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L’accord-cadre sous la loupe : ce que le Liban et Israël négocient réellement derrière les réunions de Washington

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Deux heures de discussions, mais aucune percée annoncée

La rencontre organisée à Washington entre la représentante libanaise et l’ambassadeur israélien n’a débouché ni sur un accord annoncé ni sur une mesure immédiate sur le terrain. Pourtant, derrière cette absence de résultat visible, le contenu des discussions montre que la négociation a déjà dépassé le simple traitement des incidents au Liban-Sud. Retrait israélien, arrêt des opérations, armes du Hezbollah, déploiement de l’armée, zones expérimentales et architecture sécuritaire future se retrouvent désormais dans un même processus.

Al Akhbar du 17 septembre 2026 rapporte que la réunion entre l’ambassadrice du Liban à Washington, Nada Hamada Moawad, et l’ambassadeur israélien Yehiel Leiter s’est tenue au département d’État américain et a duré environ deux heures. Les participants ont examiné les modalités d’application de l’accord-cadre, la demande libanaise d’arrêt des opérations israéliennes et de retrait, ainsi que la possibilité d’étendre les zones expérimentales. Les conclusions doivent être transmises aux responsables politiques avant une nouvelle séance de négociation attendue au début du mois suivant.

Le quotidien décrit une réunion destinée davantage à maintenir le canal ouvert et à préparer la prochaine étape qu’à produire une transaction immédiate. Cette fonction est importante. Les négociations continuent alors même que les positions libanaise et israélienne restent éloignées sur la séquence des engagements.

Al Quds du 17 septembre 2026 rapporte également la fin de cette rencontre après environ deux heures, sans communiqué conjoint ni annonce d’un nouveau compromis. L’absence de résultat public ne signifie donc pas l’arrêt du processus. Elle montre plutôt que les discussions sont entrées dans une phase où les parties négocient l’ordre des mesures autant que leur contenu.

C’est désormais la question centrale : qui doit agir en premier ?

Beyrouth réclame un retrait avant de nouvelles étapes

La position libanaise repose sur une logique de réciprocité. Beyrouth demande des mesures israéliennes concrètes avant d’accepter de franchir les étapes suivantes.

Al Akhbar du 17 septembre 2026 indique que le Liban place en tête de ses priorités l’arrêt des opérations israéliennes et le retrait. Israël défend une séquence inverse ou, au minimum, conditionnelle. Il lie ses propres mesures à des progrès concernant les armes du Hezbollah et le déploiement de l’État.

Le désaccord ne porte donc pas seulement sur les objectifs finaux. Il porte sur leur calendrier.

Le Premier ministre Nawaf Salam a défendu l’accord devant le Parlement. Al Joumhouriyat du 17 septembre 2026 rapporte qu’il a expliqué que l’accord-cadre prévoit un retrait israélien par étapes et appelle au rétablissement de l’autorité exclusive de l’État libanais sur son territoire. Il a rejeté l’idée selon laquelle le processus éloignerait le Liban de ses références politiques et internationales.

Nawaf Salam reconnaît toutefois que les résultats attendus ne sont pas encore obtenus. Les opérations israéliennes n’ont pas cessé. Israël ne s’est pas retiré de l’ensemble des territoires concernés. Des prisonniers restent détenus et des habitants ne peuvent toujours pas regagner leurs localités.

Cette reconnaissance donne une indication sur la position gouvernementale. Beyrouth ne présente pas l’accord-cadre comme une réussite achevée. Le gouvernement le considère comme un instrument encore en cours d’utilisation.

La question devient alors celle de son efficacité. Si les résultats restent limités, jusqu’à quel point le Liban peut-il continuer à élargir les sujets négociés sans obtenir au préalable les mesures qu’il réclame ?

Le désarmement devient la principale contrepartie demandée au Liban

Du côté israélien, le dossier des armes du Hezbollah occupe une place centrale.

Al Akhbar du 17 septembre 2026 rapporte les propos du chef d’état-major israélien Eyal Zamir, selon lesquels l’armée libanaise ne semble pas prête ou capable de désarmer le Hezbollah. Cette déclaration intervient précisément au moment où Washington tente de maintenir le processus de négociation.

Elle révèle la nature du principal obstacle. Israël ne considère pas son retrait comme une mesure isolée. Il veut l’inscrire dans un changement durable de l’équilibre sécuritaire au Sud.

Le gouvernement libanais a lui-même pris position en faveur du monopole des armes par l’État. Joseph Aoun répète que la décision a été prise, mais refuse que sa mise en œuvre provoque un affrontement interne. Il privilégie une méthode progressive et négociée.

C’est sur le rythme de cette transition que les deux parties divergent.

Israël cherche des garanties observables sur le terrain. Beyrouth veut éviter que le retrait israélien soit reporté jusqu’à l’achèvement d’un processus intérieur complexe dont le calendrier ne peut être fixé uniquement par des considérations militaires.

La négociation se retrouve ainsi confrontée à un risque circulaire. Israël peut maintenir sa présence en invoquant l’absence de progrès suffisant sur les armes. Cette présence et la poursuite des opérations peuvent, en retour, compliquer le débat intérieur libanais sur le désarmement en permettant au Hezbollah de mettre en avant la persistance d’une menace extérieure.

Rompre ce cercle constitue probablement l’un des objectifs des zones expérimentales.

Les zones pilotes deviennent l’outil privilégié pour débloquer le processus

La négociation tente désormais de produire des résultats sur des territoires limités avant d’aborder l’ensemble du Sud.

Le principe consiste à obtenir un retrait ou une modification du dispositif israélien dans une zone déterminée. L’armée libanaise s’y déploie. Les habitants reviennent. La situation sécuritaire est ensuite évaluée avant de passer à une nouvelle zone.

Joseph Aoun soutient ouvertement cette approche. Ad Diyar du 17 septembre 2026 rapporte qu’il souhaite étendre les expériences à de nouveaux secteurs. Pour le président, l’armée doit pouvoir prendre possession des zones évacuées afin que la population y retourne.

Cette méthode permet théoriquement de produire une réciprocité progressive. Le Liban n’a pas besoin d’attendre un retrait israélien complet pour renforcer l’autorité de l’État. Israël peut, de son côté, observer le comportement de l’armée avant de prendre de nouvelles mesures.

Mais les premières expériences montrent déjà la difficulté de s’accorder sur les critères.

Ad Diyar rapporte les objections israéliennes concernant Zawtar al-Gharbiyah. Selon les informations du quotidien, Israël aurait estimé que le Hezbollah revenait indirectement dans la localité après le retour des habitants. Les critiques auraient notamment concerné des structures sociales proches du parti et des habitants considérés comme ses sympathisants.

Le problème devient alors politique autant que militaire. Si l’absence du Hezbollah signifie l’absence d’armes et de combattants, l’armée peut intervenir. Si elle signifie également l’absence de réseaux sociaux, politiques et associatifs, les conditions deviennent beaucoup plus difficiles à satisfaire.

La définition de la réussite d’une zone expérimentale peut donc déterminer tout le rythme du retrait.

Washington tente d’empêcher l’effondrement du canal

Les États-Unis se retrouvent au centre de cette divergence.

Al Akhbar du 17 septembre 2026 décrit Washington comme cherchant avant tout à empêcher l’effondrement de l’accord-cadre. La rencontre entre les représentants libanais et israélien doit maintenir la communication et préparer la prochaine séance.

La pression du calendrier apparaît également dans les informations du quotidien. Des sources américaines évoquent un temps limité pour produire des résultats à mesure que l’échéance électorale israélienne se rapproche.

Cette dimension électorale ajoute une contrainte. Plus Israël avance vers ses élections, plus les décisions territoriales ou sécuritaires peuvent être influencées par les considérations de politique intérieure. Un retrait peut devenir politiquement plus difficile. À l’inverse, une démonstration de fermeté face au Hezbollah peut être valorisée dans la compétition électorale.

Washington cherche donc à préserver le mécanisme avant que cette fenêtre ne se referme davantage.

La méthode américaine semble privilégier des résultats progressifs. Une zone est traitée, puis une autre. Les parties accumulent ainsi des mesures limitées qui peuvent, à terme, constituer une architecture plus vaste.

Mais les États-Unis ne sont pas un médiateur extérieur au rapport de force. La politique américaine envers Israël et son soutien militaire restent des éléments directs de l’équation.

Al Akhbar du 17 septembre 2026 souligne cette contradiction en rapprochant les négociations de Washington d’un projet américain de vente d’armements à Israël évalué à environ 2,8 milliards de dollars, comprenant notamment des munitions lourdes. Le journal y voit une double fonction américaine : médiateur politique d’un côté, principal soutien militaire d’Israël de l’autre.

Pour Beyrouth, cette asymétrie renforce l’importance des garanties obtenues à la table des négociations.

L’accord commence à dépasser le simple cessez-le-feu

Le développement le plus important apparaît toutefois dans les déclarations de Joseph Aoun.

Le président ne parle plus seulement de faire respecter un arrêt des combats. Dans plusieurs entretiens rapportés le 17 septembre 2026, il explique que le Liban cherche à obtenir un accord sécuritaire avec Israël afin de mettre fin à l’état d’hostilité et de permettre le déploiement de l’armée sur la frontière.

Al Bina’ rapporte que Joseph Aoun considère cet accord sécuritaire comme une étape pouvant, ultérieurement, ouvrir la voie à un accord de paix. Il précise toutefois que le Liban ne peut pas passer directement à cette dernière étape et qu’il faut avancer progressivement.

Ad Diyar reproduit également cette orientation. Le président lie les négociations à une séquence comprenant retrait, déploiement de l’armée, retour des habitants et règlement de la question des prisonniers.

La portée politique du processus change ainsi considérablement.

Un accord destiné initialement à organiser la sécurité du Sud pourrait devenir le point de départ d’une réflexion sur la fin de l’état d’hostilité. Il ne s’agit pas encore d’un traité de paix. Joseph Aoun établit lui-même cette distinction. Mais le vocabulaire utilisé montre que les autorités libanaises envisagent une perspective plus large que la seule gestion des incidents frontaliers.

Cette évolution explique aussi l’intensité du débat intérieur.

Au Parlement, la négociation devient un sujet de confrontation nationale

La séance de mise en cause du gouvernement a montré à quel point l’accord divise.

Al Joumhouriyat du 17 septembre 2026 rapporte les critiques de plusieurs députés sur son application et sur les résultats obtenus. Les débats ont rapidement dépassé l’évaluation technique de la négociation pour toucher à la souveraineté, aux armes du Hezbollah et à la stratégie nationale.

Nawaf Salam a défendu le choix de la diplomatie. Il a expliqué que le Liban avait été entraîné à plusieurs reprises dans des guerres qu’il n’avait pas choisies et dont l’État avait ensuite dû supporter les conséquences. Il a demandé aux détracteurs de la négociation de proposer une voie permettant d’arrêter les attaques, de récupérer les prisonniers et de ramener les habitants dans leurs villages à un coût inférieur.

Cette défense place la question sur le terrain du rapport entre objectifs et moyens.

Le gouvernement considère que le rapport de force militaire impose la négociation. Ses adversaires lui reprochent, selon des arguments différents, soit de ne pas obtenir suffisamment de contreparties, soit de faire entrer dans la négociation des questions qui touchent à l’équilibre intérieur libanais.

Le débat sur le désarmement concentre ces tensions. Pour une partie des forces politiques, le monopole des armes par l’État constitue une décision souveraine qui doit être appliquée indépendamment d’Israël. Pour le Hezbollah et ses alliés, le maintien des opérations et de la présence israéliennes rend la question indissociable du conflit extérieur.

L’accord-cadre devient ainsi le lieu où se rencontrent deux dossiers que le Liban peine depuis longtemps à séparer : sa relation avec Israël et l’organisation de la force armée à l’intérieur du pays.

L’après-Finul entre progressivement dans la négociation

Une autre évolution élargit encore le périmètre du processus : la fin annoncée de la mission de la Finul en décembre 2026.

Joseph Aoun refuse un vide international dans le Sud. Il se dit ouvert à une nouvelle force à condition qu’elle dispose d’un cadre juridique respectant la souveraineté libanaise et qu’elle aide l’armée sans la remplacer.

Parallèlement, Al Akhbar du 17 septembre 2026 rapporte que des États européens travaillent sur plusieurs scénarios pour l’après-Finul. Une mission civile et militaire européenne de trois ans est notamment à l’étude. Paris et Rome réfléchissent aussi au maintien d’une forme de présence internationale.

La référence qui encadrera cette future présence fait déjà l’objet d’un conflit.

Selon Al Akhbar, le Hezbollah aurait indiqué à des interlocuteurs européens qu’il refuse que l’accord-cadre serve de référence à une nouvelle force internationale. Le parti resterait attaché à la résolution 1701 et à l’accord du 27 novembre 2024.

Cette position montre combien l’accord-cadre a changé de portée. S’il devait devenir la référence du dispositif international de l’après-Finul, il ne régirait plus seulement les relations sécuritaires entre le Liban et Israël. Il contribuerait à déterminer la présence étrangère sur le territoire libanais.

Le choix du texte de référence devient donc un enjeu de souveraineté.

Une négociation dont la véritable portée reste en construction

Le contenu des discussions montre finalement un processus beaucoup plus ambitieux que ne le suggèrent les communiqués prudents publiés après les réunions.

Le retrait israélien y est négocié avec le déploiement de l’armée. Le déploiement est lié aux armes du Hezbollah. Les armes sont évaluées dans les zones expérimentales. Ces zones pourraient recevoir des projets de reconstruction et de développement. L’après-Finul commence à s’insérer dans la même architecture. Joseph Aoun évoque enfin un accord sécuritaire capable de mettre fin à l’état d’hostilité.

Chaque étape ouvre ainsi la suivante.

Cette mécanique contient cependant un risque pour Beyrouth. Plus les sujets intégrés au processus sont nombreux, plus la contrepartie demandée au Liban devient importante. La question sera de savoir si les engagements israéliens évoluent au même rythme.

Pour le moment, le retrait complet n’a pas eu lieu et les opérations se poursuivent. Nawaf Salam le reconnaît lui-même. Les autorités libanaises misent donc sur la poursuite de la négociation pour transformer progressivement le cadre en résultats concrets.

La prochaine séance sera déterminante moins par l’annonce éventuelle d’un grand accord que par la séquence qu’elle parviendra à fixer. Si un nouveau retrait israélien accompagne un déploiement libanais dans une zone supplémentaire, la méthode graduelle gagnera en crédibilité. Si les conditions continuent de s’accumuler sans contrepartie territoriale, les critiques intérieures se renforceront.

Derrière les réunions de Washington se négocie ainsi bien davantage qu’un mécanisme de sécurité. Le Liban et Israël commencent à définir, sous médiation américaine, les règles susceptibles d’organiser le Sud après la guerre, le rôle futur de l’armée et peut-être, à plus long terme, la nature même de leur relation.

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Newsdesk Libnanews
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