Les derniers articles

Articles liés

Liban : comment Washington aurait démantelé le format des cinq avant de prendre la main sur les négociations

- Advertisement -

Le 15 janvier, un désaccord discret à Baabda

Une réunion organisée au palais de Baabda le 15 janvier 2026 prend aujourd’hui une signification différente. Officiellement, elle réunissait autour du président Joseph Aoun les représentants des cinq pays qui suivaient collectivement le dossier libanais : États-Unis, Arabie saoudite, France, Qatar et Égypte. Mais, selon une source informée des discussions, la composition même de cette réunion aurait fait l’objet d’un désaccord en coulisses.

Joseph Aoun aurait insisté pour recevoir les cinq représentants. Washington aurait préféré un format beaucoup plus restreint, limité aux Américains et aux Saoudiens.

L’épisode pourrait sembler protocolaire. Il ne l’est pas. Car, selon la même source, l’administration américaine cherchait déjà avant l’élection présidentielle à réduire la fonction politique de la commission des cinq pour installer, à sa place, une gestion essentiellement américano-saoudienne du dossier libanais.

Le 15 janvier aurait donc été moins une nouvelle démonstration d’unité des cinq qu’une tentative de Baabda de préserver un mécanisme déjà menacé.

Neuf mois plus tard, la commission n’a pas été officiellement dissoute. Pourtant, elle ne fonctionnerait pratiquement plus. Aucun communiqué solennel n’a annoncé sa disparition. Aucun de ses membres n’a déclaré qu’elle avait cessé d’exister. Mais les dossiers qui relevaient auparavant de discussions collectives sont désormais traités ailleurs et selon des formats différents.

Cette évolution est d’autant plus importante qu’elle ne concerne pas seulement une structure diplomatique. Elle raconte le passage d’une phase où plusieurs capitales étrangères tentaient ensemble d’influencer les équilibres libanais à une phase où Washington contrôle directement le dossier stratégique le plus sensible : la relation sécuritaire entre le Liban et Israël.

Avant Joseph Aoun, Washington aurait déjà voulu changer de format

L’élément le plus intéressant est chronologique.

Selon la source informée, la volonté américaine de réduire la commission à un partenariat privilégié avec Riyad ne serait pas née après l’arrivée de Joseph Aoun à Baabda. Elle aurait commencé auparavant.

Cela modifie la lecture du dossier.

La commission des cinq avait trouvé sa principale raison d’être dans la vacance présidentielle. Chacun de ses membres apportait un levier différent. Washington disposait du poids américain. Riyad conservait une influence déterminante dans une partie du paysage politique libanais. Paris entretenait ses réseaux historiques et son accès à presque tous les camps. Doha disposait de ses propres canaux et d’une expérience de médiation au Liban. Le Caire offrait enfin une présence arabe supplémentaire et des relations avec plusieurs forces libanaises.

Cette pluralité était utile tant que la question principale consistait à faire élire un président.

Elle devient beaucoup moins nécessaire du point de vue américain lorsque le problème central change de nature.

Après l’élection présidentielle, le cœur du dossier n’est plus seulement la reconstruction des institutions. Il devient militaire et stratégique : présence israélienne au Sud, déploiement de l’armée, armes du Hezbollah, mécanisme de surveillance, négociations avec Israël, avenir de la FINUL et conditions d’une stabilisation durable.

Sur ces questions, les cinq membres ne possèdent plus des moyens d’action comparables.

Washington dispose de ce qu’aucun autre n’a : un accès déterminant à Israël.

La modification du format diplomatique peut donc être lue comme le résultat d’un changement de dossier. Mais l’information selon laquelle les États-Unis auraient commencé à préparer cette réduction avant même l’élection de Joseph Aoun suggère aussi une stratégie plus construite.

Pourquoi conserver Riyad et écarter le format collectif ?

La présence saoudienne dans le nouveau schéma n’est pas fortuite.

Un tandem Washington-Riyad permet de réunir deux leviers différents. Les États-Unis contrôlent une partie essentielle du canal israélien et disposent d’une influence militaire et diplomatique directe. L’Arabie saoudite possède, elle, une capacité d’action politique et économique au Liban que Washington ne peut reproduire seul.

Une telle configuration permet également de répartir les fonctions.

Aux Américains, le dossier sécuritaire, Israël, les garanties et la pression diplomatique. Aux Saoudiens, une partie de la relation arabe avec Beyrouth, les équilibres politiques et, potentiellement, l’accompagnement économique d’une stabilisation.

Cette hypothèse permet de comprendre pourquoi Washington aurait cherché à réduire le mécanisme sans supprimer toute participation arabe.

Elle permet aussi de comprendre pourquoi Joseph Aoun aurait eu intérêt à conserver les cinq.

Pour Baabda, une architecture à cinq empêche qu’un seul axe extérieur possède le monopole de la médiation. Elle permet de rechercher Paris lorsqu’une position américaine devient trop rigide, Doha lorsqu’un canal particulier est nécessaire, ou Le Caire pour réintroduire un équilibre arabe.

Le désaccord du 15 janvier aurait donc porté sur beaucoup plus que le nombre de chaises autour de la table.

Il concernait le nombre de portes diplomatiques dont disposerait le Liban.

Deux mécanismes auraient été neutralisés avant le 14 avril

Un autre élément des informations disponibles mérite davantage d’attention. La source ne parle pas uniquement de la commission des cinq. Elle affirme que Washington aurait progressivement cherché à se débarrasser de son partenariat avec la France, à affaiblir le rôle des forces internationales et à prendre pratiquement seule la direction du mécanisme de suivi.

Puis intervient une séquence extrêmement courte.

Le 14 avril 2026 commencent les négociations directes entre le Liban et Israël.

Le 26 juin intervient l’accord-cadre tripartite.

Selon la source, avant même ces deux étapes, Washington serait parvenu à marginaliser les deux mécanismes antérieurs.

C’est probablement le véritable sujet.

Il ne s’agirait donc pas simplement de la disparition d’une commission devenue inutile après l’élection présidentielle. Il s’agirait d’une restructuration du système de médiation précédant le passage aux négociations directes.

Autrement dit, avant de faire asseoir Beyrouth et Israël dans un nouveau cadre, Washington aurait d’abord réduit les lieux dans lesquels d’autres puissances pouvaient peser sur les paramètres de la négociation.

Cette lecture demande encore à être corroborée. Elle provient d’une source et comporte une part d’interprétation. Mais la chronologie lui donne une véritable matière journalistique.

15 janvier : Joseph Aoun tient à réunir les cinq.

14 avril : ouverture des négociations directes.

26 juin : accord-cadre tripartite.

Septembre : les discussions essentielles sur le Sud se déroulent directement avec Washington, aux Nations unies ou dans des rencontres bilatérales. La commission des cinq, elle, n’apparaît plus comme lieu de décision.

La France perdrait surtout sa place dans la fabrication de la décision

Dire que la France a disparu du Liban serait évidemment faux.

Paris demeure actif. Emmanuel Macron entretient des contacts avec les dirigeants libanais. La France travaille sur l’avenir de la présence internationale au Sud. Elle s’est dite prête à coopérer avec l’Italie et d’autres partenaires pour élaborer une formule susceptible de succéder à la FINUL. Elle veut également accueillir une conférence internationale destinée à renforcer les capacités de l’armée libanaise.

Mais il faut distinguer être présent et participer à la fabrication de la décision.

C’est probablement là que le recul français se situe.

Paris peut organiser une conférence pour l’armée, discuter de la future force internationale et maintenir des contacts politiques. Mais si les paramètres essentiels de la relation Liban-Israël sont négociés dans un canal dirigé par Washington, la France intervient ensuite autour de l’accord plutôt que dans son noyau.

Cette différence est considérable.

Elle explique aussi pourquoi le dossier de l’après-FINUL est devenu si important pour Paris. Une participation forte à la future présence internationale permettrait à la France de retrouver un rôle opérationnel dans un système dont le centre diplomatique s’est déplacé vers Washington.

La bataille autour de la succession de la FINUL ne concerne donc pas uniquement la sécurité du Liban-Sud. Elle concerne également la place respective des puissances étrangères dans la prochaine architecture.

Le cas égyptien révèle l’éclatement de la commission

L’Égypte constitue un autre indice.

Selon les informations disponibles, Le Caire cherche aujourd’hui à relancer son activité libanaise, notamment avec l’arrivée de son nouvel ambassadeur.

Cette volonté serait beaucoup moins significative si la commission des cinq fonctionnait encore normalement. Dans ce cas, l’Égypte disposerait déjà d’un canal collectif établi pour peser sur les décisions.

Le besoin de réactiver une diplomatie propre suggère au contraire que chaque ancien membre doit désormais reconstruire sa capacité d’influence individuellement.

La même logique vaut pour le Qatar.

Doha n’a pas quitté le dossier. Il poursuit ses contacts, ses initiatives et ses relations avec les responsables libanais. Mais il agit essentiellement à travers ses propres canaux.

Ainsi, la disparition de la commission ne signifie pas que trois pays ont été chassés du Liban.

Elle signifie quelque chose de plus subtil : la coordination a disparu, tandis que les diplomaties nationales demeurent.

C’est précisément ce qui renforce Washington. Dans un groupe de cinq, les positions peuvent être discutées avant d’être présentées à Beyrouth. Dans un système fragmenté, chaque capitale intervient séparément tandis que l’acteur contrôlant la négociation principale conserve l’avantage.

Joseph Aoun aurait tenté de conserver une assurance diplomatique

Le comportement attribué au président le 15 janvier peut alors être relu sous un autre angle.

En exigeant la présence des cinq représentants, Joseph Aoun ne défendait pas nécessairement la commission pour elle-même. Il pouvait défendre une architecture dans laquelle le Liban conserve plusieurs interlocuteurs simultanément.

Cette pluralité constitue une forme d’assurance.

Un petit État confronté à une négociation avec Israël et dépendant fortement des soutiens extérieurs a intérêt à éviter qu’un seul intermédiaire contrôle toutes les étapes du processus.

Cela ne signifie pas que Paris, Doha ou Le Caire défendent systématiquement la position libanaise. Cela signifie qu’une pluralité d’intermédiaires permet à Beyrouth de confronter les propositions, de transmettre des messages par plusieurs canaux et de chercher des appuis lorsqu’un désaccord apparaît.

Un tandem américano-saoudien est plus simple.

Il est aussi plus concentré.

L’épisode du 15 janvier pourrait donc constituer l’une des premières manifestations d’un désaccord discret entre la présidence libanaise et Washington sur la manière même dont le dossier devait être internationalisé.

Nawaf Salam se retrouve désormais face à Washington

La situation actuelle montre le résultat de cette évolution.

Nawaf Salam utilise les réunions de New York pour porter plusieurs demandes : retrait israélien, maintien d’une présence internationale au Sud, renforcement de l’armée, reconstruction et retour des habitants.

Mais l’étape décisive se situe à Washington.

C’est avec l’administration américaine que doivent être discutés les sujets les plus sensibles. C’est Washington qui parraine les négociations avec Israël. C’est également de sa position que dépend largement la possibilité d’obtenir des concessions israéliennes.

Le huitième cycle de négociations est attendu en octobre. Pourtant, au 23 septembre, le Liban n’aurait toujours pas reçu la date précise ni l’invitation formelle du médiateur américain.

Ce détail est révélateur du nouveau rapport de force.

Le pays qui organise le processus maîtrise également son calendrier.

Avec une commission active, plusieurs capitales auraient pu intervenir sur ce calendrier ou demander des explications. Dans le nouveau dispositif, Beyrouth attend essentiellement la décision du médiateur américain.

La FINUL, prochaine étape de la concentration américaine ?

Le dossier de la FINUL permettra de savoir jusqu’où va cette transformation.

Le mandat doit prendre fin à la fin de 2026. Le Liban cherche à éviter tout vide. Une prolongation de six mois est discutée comme solution intermédiaire, même si elle n’est pas encore présentée comme un accord finalisé.

La France défend une nouvelle formule internationale. La Turquie évoque elle aussi la nécessité d’une initiative internationale. La Jordanie soutient la continuité d’une présence extérieure. Beyrouth veut conserver une couverture des Nations unies.

Mais Washington reste incontournable.

Si les États-Unis imposent la forme du dispositif appelé à succéder à la FINUL, le changement engagé avec la commission des cinq aura atteint une nouvelle étape : après la présidence et les négociations directes, la future architecture sécuritaire du Sud sera elle aussi structurée principalement autour du canal américain.

À l’inverse, une force véritablement multilatérale sous mandat des Nations unies redonnerait une marge à Paris et à d’autres capitales.

Le débat sur les six mois cache donc un autre débat : qui contrôlera politiquement l’après-FINUL ?

Une commission morte sans acte de décès

Le plus remarquable reste finalement la méthode.

Washington n’aurait pas eu besoin de demander officiellement la dissolution de la commission des cinq. Une telle décision aurait créé des tensions inutiles avec Paris, Doha et Le Caire.

Il suffisait de déplacer progressivement les dossiers vers d’autres enceintes.

La présidentielle achevée, le dossier sécuritaire pouvait être traité dans un mécanisme différent. Les négociations directes pouvaient être confiées à la médiation américaine. Les discussions sur la présence internationale pouvaient passer par le Conseil de sécurité et des consultations bilatérales. Les questions économiques pouvaient être traitées séparément avec Riyad, Doha ou les institutions internationales.

À mesure que les compétences migraient, la commission perdait sa fonction.

Elle pouvait continuer d’exister nominalement sans plus déterminer les décisions.

C’est pourquoi la réunion du 15 janvier mérite davantage d’attention qu’elle n’en a reçu. Selon les informations disponibles, Joseph Aoun y aurait défendu la présence des cinq au moment même où Washington souhaitait déjà réduire la table à deux acteurs étrangers.

Trois mois plus tard commençaient les négociations directes avec Israël. Deux mois et demi après, l’accord-cadre installait une nouvelle architecture. En septembre, les cinq anciennes capitales partenaires restent toutes présentes autour du Liban, mais elles ne siègent plus réellement autour de la même table.

Ce n’est donc pas simplement la commission des cinq qui s’est effacée. C’est le mode de gestion internationale du dossier libanais qui aurait changé : d’un système de puissances se contrôlant mutuellement vers une médiation beaucoup plus concentrée entre les mains de Washington, avec Riyad comme partenaire arabe privilégié.

Et c’est précisément ce qui rend l’épisode du 15 janvier intéressant : il pourrait avoir été le moment où Baabda a compris que la question n’était déjà plus de savoir ce que décideraient les cinq, mais combien de temps les cinq continueraient encore à décider ensemble.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

A lire aussi