Le peuple libanais a marqué le plus grand coup jamais enregistré dans son Histoire contemporaine. Depuis plus de neuf jours, nous sommes unis. Nous avons brisé toutes les barrières possibles : confessionnelles, partisanes, mais surtout celles de la peur. Au grand dam de tous.

Notre peuple agonise depuis des décennies. Il ne s’était pas débarrassé des démons de la guerre, tout simplement parce que personne ne voulait qu’il en soit ainsi. La résurrection du pays ne rentre dans les intérêts de personnes.

Depuis neuf jours, le Liban fête sa sortie de la guerre civile : des célébrations qu’on nous a dérobées depuis vingt neuf ans. Ces célébrations nous ont unis, du Nord au Sud à l’Est.

Nos volontés, nos déterminations, nos rêves, notre patriotisme, ont été écrasés par la botte syrienne puis par celle des rejetons de la corruption. Cette torsion, cette déformation, cette tension, au lieu d’anéantir ces valeurs, semble leur avoir fourni l’énergie nécessaire pour repartir de plus belle.

Cette compression qui a utilisé tous les moyens illégitimes et légitimes possibles pour nous dérober nos droits, au point où ils nous ont brûlés. Ils nous ont tellement consumés que la nature en a également subi atrocement leurs pouvoirs maléfiques, une semaine avant l’insurrection. Torréfiés, calcinés, notre identité et notre histoire plurimillénaires ne nous ont pas abandonnés : A l’image du phénix, nous semblons renaître de nos cendres, mais les ailes de cet oiseau du feu n’ont pas encore germé…

Aujourd’hui, cet oiseau qui se constitue, est encore une proie face aux rapaces qui veulent voler la révolution. Des messages et des slogans tentent d’atténuer le zèle, d’étouffer l’énergie, de semer le doute, de banaliser le soulèvement de deux millions de citoyens oppressés macérant dans la corruption de leurs bourreaux depuis des décennies.

Des balbuzards de l’ancien système, des politiciens arrivistes et avortons, croissent comme des champignons vénéneux, croyant faire de la récupération politique. Attention à ces vautours, à ces faucons qui nous prennent pour de vrais cons, qui veulent couper les ailes blanches de ce phénix, pour le convertir en un géant ailé, gauche et veule, laissant traîner à côté de lui comme des avirons.

« Tous veut dire tous » scandé à Tripoli, Halba, Jbeil, Batroun, Ghazir, Zouk, Jal el Dib, Beyrouth, Aley, Hermel, Saida, Sour, et surtout Nabatiyé. Ceux qui ont peur de ce slogan ont quelque chose à se reprocher. « Tous veut dire tous » c’est-à-dire qu’un Etat de droit est censé nous prendre tous sous son aile.

« Tous veut dire Tous » gêne beaucoup. Certains ont beaucoup trop de mal à se défaire du syndrome de Stockholm. Ils oublient que le mal qui les a tellement asservis a fini par opérer une osmose avec leurs tortionnaires qu’ils défendent corps et âmes aux dépends de leurs propres vies. Ils oublient aussi que la complicité de ceux qu’ils veulent innocenter, cette connivence avec les corrompus du système qui a trop duré, les rend tout aussi coupables que les auteurs du crime.  

« Tous veut dire Tous » n’est pas seulement une devise pour accuser et dénoncer. C’est un cri pour unir les citoyens, pour faire valoir un Etat de Droit, une nation qui respecte ses fils et ses filles. Cet Etat que Tous les gens qui ont accédé à des postes en politique n’ont fait qu’écraser : par leurs crimes ou par leur complicité. Une révolution ne se fait pas avec de la ouate. 29 ans de répression ne se font pas avec une révolution de salons, avec uniquement des pancartes humoristiques et des selfies. 29 ans de répression doivent aujourd’hui faire un choc au pays déjà paralysé depuis 29 ans.

Aujourd’hui plus que jamais, « Tous veut dire Tous » va nous transfigurer en de vrais Citoyens et Citoyennes dans un Etat réel si nous tenons bon, et nous mener, prochainement je l’espère, à crier Tous fièrement notre « Koullouna lil watan » (Tous pour la patrie). 

Photo: Le drapeau libanais à Nabatiyé, la Liberté guidant le peuple. ( Source Photo Facebook, DR)

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