« Quand le jardin de la mémoire commence à se dessécher, on prend soins des dernières plantes et des dernières roses avec une affection encore plus grande. Pour empêcher qu’elles flétrissent, je les mouille et je les caresse du matin au soir : je me rappelle, j’essaye de me rappeler pour ne pas oublier ». Orhan Pamuk – Le livre noir

C’est ainsi par notre mémoire que se définit notre identité.
De plus en plus des débats au sujet de l’identité libanaise se multiplient et se diversifient en réponse à des vagues d’insécurité que traverse le pays et que subissent les libanais.

Plus la résilience de ce peuple est mise à rudes épreuves et plus on a besoin de creuser, de réfléchir ensemble et de comprendre cette notion d’identité aussi complexe et aussi difficile à définir.

C’est une notion qui devient une question privilégiée quand le besoin de reconstruire ensemble s’impose. Elle est au cœur de phénomènes sociaux dont la compréhension devient un enjeu important dans une société comme la nôtre.

Quoique l’on pense de notre identité, qu’elle soit en crise, perdue, ou à reconquérir nous ne pourront pas la cerner tant qu’on ne la conçoit pas de point de vue d’une culture de paix à instaurer.

Or Le défi d’une culture de paix chez une population comme la nôtre, ayant vécu la guerre, c’est de concilier les différents acteurs, domaines et échelles de la reconstruction pour mettre en place une structure sociale qui pérennise la paix. Une reconstruction portée par un projet de société, celui de notre identité commune.

Parler identité et tenter d’apporter des éléments de réponse, il faudra tout d’abord passer par un droit d’inventaire de notre Culture et de notre mémoire populaire afin de pouvoir élaborer ensemble un projet de paix constructif et durable par la sauvegarde de notre patrimoine immatériel, notre mémoire transmissible oralement d’une génération à autre.

Chaque peuple possède une valeur qui lui est propre : ce qui perdure, ce qui distingue, ce qui rassemble et qui est constituée aussi par un ensemble de différences, dissemblance et distinction, autrement dit l’altérité. L’identité culturelle est donc un ensemble de différences.

Elle se construit au quotidien et se manifeste par une nostalgie que l’on désire revivre, comme si l’on était à la recherche du paradis perdu. Les valeurs que nous partageons entre nous ne sont que des témoignages de notre mémoire.

Quand elle n’est pas écrite, cette identité devient une sorte d’imaginaire collectif, un idéal. C’est de la manière de parler d’elle que dépend notre développement culturel durable. La compréhension de notre histoire et sa mémoire devient alors une étape indispensable de paix essentielle. Il faudra toujours se souvenir, ne jamais oublier ce qui s’est passé.

Dans ce contexte, la question de l’identité pourrait donc être comprise comme une dynamique évolutive, par laquelle nous donnons sens à notre être ; on le fait en reliant le passé, le présent et l’avenir, à travers des projets structurels aussi bien que des réalités concrètes.

Ainsi, notre identité, selon les termes évoqués, ne devrait pas rester classée dans les archives de la pensée négative ; nous devrions l’évoquer par des actions concrètes sur le terrain, montrer sa richesse, sa diversité et sa mixité dans un cadre commun à nous tous.

Il faudrait donc, par des actes et un projet de société concret se réapproprier, ce qui nous rassemble et défendre cette identité car elle est le résultat de plusieurs combinaisons : entre hier et demain, entre la continuité du passé et notre projection dans l’avenir.
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Car Il existe aujourd’hui dans l’âme de chaque libanais, et aussi chezاولاد المهجر – les enfants de l’émigration – une image gravée en nous, une sorte d’empreinte, une nostalgie de notre Liban, et chacun essaye à sa manière de se réfugier et/ou de s’attacher, dans la mémoire de son passé, à l’image qu’on aimerait et qu’on voudrait bien perpétrer.

C’est pour cela qu’il faudrait mettre en avant la spécificité du Liban à travers la transmission de notre héritage et la préservation de notre patrimoine immatériel, comme un message de paix culturellement durable à travers notre identité culturelle commune.

Qu’en est-il du CONCEPT DE LA PAIX ou plutôt de notre quête de paix en tant que culture et dialogue ?

La paix commence dès qu’on pose les outils pour la construire. Créer un lien citoyen par l’échange entre les générations autour de cette histoire commune cela apporte donc de la réflexion sur l’histoire et une meilleure compréhension de notre passé. :

  • – Penser à transmettre à la future génération des connaissances culturelles patrimoniales de notre passé, par des actions ciblées sur le terrain, une sorte de droit d’inventaire, devient une nécessité.
  • – S’attacher au patrimoine immatériel et parler de culture identitaire en tant qu’élément participatif à une culture de Paix, c’est tout d’abord prendre conscience de ces éléments qui nous conditionnent et de cet héritage que nous portons en nous envers l’autre ou envers une société nouvelle.

Un devoir aussi par rapport à nos racines car on a l’identité de notre conscience et notre mémoire, et le plus remarquable dans « l’identité culturelle » est son efficacité qui donne à l’individu des ailes pour aller de l’avant.

Si l’on admet l’idée que La richesse du Liban est dans sa diversité, un pays multiculturel, un pays message, où l’on vante la coexistence sur son sol de plusieurs communautés religieuses, il faudra donc prendre en considération que ce vivre-ensemble a une histoire, celle de notre culture commune, nos traditions, nos mœurs.

Partant de ce constat, instaurer un équilibre pour maintenir ce vivre-ensemble dépendra de notre façon de penser l’autre et de préserver cette diversité. Nous sommes tous assoiffés de paix.

Cette quête de paix étant le premier dénominateur commun à nous tous, quel est donc le socle qui nous permettra ensemble de Penser la Paix et la cultiver ?

Créer une dynamique sociétale et fonder une étude structurelle autour de notre Patrimoine immatériel ne seraient pas une réponse directe à notre culture identitaire et ne s’insèrent-t-elles pas dans un processus de paix culturellement durable ? Aucun développement ne peut être durable sans une composante culturelle forte.

Instaurer la culture d’une paix durable passe par ce choix de vivre ensemble dans la paix et la construction d’une confiance autour de notre histoire commune, à travers le savoir et la transmission, tout en mobilisant la mémoire de plusieurs générations d’origines sociales et culturelles différentes pour la transmettre et échanger.

Dans le vivre-ensemble, les hommes s’attachent à assumer ce qui les distinguent les uns des autres, dans la constitution d’une identité personnelle comme collective.

Nous avons du pain sur la planche ! Retroussons-nous les manches

Jinane Milelli

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