Le président libanais Joseph Aoun a affirmé mardi 15 septembre 2026 vouloir négocier un accord sécuritaire avec Israëlavant toute éventuelle paix, tout en réaffirmant sa volonté de désarmer le Hezbollah sans provoquer de confrontation interne. Dans le même temps, le chef de l’État réclame une force temporaire, européenne ou internationale, pour éviter un vide sécuritaire dans le sud du Liban après la fin des opérations de la Finul, prévue le 31 décembre 2026.
Un accord sécuritaire avec Israël avant toute paix
Joseph Aoun place désormais la question sécuritaire au centre de la relation avec Israël. Dans un entretien accordé à une agence de presse internationale, le président libanais a expliqué qu’un accord de sécurité devait d’abord permettre de mettre fin à l’état d’hostilité et de déployer pleinement l’armée libanaise à la frontière.
Le chef de l’État n’a donc pas présenté un traité de paix comme une étape immédiate. Il a au contraire établi une séquence. Le Liban chercherait d’abord un arrangement sécuritaire, lié notamment au retrait israélien du territoire libanais et au déploiement de l’armée. Cet accord pourrait ensuite ouvrir la voie à une négociation politique plus large.
Cette formulation marque une volonté de dissocier deux dossiers. Le premier concerne les mesures militaires et sécuritaires nécessaires pour stabiliser la frontière. Le second porte sur une éventuelle normalisation future des relations entre les deux pays. Joseph Aoun estime qu’il n’est pas possible de passer directement à cette seconde étape.
La question du retrait israélien reste centrale dans cette approche. Une partie du sud du Liban demeure sous occupation israélienne, tandis que Beyrouth réclame le respect de sa souveraineté et le rétablissement de l’autorité exclusive de l’État sur l’ensemble du territoire national.
Joseph Aoun veut éviter un vide après la Finul
L’autre urgence concerne l’avenir du sud après la Finul. Joseph Aoun souhaite qu’une nouvelle force, européenne ou issue d’un autre cadre international, puisse assurer une présence temporaire après l’arrêt des opérations de la mission des Nations unies.
Le président a résumé sa priorité en insistant sur la nécessité d’éviter tout « vide » sécuritaire. Cette force ne serait toutefois pas appelée à remplacer durablement l’armée libanaise. Selon le schéma présenté par le chef de l’État, elle aurait une fonction transitoire, jusqu’à ce que les forces armées libanaises disposent des moyens nécessaires pour assurer seules leur déploiement.
Cette question devient urgente à l’approche de la fin de 2026. Le Conseil de sécurité des Nations unies a décidé en août 2025 de prolonger une dernière fois le mandat de la Finul jusqu’au 31 décembre 2026. À cette date, la mission doit cesser ses opérations et commencer un retrait ordonné, qui doit s’achever dans un délai d’un an.
La résolution prévoit donc une phase de retrait en 2027, mais la mission ne conservera plus son fonctionnement opérationnel actuel après le 31 décembre. L’objectif affiché par les Nations unies reste de faire du gouvernement libanais le seul responsable de la sécurité dans le sud.
Pour Beyrouth, la transition représente un défi militaire et diplomatique. La Finul est présente au Liban depuis 1978. Son rôle a été renforcé après la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah. Elle surveille notamment la cessation des hostilités et accompagne l’armée libanaise dans son déploiement au sud.
Le désarmement du Hezbollah sans confrontation
Joseph Aoun a également réaffirmé sa détermination à traiter la question des armes du Hezbollah. Il souhaite parvenir au désarmement du mouvement chiite, mais exclut une confrontation qui risquerait d’ouvrir une crise intérieure.
Cette position place l’État devant un équilibre difficile. D’un côté, les autorités libanaises affirment leur objectif de restaurer le monopole étatique des armes et de l’autorité militaire. De l’autre, une opération coercitive contre le Hezbollah pourrait provoquer des tensions politiques et sécuritaires majeures.
La question est directement liée à l’avenir du sud. La résolution 1701 du Conseil de sécurité, adoptée après la guerre de 2006, prévoit notamment un espace entre la Ligne bleue et le Litani exempt de personnels armés, de biens et d’armes autres que ceux relevant du gouvernement libanais et de la Finul. Les résolutions internationales rappellent aussi l’objectif d’un contrôle effectif de l’État sur l’ensemble du territoire.
Joseph Aoun lie ainsi trois dossiers qui convergent vers un même objectif institutionnel : le retrait israélien, le déploiement de l’armée et le règlement de la question des armes du Hezbollah. Mais il insiste sur une méthode graduelle, qui doit éviter de transformer ce processus en affrontement intérieur.
Une transition sécuritaire sous forte pression
Le calendrier rend cette stratégie particulièrement sensible. La Finul doit arrêter ses opérations à la fin de l’année, alors que la situation dans le sud reste fragile. Les Nations unies ont encore signalé en 2026 des tensions le long de la Ligne bleue et souligné les risques liés aux reprises d’hostilités.
Le renforcement de l’armée libanaise constitue donc l’un des éléments déterminants de la période à venir. La résolution qui organise la fin de la Finul demande d’ailleurs au secrétaire général des Nations unies d’examiner les moyens de soutenir la mise en œuvre de la résolution 1701 après le retrait de la mission, notamment pour la surveillance de la Ligne bleue et l’appui au redéploiement de l’armée au sud du Litani.
La proposition de Joseph Aoun pour une force temporaire s’inscrit dans cet intervalle. Elle vise à éviter qu’une rupture brutale entre la présence internationale et la montée en puissance de l’armée ne crée une zone d’incertitude sécuritaire.
Sa composition, son mandat, son financement et son cadre juridique restent toutefois à déterminer. Le président a évoqué une force venant d’Europe ou d’ailleurs, sans annoncer à ce stade un accord international sur sa création.
Le retrait israélien comme condition politique
La démarche présidentielle repose également sur une condition politique majeure : le retrait israélien du territoire libanais. Pour Beyrouth, un arrangement sécuritaire ne peut pas être dissocié de la souveraineté nationale.
Le président cherche ainsi à installer une séquence dans laquelle la stabilisation de la frontière précéderait une éventuelle évolution diplomatique. Le déploiement de l’armée libanaise constituerait le pilier intérieur de ce dispositif, tandis qu’un accord de sécurité avec Israël fixerait le cadre frontalier et militaire.
Une telle architecture dépend cependant de plusieurs acteurs. Elle suppose un accord entre le Liban et Israël, un soutien international à la transition post-Finul et une capacité accrue de l’armée libanaise. Elle implique aussi un règlement progressif de la question des armes du Hezbollah sans affrontement interne.
Les déclarations de Joseph Aoun dessinent donc une feuille de route plutôt qu’un accord déjà conclu. À trois mois et demi de la fin des opérations de la Finul, la priorité immédiate de la présidence libanaise reste d’éviter un vide dans le sud, tout en préparant le transfert de la responsabilité sécuritaire à l’armée et en cherchant un cadre de négociation avec Israël.


