Dans un rapport publié le 25 novembre 2019, la Bank of America- Merril Lynch estime nécessaire le recours au FMI pour éviter le pire scénario qui pourrait s’offrir au Liban au premier semestre 2020.

Nos travaux suggèrent que la valeur de la reprise sera probablement faible, mais un programme potentiel du FMI pourrait améliorer la valeur de la récupération par rapport à des scénarios désordonnés. Nous nous attendions à ce que les réductions de la valeur faciale de la dette publique totale atteignent 70-80% dans le cadre d’un ajustement désordonné. Dans le cadre d’un programme typique et hypothétique du FMI, nous nous attendions à une réduction de 50% de la valeur nominale de l’encours de la dette publique et à une réduction de 50% des coupons, la dette publique sortante étant estimée entre 100 et 110% du PIB. Les attentes du marché, telles que reflétées dans la tarification des actifs, semblent plutôt correspondre à des réductions de la valeur nominale de 35% de la dette publique totale et des coupons.

Ainsi, toujours selon ce rapport, les prochaines échéances de mars 2020 pourraient s’avérer être cruciales pour l’avenir du Liban.

Pour rappel, la dette publique libanaise est l’une des plus importantes au monde. La dette publique totale pourrait atteindre en 2019 près de 88,4 milliards de dollars soit 154,5% du PIB, avec une dette domestique de 55,1 milliards de dollars, soit 96,3% du PIB et une dette externe de 33,3 milliards de dollars, soit58,1% du PIB. Par ailleurs, les investisseurs étrangers devraient détenir jusqu’à 11,8 milliards de dollars US en euro-obligations.

Au rythme actuel de la perte de réserves monétaires de la Banque du Liban (0,9 milliard USD en une semaine d’activité dans le secteur bancaire pour le seul mois de novembre), les réserves de BdL Fx seraient épuisées d’ici la fin du premier semestre, en dépit de mesures déjà prises par secteur bancaire.

Ainsi, les ressources de change brutes du système bancaire (BdL + banques), estimées atteindre un montant de 44 milliards de dollars EU, seraient épuisées en 3 à 4 mois en cas de panique bancaire. Sous le strict contrôle des capitaux, la Banque du Liban pourrait supporter le choc pendant encore 1 à 2 ans.

Côté négatif, la crise politique garde sous pression les réserves monétaires. Cependant, pour l’heure la décision de l’Association des Banques du Liban (ABL) de limiter les transferts à l’étranger et du contrôle du capital limite les pertes de dépôt.

La situation s’avère encore plus cruciale qu’aucune aide étrangère n’est attendue alors que le Liban n’a toujours pas de gouvernement fonctionnel depuis la démission du gouvernement Hariri III, le 29 octobre dernier.

À ce propos, la banque note que la communauté internationale souhaite la mise en place d’un gouvernement technocrate capable de restaurer la confiance de la population libanaise, de stabiliser la situation économique et d’adopter le programme du Fonds Monétaire International avec les réformes nécessaires.

Plusieurs scénarios économiques sont ainsi étudiés, un scénario sans appel au FMI et un scénario avec un appel à l’aide au FMI et selon l’amplitude du programme proposé par l’institution internationale.

Le scénario du Pire: Sans le FMI

Les réductions de la valeur faciale de la dette publique totale atteignent 70-80% dans le cadre d’un ajustement désordonné, sans l’aide du FMI.

Sans restructuration de la dette publique, les coûts de la recapitalisation du secteur bancaire s’élèveraient à 20 milliards de dollars soit 36% à 53% du PIB). Si la décote concerne l’ensemble des comptes, elle atteindrait 12% à 13%. si elle ne concernerait que les dépôts des personnes les plus fortunées, elle atteindrait 25%.

Dans le cas ou la recapitalisation des banques s’accompagne d’une restructuration de la dette publique, les coûts monteraient jusqu’à 80 milliards de dollars (145 à 225% du PIB).

Il faudra alors appliquer une décote de 49 à 56% sur tous les dépôts afin de ramener le ratio de fonds propres (CAR) pour respecter les 15% de fonds propres. Si la décote ne s’applique qu’aux particuliers fortunés, les obligations en matière de renflouement des dépôts de ces déposants devraient probablement doubler pour atteindre une moyenne de 100% environ, ce qui les éliminerait complètement.

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