Deuxième arrêt sur dans l’arrière pays de Byblos après Machnaqa, le village de Yanouh situé historiquement sur la route reliant Byblos à Baalbeck dont on sous-estime l’intérêt phénicien pour ne considérer que l’intérêt romain, à l’image de ses temples grandioses.

Yanouh était une ville importante pour Byblos, il y avait là, une source importante de Cèdres dont les forêts s’étendaient à l’arrière des montagnes qui servaient notamment à la fabrication des bateaux. Les Cèdres de Jaj par exemple, ne sont pas si éloignés. Yanouh jouait alors un peu le rôle de base logistique arrière.

De cette période, on ne connait pas grand chose, il y aurait eu des sondages archéologiques qui ont révélé un peuplement assez ancien, remontant à l’âge de bronze.

Cependant, les études n’ont pas été poursuivis, l’état – selon ce qu’on nous a dit – n’ayant pas jugé nécessaire d’en assurer le financement, la protection même du site ayant été assurée par un mécénat privé, même. L’état via la DGA et l’organisme tutélaire – le ministère de la Culture –  n’aurait pas les fonds nécessaires.

Une localité de l’âge de bronze

A noter l’existence de sarcophages de l’Âge du Bronze donc du IIIème millénaire situés à proximité et que l’on a pas pu voir avec la présence également d’une ville haute formée sur le Tell situé à proximité. Il n’y a pas grand chose à voir en raison du fait que ces résultats sont issus de sondages et non de fouilles. On ne peut donc pas – à  ma connaissance du moins d’après ce qu’on nous a dit – visiter le site en tant que tel sans l’accompagnement d’un spécialiste.

Cette occupation s’est poursuivie durant l’Âge de Fer, la période grecque puis romaine. A noter que la première inscription araméenne au Liban, en date du 1er siècle avant J.C. a été trouvée sur place. 

Le temple de Diane transformé en église St Georges

Concernant les sites visités et dont on trouve ici les clichés, il s’agit avant tout du temple romain de Diane transformé en église St Georges et de l’église médiévale qui a réutilisé les pierres du temple romain. A noter que l’attribution à St Georges n’est pas anodine, il s’agit du recyclage sous une forme chrétienne d’un culte à l’origine phénicien et aussi recyclé par la mythologie grecque où il existait un monstre marin auquel des vierges étaient offertes et combattu par Persée

Le temple de Diane et l’Eglise St Georges

L’origine du mythe n’est donc pas grec contrairement à ce qu’on pourrait penser mais d’origine phénicienne là aussi, il s’agit d’une réappropriation d’un culte et St Georges à placer dans cette continuité. On retrouve d’ailleurs les emplacements supposés mythologiques de ce combat à Tabarja ou à Jounieh avec des petits autels recyclés d’époque phénicienne, lieux renommés en rapport avec un culte chrétien de St Georges – et aussi appartenant au royaume de Byblos.

De ce qui est visible, on peut notamment remarquer le temple romain dédié à Diane et qui a été rapidement réutilisé par le christianisme primitif qui l’a consacré à St Georges lors que le Patriarcat maronite a été transféré vers 750 après J.C. dans la région, et cela jusque vers le 13ème siècle de notre ère. D’autres sources encore affirment que les lieux étaient abandonnés entre 750 et le 9ème siècle, ce qui souligne l’importance d’y poursuivre des études archéologiques afin de faire la part des choses et d’infirmer ou de confirmer ses hypothèses, chose que l’état aujourd’hui ne semble pas pressé de faire.

Yanouh, un refuge durant le Bas Moyen-Âge

Remarquons la date, 750 après Jc. La région était témoin de certains bouleversements historiques, outre le fait que l’invasion arabe des années 630 – 640 avait énormément impacté les flux migratoires, notamment des populations chrétiennes jusque là épargnées via la protection de l’Empire Byzantin. L’année 750 après J.C. signe également la fin de la période Ommeyade, l’Empire Arabe connaissait donc son extension maximale et connaîtra à partir de ce moment là, un phénomène de rupture en califats annexes et les guerres qui en résulteront.

Les populations chrétiennes plus ou moins persécutées – à l’exemple de la révolte Copte de 750 justement en Egypte pouvaient logiquement se sentir en danger – se réfugieront dans les sites défendables comme les vallées au Liban, à l’exemple de Yanouh qui – pour les tenants de la théorie d’une présence chrétienne à l’époque – constituait une  forteresse en quelque sorte, à la confluence des routes héritées de l’Empire Romain liant Byblos à Baalbeck, autonomes également en raison de la possibilité d’entretenir une importante population via des procédés agricoles sur les plateaux aux terres arables et généreusement arrosées par le fleuve d’Adonis. 

On dira à l’époque que le nombre d’habitants atteindra plus de 3000 personnes, chose beaucoup plus plausible que dans la vallée de Qannoubine, en raison de son étroitesse et du manque de place aux terrains agricoles nécessaires à l’entretien d’une telle population. Certains prétendront même que cette localité médiévale comptait jusqu’à une trentaine d’églises – outre celles du Patriarcat maronite – preuve de la dévotion des locaux. 

On trouvera ainsi également une boulangerie avec un puits et une assise pour la meule, directement en arrière du temple – église transformée, preuve de l’importance de l’activité agricole dans cette région à l’époque, permettant la mise en place d’une certaine autonomie de la communauté religieuse installée.

Le peuplement de la vallée se poursuivra au Moyen-Age vers les années 1100 – 1200 après J.C., donc durant les Croisades, avec un fort développement de la communauté et la construction à proximité immédiate du temple romain, d’une église médiévale aux pierres sablonneuses issues des montagnes immédiates. Le patriarcat maronite quittera Yanouh pour Notre-Dame d’Ilige vers 1276 après J.C., lorsque les croisés ont pratiquement perdu la guerre face aux Mamelouks.

Pour s’y rendre

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