La maison de l'écrivain Amine Maalouf, aujourd'hui détruite. Crédit photo: Raja Noujaim.
La maison de l’écrivain Amine Maalouf, aujourd’hui détruite. Crédit photo: Raja Noujaim.

La phobie du patrimoine a atteint son paroxysme au sein même du ministère de la Culture.   Le monde à l’envers ? Oui ! Après avoir commis un crime impardonnable en détruisant l’installation portuaire phénicienne et en cédant l’hippodrome préservé à plus de quatre vingt pour cent à un particulier, on  aurait pu espérer  une quelconque accalmie de la part du ministre de la Culture et de son équipe de « génies ».  Mais son excellence ne chôme pas. Il continue à détruire un site en moyenne par mois, en utilisant un outil complètement illégal, en l’occurrence une société privée qui ne signe aucun contrat ni avec la Direction Générale des Antiquités ni avec l’entrepreneur.

Le dernier crime en date est la destruction de la maison du grand écrivain libanais Amin Maalouf. Le prétexte avancé par le ministre est aussi absurde que le crime lui-même : « il s’agit d’un immeuble récent et en ciment ». Donc on ne peut que mépriser ceux qui ont osé protester et ces  « ignorants et profanes » qui ont parlé de patrimoine. Avec son air cynique et méprisant monsieur le ministre ne s’est même pas rendu compte qu’il a atteint le summum de l’absurdité. Comme si la valeur d’une résidence ou d’une bâtisse réside dans son âge ou dans ses matériaux de construction !..  Ignore-t-il que l’Arche de la Défense construite à Paris sous François Mittérand est en ciment, et déjà considérée comme monument historique avec ses 250 000 visiteurs annuels ? Ignore-t-il que la Basilique de la Sainte Famille à Barcelone est déjà classée «Patrimoine de l’Humanité » alors qu’elle n’est toujours pas achevée ?

La maison d’Amin Maalouf a pris toute sa valeur parce qu’elle a été habitée par ce grand écrivain qui siège depuis quelques mois parmi les Quarante Eternels de l’Académie Française. Mais le ministre qui voit les choses d’en haut a, sur la Culture, un regard teinté de vert, et voit les monuments culturels mieux préservés parmi les déchets et débris de la décharge de Bourj Hammoud. Ainsi, notre patrimoine se voit traité avec une sauvagerie sans précédent par ceux qui sont chargés officiellement de le sauvegarder. N’est-ce pas l’absurdité même ?

Nous en appelons encore et encore aux plus hauts responsables, pour qu’ils nous débarrassent la Culture de ce désastre ravageur avant qu’il ne soit trop tard.

Mais à qui nous adressons –nous dans un pays où tout est absurde ?

Par Dr. Naji Karam
Professeur d’archéologie phénicienne
Ancien chef du Département d’Art et d’Archéologie (UL)

Libnanews

3 COMMENTAIRES

  1. En France il ne font pas mieux:un navire de 1735 coulé en 1759 dans l’embouchure de la Loire ,et resté intact, a été détruit en 1970 à la drague et à ‘explosif!Ce qui interesse les ministres c’est uniquement les honneurs et les avantages de la fonction.Tous les mêmes…

  2. En effet a qui nous adressons nous? Mr le Ministre devrait peut-etre retourner a l’ecole et apprendre un peu ce que represente un patrimoine! Comment peut-il fierement se dire Libanais? Comment de definit-il en tant que tel sans son patrimoine, sans ses auteurs et autres personnages importants qui nous rendent si fiers dans le pays et bien au dela de ses frontieres. J’espere qu’il n’a pas l’arrongance de croire qu’il va laisser une trace positive dans notre histoire et avoir sa place dans un musee de cire. Son destin, tout comme celui qu’il accorde a notre patrimoine, c’est la montagne d’ordures! Honte au minstre.

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