Le siège de l'Association des Banques du Liban. Crédit Photo: Libnanews.com, tous droits réservés.
Le siège de l'Association des Banques du Liban. Crédit Photo: Libnanews.com, tous droits réservés.

Alors que le président de l’association des Banques du Liban refuse de reconnaitre l’ampleur des pertes du secteur bancaire privé, estimées par certaines sources comme pouvant atteindre plus de 80 milliards de dollars auxquelles il faut rajouter les pertes de la Banque du Liban estimées à 50 milliards de dollars, certains établissements bancaires majeurs ont décidé de licencier du personnel au prétexte de restructurer leurs réseaux respectifs.

Ainsi, une banque locale se serait séparée déjà de plus de 600 de ses collaborateurs et la procédure se poursuit, indiquent certaines sources, faisant état de la fermeture également des branches louées de celle-ci. Ces licenciements se seraient aussi étendus au siège même de l’établissement bancaire.

D’autres banques, même la majorité des banques feraient pareil et suivraient donc ce mouvement, afin d’abaisser les coûts opératoires directement impactés par la baisse de la vélocité monétaire induite par le contrôle informel des capitaux dont elles sont à l’origine. Le Liban est devenu en effet une économie de cash. La population n’a plus confiance dans le système bancaire et monétaire actuel qui s’est décrédibilisé en ayant menti durant des années et cette confiance, en dépit des propos des responsables de l’ABL qui se veulent rassurants, ne reviendra pas sans changement de leadership.

Aujourd’hui, certaines estimations de haircut atteindraient même 83% des sommes déposées, un ratio qui s’est fortement dégradé suite à la stratégie de l’ABL de temporiser face au plan du gouvernement pour ne pas approvisionner à hauteur du capital des actionnaires actuels au lieu de sauver les dépôts. Certaines sources indiquent désormais que certaines banques ne pourront tout simplement pas échapper à la faillite.

Les banques locales, même si le président de leur association Salim Sfeir multiplie les déclarations afin d’assurer de la sécurité des dépôts, font en effet face à des problèmes structuraux importants depuis plus d’un an.

En effet, les banques sont confrontées d’une part à l’état de défaut de paiement des eurobonds pour 20 milliards de dollars environ, et d’autre part au quasi-arrêt des opérations bancaires courantes et de l’activité des prêts notamment.Elles sont également confrontées au risque de la dévaluation de la livre libanaise et à un possible état de défaut de paiement sur les obligations libellées en livre libanaise. À cela se rajoutent 70 milliards de dollars que ces établissements ont déposé auprès de la Banque du Liban, banque dont les réserves monétaires nettes seraient négatives à hauteur de 22 voire de 30 milliards de dollars selon un rapport d’audit confidentiel en date de 2018 qui a été leaké. Ces pertes atteindraient même aujourd’hui 50 milliards de dollars selon de nouvelles estimations.

Une étude américaine semble donc indiquer que les banques libanaises sont insolvables en état et que s’il convient de sauver les dépôts de la clientèle, il s’agira avant tout de recapitaliser ces établissements, une chose qu’aura alors à charge la Banque du Liban, donc l’état et donc la population au final.

Cependant, les banques libanaises continuent à jouir du soutien de certains hommes politiques qui sont par ailleurs leurs actionnaires ou en raison d’intérêts réciproques, refusant donc d’admettre le montant des pertes de ce secteur qu’ils devraient normalement assumer en majorité à la place des déposants ou des créanciers de ces établissements.

Pourtant ce secteur d’activité aurait dû être restructuré depuis longtemps, notamment avec les circulaires de la Banque du Liban annonçant l’obligation de hausser les fonds propres à 20% des actifs d’ici juillet 2020. Ces dispositions ont été depuis reportées en catimini par le gouverneur de la Banque du Liban à février 2021, comme pour protéger ses amis banquiers au dépend des déposants dont les activités sont lourdement impactées par le contrôle informel des capitaux instauré par l’association des banques du Liban dès novembre 2019.

Les circulaires de la Banque du Liban ont ainsi comme « suspendu” le temps devant l’inévitable. Pourtant, plus on attend et plus la situation des établissements bancaires libanais risque de s’empirer comme l’illustrent ces licenciements qu’on souhaite pourtant cacher aux yeux de la majorité de la population.

Suspendu également, alors que le Liban n’a pas le luxe du temps, l’audit juricomptable des comptes de la Banque du Liban, – une des conditions préalables à toute aide financière internationale – comme si le secteur bancaire devait faire passer ses intérês avant ceux de la population. Mais à ce jeu-là, des pénuries de produits essentiels devraient survenir bientôt augmentant l’instabilité sociale et économique du Liban et encore une fois éloignant un peu plus la possibilité de cette aide pourtant nécessaire.

En effet, même en cas de restructuration du système bancaire, les banques locales seraient en peine de restimuler l’économie locale faute de capitaux disponibles importants. Pour cela, seule l’aide internationale peut contribuer à huiler la machine économique.

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