qui manque au Liban et partout dans le monde, avec toutes les guerres qu’on vit et les problèmes qui caractérisent notre époque.

Comme dit le chef d’orchestre Riccardo Muti, « c’est la symphonie qui manque à notre époque et notre monde ».

Mon ambition c’est de créer cette symphonie humaine et je vais continuer à proposer des salons de musique que ça soit chez l’habitant ou ailleurs De toute façon notre mission est aussi d’aider les artistes libanais à travailler et créer un trait d’union entre eux et ceux de l’étrangers ; de les aider à collaborer ensemble et de s’enrichir les uns les autres, de leur expérience mutuelle, de leur connaissance mutuelle, de la musique et de leur vision.

Adresse : Crypte Saint-Joseph, Achrafieh – Beyrouth
Réservation : [email protected]
Tél : + 961 71444341

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Jinane Chaker-Sultani Milelli est une éditrice et auteur franco-libanaise. Née à Beyrouth, Jinane Chaker-Sultani Milelli a fait ses études supérieures en France. Sociologue de formation [pédagogie et sciences de l’éducation] et titulaire d’un doctorat PHD [janvier 1990], en Anthropologie, Ethnologie politique et Sciences des Religions, elle s’oriente vers le management stratégique des ressources humaines [diplôme d’ingénieur et doctorat 3e cycle en 1994] puis s’affirme dans la méthodologie de prise de décision en management par construction de projet [1998].