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Beyrouth : heurts entre déposants et forces de sécurité

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Des affrontements ont opposé jeudi 17 septembre 2026 des déposants libanais aux forces de sécurité dans le centre de Beyrouth, notamment devant Bank of Beirut, près du Grand Sérail. Plusieurs manifestants ont été blessés au cours d’une mobilisation réclamant une solution pour récupérer les dépôts bancaires bloqués depuis la crise financière de 2019. Le mouvement, parti de la place Riad el-Solh, s’est ensuite dirigé vers le ministère des Finances puis vers celui de l’Économie. De nouveaux incidents ont éclaté pendant ce parcours. L’ancien ministre Issam Charafeddine a notamment été blessé à la tête, selon le président de l’association « Cri des déposants », Alaa Khourchid.

La mobilisation intervient à un moment particulièrement sensible pour le dossier bancaire. Une délégation du Fonds monétaire international se trouve à Beyrouth et rencontrait des responsables du ministère des Finances. Les associations de déposants contestent le traitement prévu pour leurs avoirs dans le cadre de la restructuration financière et réclament d’être directement associées aux discussions qui détermineront le sort des dépôts.

Des heurts devant Bank of Beirut à Beyrouth

Les premiers incidents ont été signalés dans le centre de la capitale, à proximité immédiate du Grand Sérail. Des déposants s’étaient rassemblés place Riad el-Solh avant de poursuivre leur mouvement dans plusieurs secteurs administratifs de Beyrouth.

La manifestation avait été organisée par des associations de déposants, avec la participation de groupes représentant notamment des déposants établis à l’étranger. L’objectif affiché était d’interpeller le gouvernement et le Parlement sur le projet de règlement de la crise bancaire.

La tension est montée devant Bank of Beirut, près du siège de la présidence du Conseil. Des bousculades puis des affrontements ont opposé des manifestants aux forces de sécurité présentes sur place.

Plusieurs médias libanais font état de blessés parmi les manifestants. Aucun bilan officiel précis du nombre de personnes touchées n’avait toutefois été publié dans les premières heures suivant les incidents.

Les informations disponibles ne permettent donc pas d’établir un bilan définitif. Elles confirment en revanche que l’incident a dépassé le stade de simples échanges verbaux et que plusieurs participants ont été blessés.

Des pneus ont également été incendiés place Riad el-Solh, devant le Grand Sérail. Les forces de sécurité sont intervenues à différents moments du rassemblement, notamment lorsque les manifestants ont tenté d’occuper ou de bloquer certains secteurs.

La confrontation devant Bank of Beirut n’a pas mis fin à la mobilisation. Les déposants ont poursuivi leur parcours en direction des ministères concernés par le dossier financier.

De Riad el-Solh au ministère des Finances

Le mouvement avait commencé devant le Grand Sérail, siège de la présidence du Conseil. Les manifestants ont ensuite pris la direction du ministère des Finances.

Ce déplacement n’était pas anodin. Le ministère constitue l’un des centres des discussions sur la restructuration financière et bancaire. Surtout, une délégation du Fonds monétaire international rencontrait des responsables du ministère au moment de la mobilisation.

Les déposants voulaient donc porter leurs revendications au plus près des responsables engagés dans les négociations financières.

Ils réclament une solution leur permettant de récupérer les sommes immobilisées dans les banques depuis le déclenchement de la crise à l’automne 2019. Ils demandent également que leurs représentants participent aux discussions sur les mécanismes de remboursement.

Après leur passage devant le ministère des Finances, les manifestants ont poursuivi leur mouvement vers le ministère de l’Économie et du Commerce.

C’est pendant cette partie du parcours qu’un nouvel incident a éclaté avec les forces de sécurité.

Issam Charafeddine blessé à la tête

L’ancien ministre des Déplacés Issam Charafeddine, engagé depuis plusieurs années aux côtés de groupes de déposants, participait à la mobilisation.

Alaa Khourchid, président de l’association « Cri des déposants », a affirmé qu’Issam Charafeddine avait été frappé pendant une confrontation avec les forces de sécurité alors que les manifestants se déplaçaient du ministère des Finances vers celui de l’Économie.

Selon son récit, les forces de sécurité avaient bloqué la route lorsque l’incident s’est produit. Khourchid affirme avoir vu l’ancien ministre être frappé.

Issam Charafeddine aurait été touché à la tête et aurait saigné.

Cette version doit cependant être attribuée à l’association organisatrice. Les informations disponibles dans l’immédiat ne permettent pas d’établir de manière indépendante la séquence exacte des gestes ayant provoqué sa blessure, ni de disposer d’une version détaillée des Forces de sécurité intérieure sur cet épisode.

La blessure de l’ancien ministre a néanmoins constitué l’un des moments les plus tendus de la manifestation.

Le parcours s’est poursuivi vers le ministère de l’Économie, où un autre incident a été signalé.

Nouvel incident devant le ministère de l’Économie

La tension a repris lorsque les manifestants sont arrivés aux abords du ministère de l’Économie et du Commerce.

Des participants ont tenté d’incendier des pneus. Les forces de sécurité sont intervenues pour les en empêcher, provoquant une nouvelle confrontation.

Selon le récit d’Alaa Khourchid, cet incident s’est ensuite terminé et le calme est revenu dans le secteur.

La journée a donc été marquée par plusieurs épisodes distincts : les tensions près du Grand Sérail et de Bank of Beirut, l’incident survenu pendant le déplacement entre les ministères des Finances et de l’Économie, puis la confrontation provoquée par l’incendie de pneus aux abords du ministère de l’Économie.

Ces différents épisodes sont liés à une même mobilisation et à une revendication centrale : le sort des dépôts bancaires.

Les déposants contestent le traitement de leur épargne

Derrière les incidents de jeudi se trouve le dossier non résolu des dépôts bloqués depuis 2019.

À partir du début de la crise financière, les banques libanaises ont imposé de fortes restrictions aux retraits et aux transferts. Les déposants ont ainsi perdu le libre accès à une grande partie des sommes inscrites sur leurs comptes, particulièrement celles libellées en devises.

La question est devenue l’un des principaux obstacles à la restructuration du système financier.

L’enjeu ne consiste pas seulement à déterminer combien d’argent pourra être rendu aux déposants. Il faut également décider à quel rythme, sous quelle forme et selon quelle répartition des pertes entre l’État, la Banque du Liban, les banques commerciales et leurs actionnaires.

Le gouvernement a approuvé fin 2025 un projet de loi sur l’organisation financière et la restitution des dépôts. Selon la présentation officielle faite à l’époque par le Premier ministre Nawaf Salam, les déposants disposant de moins de 100 000 dollars doivent récupérer leurs avoirs sur quatre ans.

Le gouvernement indiquait alors que cette catégorie représentait environ 85 % des déposants.

Pour les comptes supérieurs à ce seuil, le mécanisme prévu est différent. Les déposants doivent récupérer une première tranche, tandis que le solde doit être traité notamment au moyen de titres négociables.

Cette architecture reste vivement contestée par plusieurs associations de déposants.

Une bataille autour des « 85 % »

La mobilisation de jeudi a également mis en évidence une divergence importante sur la présentation des chiffres.

Dans son communiqué après le rassemblement, l’association « Cri des déposants » a affirmé que le projet gouvernemental conduirait à transformer environ 85 % des dépôts en obligations dont elle conteste les garanties. Elle dénonce également la possibilité de réduire certaines créances au titre d’intérêts versés dans le passé.

Cette présentation ne correspond toutefois pas à celle donnée officiellement par le gouvernement lors de l’adoption de son projet.

Le chiffre de 85 % avancé par le gouvernement concernait la proportion estimée de déposants disposant de moins de 100 000 dollars et non la part de l’ensemble des dépôts destinée à être convertie en titres.

Cette distinction est importante.

Le gouvernement affirme que les déposants sous le seuil de 100 000 dollars doivent récupérer intégralement cette somme selon le calendrier prévu. Pour les déposants possédant davantage, le solde au-delà de ce seuil doit faire l’objet d’un traitement différent.

Les associations contestent pour leur part la sécurité et la valeur réelle de certains mécanismes proposés pour les montants supérieurs. Elles refusent que la restructuration conduise, directement ou indirectement, à faire supporter aux déposants une part qu’elles jugent excessive des pertes accumulées par le système financier.

C’est ce désaccord qui alimente une grande partie de la mobilisation actuelle.

Le FMI à Beyrouth au moment de la manifestation

Le calendrier de la manifestation ajoute une dimension particulière aux incidents.

Une délégation du Fonds monétaire international se trouve au Liban pour une nouvelle série de discussions avec les autorités. Le mouvement de jeudi coïncidait directement avec une réunion entre des représentants du FMI et des responsables du ministère des Finances.

Les déposants ont voulu profiter de cette présence pour rendre leur position visible.

Depuis plusieurs années, le FMI demande au Liban de mettre en œuvre une restructuration du secteur financier, de reconnaître les pertes accumulées et de définir leur répartition. La résolution du passif bancaire reste l’un des dossiers déterminants pour toute réforme durable du système.

Mais cette répartition est précisément le point le plus conflictuel.

Les déposants refusent d’être considérés comme la variable d’ajustement d’un système dont ils estiment ne pas être responsables. Le gouvernement doit parallèlement traiter des pertes financières considérables accumulées entre l’État, la Banque du Liban et les établissements bancaires.

Les discussions avec le FMI donnent donc au mouvement de jeudi une portée qui dépasse la confrontation devant une banque du centre-ville.

Les manifestants cherchaient à intervenir politiquement au moment où les modalités de traitement de leurs avoirs restent discutées avec les institutions internationales.

Une crise bancaire qui dure depuis 2019

Les incidents de Beyrouth interviennent près de sept ans après le début de la crise financière libanaise.

À l’automne 2019, alors que les entrées de capitaux se tarissaient et que les manifestations se multipliaient dans le pays, les établissements bancaires ont commencé à limiter l’accès aux comptes.

Les restrictions se sont ensuite prolongées.

La livre libanaise a perdu l’essentiel de sa valeur par rapport à son ancien taux de change. Les déposants disposant de comptes en dollars se sont retrouvés dans l’impossibilité de retirer librement leurs avoirs dans leur devise d’origine.

Au fil des années, la Banque du Liban a adopté plusieurs mécanismes permettant des retraits limités selon des plafonds et des conditions spécifiques. Ces dispositifs n’ont pas résolu la question de fond : la reconnaissance des créances, la répartition des pertes et les modalités d’un remboursement durable.

Cette absence de règlement a régulièrement provoqué des mobilisations.

Certaines ont visé directement des agences bancaires. Des déposants ont également eu recours, depuis 2022, à des actions individuelles dans des établissements pour réclamer l’accès à leurs propres comptes.

La manifestation du 17 septembre s’inscrit dans cette longue séquence, mais elle intervient à un moment où le débat s’est déplacé vers les modalités concrètes d’une restructuration législative.

Les associations annoncent d’autres mobilisations

Après les incidents, « Cri des déposants » a annoncé son intention de poursuivre ses actions.

L’association affirme rejeter tout mécanisme qui conduirait, selon son interprétation, à effacer une partie des dépôts ou à transférer des avoirs vers des instruments dont le remboursement serait incertain.

Elle réclame également une participation des représentants des déposants aux discussions sur la restructuration.

Cette revendication devrait rester au centre des prochaines mobilisations. Les associations considèrent que les personnes dont les comptes sont bloqués doivent pouvoir intervenir dans l’élaboration des solutions qui détermineront le remboursement de leurs créances.

Les incidents de jeudi ajoutent désormais une dimension sécuritaire à cette confrontation financière. Plusieurs personnes ont été blessées, tandis que l’accusation selon laquelle Issam Charafeddine aurait été frappé par les forces de sécurité devra être confrontée à d’éventuelles précisions officielles sur les circonstances exactes de l’incident.

À Beyrouth, le calme est revenu après les différentes confrontations signalées dans le centre-ville. Le dossier qui les a provoquées reste, lui, entièrement ouvert : les négociations financières se poursuivent, le traitement définitif des dépôts n’est pas achevé et les associations annoncent déjà de nouveaux mouvements contre toute formule qu’elles considéreraient comme une réduction de leurs droits.

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