En Europe, on se souvient toujours du 11 novembre, jour d’armistice et de la fin de la 1ère Guerre Mondiale, 103 ans après. Ce jour est souvenir de tous les morts de ce conflit quelque soit leurs nationalités, quelque soit leurs origines.Au Liban, après une première loi d’amnésie de 1990 signée à la fin de la guerre civile, loi qui a permis aux seigneurs de la guerre de poursuivre leur emprise sur le Pays des Cèdres jusqu’à le vider de son sang comme on peut le constater aujourd’hui, ils ont réussi une nouvelle fois à temporiser pour mieux nous faire avaler des pilules bien amères, entre crise économique, crise politique, déliquescence de l’état et de ses services, coupures d’électricité, injustice avec les affaires judiciaires et notamment ceux du port de Beyrouth.

Il n’avait jamais été question d’ailleurs, d’avouer leurs crimes passés, d’ailleurs tous aux oubliettes, afin de permettre aux familles des victimes de la guerre civile ou même des disparus, il y en a toujours 17 000, de pouvoir faire leurs deuils, laissant une blessure ouverte dans beaucoup de coeurs. La loi leur avait également permis de se maintenir ou de revenir au pouvoir, à instaurer des mini-états jusqu’au coeur de la capitale elle-même, à détruire l’identité libanaise au profit d’une identité parcellaire où l’on se définissait par une religion ou une ethnie, via notamment les accords de Taëf, jusqu’à donner cette maladie très transmissible aux administrations publiques où il n’était plus question de compétences mais d’appartenances à telle ou telle communauté, à tel ou tel parti politique.

Cette loi d’amnésie avait également pérennisé les influences étrangères et le pillage de nos ressources. Si on en est déjà aujourd’hui dans une telle situation, c’est parce que nous avons échoué en 2005. Il n’y a pas eu de Révolution des Cèdres, il y a eu rébellion entre occupants syriens et leurs sbires libanais qui ont instrumentalisé la population pour la mettre à leur service et non à celui des occupants. C’est pour cela que certains d’entre eux nous appelaient à “rentrer chez nous”, parce qu’ils s’occupaient de tout – à leur profit, vidant le système de son énergie.

Et jusqu’à aujourd’hui, les conséquences de cette loi perdure quand on doit comment ils font tout pour écarter la justice de faire son travail pour ce qui est le port de Beyrouth.

Combien de fois devons nous entendre les anciens ministres simplement convoqués pour obtenir leurs témoignages et qui s’en abstiennent. Combien de fois ratent-ils volontairement leurs rendez-vous judiciaires, se retranchant derrière une immunité aussi.

La loi d’amnésie a introduit une culture d’impunité qui fait qu’ils se sentent aujourd’hui protégés des conséquences de leurs actes.

Il ne s’agit plus ici de s’auto-pardonner d’avoir tué des milliers de leurs compatriotes, d’être des tueurs en série, mais cette fois-ci d’avoir systématiquement pillés les richesses du Liban, d’avoir poussé, comme par le passé déjà durant le conflit fratricide, des centaines de milliers d’entre nous, qui ont baissé les bras et qui sont finalement partis, mais de s’auto-pardonner le pillage d’un pays tout entier qu’ils se sont partagés comme un gâteau, un peu trop gourmand cela-dit, en ne laissant aux autres que des miettes, jusqu’à se chamailler sur la répartition des commissions, jusqu’à celles liées au dossier des ordures, jusqu’à même le conduire à la faillite financière, quitte à tuer leur poule aux oeufs d’or.

Tout comme les européens, 103 ans après la fin de la Première Guerre Mondiale, les Libanais doivent se souvenir de ceux qui les ont tué, affamé, volé, violé, soumis pour ne plus ne plus faire les mêmes erreurs, pour ne plus recommencer et cela commence notamment par des élections législatives justes.

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