Le véritable objectif de l’assassinat de Jamal Khashoggi n’est absolument pas de se débarrasser simplement d’un opposant au pouvoir de la tribu des Saoud.

Quelle que soit l’importance de ce journaliste si bien intégré dans le système, et son chantre depuis des années, proche de MBS et fervent soutien de sa politique depuis son accession au pouvoir : c’est dire combien sa rupture d’avec MBS pouvait perturber la stabilité de ce dernier et nourrir l’opposition au sein de certains cercles de la tribu des Saoud. Certes, tout cela constitue un motif sérieux pour sa liquidation par MBS et ses nouveaux protecteurs, l’État d’Israël avec ses services secrets et sa puissante machine d’influence en Europe et aux États-Unis.

Le fait de faire démembrer Khashoggi par un médecin légiste a pour but de le torturer en le maintenant vivant jusqu’à sa mise à mort finale. On peut imaginer ses souffrances et ses hurlements de douleur. Le fait de lui avoir laissé sa montre reliée à son téléphone n’est pas nécessairement une erreur de ses tortionnaires et de leur commanditaire. L’enregistrement de l’écho de sa torture suivie de sa décapitation par sa propre montre reliée à son téléphone avait pour but d’en conserver une preuve directe et d’être utilisé par une savante distillation pour terroriser les cercles de l’opposition au sein de la tribu et d’obtenir progressivement leur soumission. 

Khashoggi disparu, des recherches auraient été entreprises, des fausses pistes lancées qui auraient abouties à des impasses comme l’assassinat de Mehdi Ben Barka ou de John Kennedy. Les lobbies saoudiens et israéliens auraient progressivement détourné les regards des médias sur d’autres sujets brûlants d’actualité, et on n’en manque, quand bien même on en monte régulièrement certains de toutes pièces pour les besoins de la cause. Les dirigeants français et américains n’auraient pas attendu si longtemps pour passer à plus important, à savoir les contrats juteux d’armements et continuer à œuvrer pour la destruction massive des États arabes ou musulmans.

L’ironie de l’Histoire…

Mais l’Histoire a ses tours et ses détours, elle sait aussi prendre sa revanche. Elle sait être ironique. Le grain de sable qui symbolise cette ironie est un élément non prévu dans cette sinistre stratégie du pouvoir israélo-saoudien, à savoir la présence de la fiancée de Khashoggi au moment où moment où celui-ci entre dans l’ambassade d’Arabie saoudite en Turquie. Donc un témoin oculaire direct qui va très rapidement s’inquiéter de son absence de sortie et immédiatement alerter les autorités turques, mais aussi la presse et en particulier son employeur, le Washington Post. Cette mobilisation du Washington Post a permis de centrer tout de suite les recherches sur l’ambassade et les autorités saoudiennes au plus haut niveau, sans aucun échappatoire possible pour ses exécuteurs directs et de son commanditaire.

L’enregistrement de la séance de démembrement de Khashoggi vivant qui aurait dû servir dans les mois suivants, une fois l’affaire tassée comme programmé initialement, à terroriser et soumettre les cercles d’opposition, va au contraire servir très vite de preuve de ce crime abominable et particulièrement révulsif par sa méthode.

Le régime saoudien a de tout temps été sanguinaire. Son règne a commencé exactement comme celui que Daech a mis en place sous le regard direct de la presse internationale et de l’opinion publique mondiale dans les territoires qu’il cherchait à conquérir ou qu’il avait conquis. Ces périodes de terreur sanguinaire massive ont régulièrement jalonné l’histoire du pouvoir saoudien dès son origine, avec toujours la même haine paroxystique contre les chiites. Avec l’accession de MBS à ce pouvoir, nous sommes très vite rentrés dans un nouveau cycle de ce type. Des centaines de personnes connues et des milliers d’autres inconnues, sinon très localement, ont déjà disparu ou ont été assassinés ou emprisonnés. Le maintien de ce sinistre pouvoir de la tribu des Saoud, se fera au prix de centaines et de milliers de nouvelles victimes.

L’État d’Israël, les États-Unis, les autorités françaises et britanniques en porteront aussi la responsabilité.

Scandre Hachem