Johnny Hallyday ne respectera pas sa promesse formulée en 2015 lors de son passage au Festival de Jounieh de revenir une quatrième fois au Liban. 

La première fois qu’il était venu au Liban, dans le milieu des années 60, il avait été expulsé du Pays des Cèdres pour atteinte aux bonnes moeurs par le Ministre de l’Intérieur de l’époque, Kamal Joumblatt. Ils craignaient alors le message subversif de l’Idole des Jeunes. Il est vrai que le Rock and Roll choquait à l’époque, plusieurs villes même en France lui fermeront également leurs portes, c’était le choc des générations d’une France après-guerre qui n’avait pas encore digéré les changements à venir, celle de la jeunesse dont il fut un des symboles.

Symbole pour nous tous, il est resté, en dépit du poids des années, enchainant tubes et tubes, il était devenu un habitué des premières places du Top50 en France mais aussi faisait rayonner la France à l’étranger.

Il nous a fait l’honneur de choisir le Festival de Baalbeck, deux soirs d’Août de suite en 2003 pour conclure sa tournée, un pied de nez en quelque sorte à cette censure qu’il avait connu alors que le Liban était pourtant à sa période de gloire. Johnny Hallyday alluma le feu sous le regard de sa marraine de scène, Line Renaud qui connait également bien le Liban et à qui il fera un clin d’oeil durant la soirée avec la reprise du tube d’Elvis Presley, « Loving You ». Il était revenu, c’était sa vengeance face à l’Histoire. Le Pays des Cèdres, sorti il y a seulement quelques années d’une guerre fratricide connaissait également cette même rage de vivre qu’il convoyait. Des rumeurs folles circulaient à l’époque, sur sa possible arrivée par hélicoptère de l’Armée Libanaise mais c’était au final, une arrivée plus conventionnelle sous les feux d’artifices qu’il nous a offert.

“Bonsoir Baalbeck, bonsoir le Liban” suivi de « quelque chose de Tennessee », la communion de l’artiste avec le public était immédiate.

Ce spectacle, j’y étais comme 4 000 autres personnes, dans l’enceinte du site archéologique de ces temples romains et à proximité du Parvis qui mène au temple de Jupiter. Au lieu, chose improbable à l’époque, les concerts au Liban étaient connu pour devoir rester assis dans un genre un peu BCBG démodé, dès les premières paroles, une clameur s’éleva, les gens commençaient à danser, à swinger, à twister.

Dans un environnement musical plutôt Anglo-Saxon, on était toutefois présents à faire de la Résistance en l’accompagnant, lui et ses musiciens, avec ses tubes d’alors, “Fils de Personne”, “Diego”, “O Marie”, “Le Pénitencier”, “Ma gueule”, “Je suis seul” mais, ce soir là, il était moins seul.

Un spectacle de 2 heures, le temps ne semblait pas s’écouler mais être suspendu avec une énergie toujours disponible.

Johnny aux Libanais venus le voir leur avait adressé un message plein de sympathie, “Vous êtes un public fabuleux, ce soir c’est la fin de ma tournée et je suis triste de vous quitter, vous avez été bien au-dessus de ce qu’on vous imaginait, vous êtes des gens formidables, je vous aime!”

À l’annonce de sa maladie, on lui espérait pourtant » Johnny Be Goode », présent sur la scène musicale depuis les années 60, il était immortel aux yeux de tous, un artiste trans-générationnel devenu apprécié par tous, une revanche sur une vie qui avait mal débuté. Il s’en est parti, mais comme toutes les légendes du Rock, il est toujours-là, présents dans notre mémoire collective, inoubliable, « A la vie, A la Mort », tu vas nous manquer Vielle Canaille…

HALLIDAY, Johnny, 1965 © ERLING MANDELMANN ©

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