La conférence de Paris consacrée au soutien à l’armée libanaise pourrait abriter une séquence politique beaucoup plus importante que son programme militaire officiel. Selon des informations publiées par Ad Diyar le 16 septembre 2026, les rencontres organisées en marge du rendez-vous doivent permettre au président Joseph Aoun, au président français Emmanuel Macron et au roi Abdallah II de Jordanie d’aborder directement la situation au Liban-Sud, les arrangements de la prochaine étape et le rôle de l’armée.
Mais une information plus discrète attire l’attention. Ad Diyar fait état de discussions autour d’une possible participation du responsable saoudien Yazid ben Farhan à cette rencontre. Celui-ci doit arriver en France après un passage par Washington, où il aurait mené une série d’entretiens consacrés notamment au dossier libanais.
Si sa participation se confirme, la réunion initialement présentée comme un sommet franco-libano-jordanien pourrait prendre une dimension nouvelle. Elle réunirait, directement ou indirectement, quatre acteurs disposant de leviers différents sur le dossier libanais : Beyrouth, Paris, Amman et Riyad.
Une conférence militaire doublée d’un rendez-vous politique
Ad Diyar du 16 septembre 2026 explique que les préparatifs de la conférence se poursuivent simultanément sur les plans militaire et politique. Le président Joseph Aoun a examiné avec le ministre de la Défense Michel Menassa les besoins de l’armée qui doivent être présentés à Paris.
Ces besoins constituent la partie officielle du rendez-vous. Le Liban cherche à renforcer les capacités de son armée dans une période où celle-ci doit assumer des responsabilités croissantes au Sud. Le départ programmé de la Finul ajoute une contrainte supplémentaire. L’institution militaire devra être capable d’étendre son déploiement, de maintenir la sécurité et d’accompagner tout arrangement qui pourrait résulter des négociations avec Israël.
Mais Ad Diyar souligne que l’un des enjeux les plus importants se situe dans les rencontres prévues en marge de la conférence.
Le journal annonce une réunion entre Emmanuel Macron, Abdallah II et Joseph Aoun avant l’ouverture des travaux. Le programme évoqué dépasse largement les équipements ou les besoins financiers de l’armée. Il doit notamment porter sur le Liban-Sud, les arrangements envisagés pour la prochaine phase et le rôle de l’institution militaire dans la stabilisation du pays.
La conférence consacrée à l’armée fournit donc le cadre. La négociation politique pourrait se dérouler autour d’elle.
L’inconnue saoudienne
C’est dans ce contexte qu’intervient l’information la plus sensible publiée par Ad Diyar le 16 septembre 2026.
Le quotidien fait état de discussions concernant une possible participation de Yazid ben Farhan au sommet. Le responsable saoudien doit rejoindre la France en provenance de Washington. Il y aurait tenu plusieurs rencontres au cours desquelles la situation libanaise a été abordée.
Ad Diyar présente cette éventualité comme un élément encore incertain. Il ne faut donc pas transformer l’information en participation officiellement décidée.
Mais l’hypothèse est politiquement significative.
Une présence saoudienne ferait passer la rencontre d’un format franco-libano-jordanien à une configuration réunissant plusieurs des acteurs les plus directement engagés dans la recomposition politique et sécuritaire du Liban.
La France conserve un rôle diplomatique historique à Beyrouth et pilote la conférence. La Jordanie possède une expérience militaire et sécuritaire importante et entretient des relations étroites avec les partenaires occidentaux et arabes du Liban. L’Arabie saoudite dispose, quant à elle, d’un poids politique et financier majeur et a progressivement repris une place centrale dans les équilibres libanais.
Le Liban se retrouverait ainsi au centre d’une concertation arabe et occidentale susceptible de dépasser largement la question du financement de son armée.
Pourquoi le passage par Washington compte
Le déplacement de Yazid ben Farhan depuis Washington vers Paris donne une dimension supplémentaire à l’information rapportée par Ad Diyar.
Le journal indique que le responsable saoudien a mené aux États-Unis une série de rencontres portant notamment sur la situation libanaise. Il ne fournit pas, dans le passage concerné, le détail des interlocuteurs ni le contenu exact de ces discussions.
Il serait donc excessif de parler d’un accord américano-saoudien déjà établi sur le Liban.
En revanche, la succession Washington-Paris permet de constater que les consultations sur le dossier libanais ne se déroulent pas uniquement entre Beyrouth et les capitales européennes. Elles s’inscrivent dans un environnement où Washington, Riyad et Paris disposent chacun d’un rôle spécifique.
Cette configuration est d’autant plus importante que les États-Unis restent directement engagés dans les négociations entre le Liban et Israël.
La réunion de Paris intervient ainsi au croisement de plusieurs dossiers : soutien à l’armée, négociations avec Israël, sécurité du Sud, avenir de la présence internationale et rôle des partenaires arabes du Liban.
Derrière les équipements, la question du rôle de l’armée
La conférence ne vise pas simplement à fournir des véhicules, des équipements de communication ou une assistance financière.
Al Joumhouria du 15 septembre 2026 rapporte, en citant des sources diplomatiques, que les besoins présentés par la délégation libanaise portent sur les équipements, la logistique, les moyens de transport, les communications, la protection et les capacités de terrain. La situation financière des militaires fait également partie des préoccupations.
Mais le journal ajoute une donnée essentielle : le soutien international serait étroitement lié à la capacité de l’armée et de l’État à étendre leur autorité.
Autrement dit, les partenaires du Liban ne discutent pas seulement des moyens à fournir à l’armée. Ils s’interrogent sur ce que celle-ci sera effectivement appelée à faire avec ces moyens.
La question du Sud devient centrale.
Le retrait israélien, le retour des habitants, l’avenir de la Finul, le contrôle du territoire et le dossier des armes sont désormais liés. L’armée se trouve au point de rencontre de tous ces dossiers.
Dans ces conditions, la présence des chefs d’État français, libanais et jordanien autour de la conférence prend une signification particulière. Une éventuelle participation saoudienne renforcerait encore cette dimension.
Riyad peut-il devenir l’un des garants de la nouvelle étape ?
L’implication saoudienne constitue l’une des questions importantes du moment.
Le royaume ne dispose pas du même rôle que Washington dans les négociations avec Israël. Il n’a pas non plus la fonction militaire de l’armée libanaise ou l’expérience opérationnelle de certains pays engagés dans la Finul. Son poids se situe ailleurs.
Riyad peut apporter un soutien politique arabe au pouvoir libanais. Il peut également jouer un rôle financier dans le soutien aux institutions et, à terme, dans la reconstruction. Enfin, son positionnement peut contribuer à donner une couverture régionale à une politique de renforcement de l’État libanais.
C’est précisément ce qui rend significative la possible présence de Yazid ben Farhan.
Si le responsable saoudien rejoint effectivement les échanges entre Joseph Aoun, Emmanuel Macron et Abdallah II, le dossier libanais serait discuté dans un format capable d’associer sécurité, diplomatie et soutien arabe.
Il ne s’agirait pas encore d’un mécanisme institutionnel permanent. Rien dans les informations disponibles ne permet de parler d’un nouveau groupe officiel consacré au Liban.
Mais la réunion pourrait constituer l’ébauche d’une coordination plus étroite.
La Jordanie, partenaire discret mais central
La présence du roi Abdallah II n’est pas secondaire.
La Jordanie possède une longue expérience de coopération avec les institutions militaires occidentales et arabes. Elle se trouve également directement concernée par les transformations sécuritaires du Proche-Orient.
Sa participation au sommet permet de donner au soutien à l’armée libanaise une dimension arabe qui ne repose pas uniquement sur l’Arabie saoudite.
Amman peut également servir d’interface entre plusieurs partenaires. Ses relations avec Washington sont étroites. Ses services militaires et sécuritaires travaillent depuis longtemps avec leurs homologues occidentaux. Dans le même temps, le royaume conserve sa place dans les mécanismes de concertation arabe.
Le format annoncé par Ad Diyar associe donc des acteurs complémentaires plutôt que similaires.
Paris apporte l’initiative diplomatique. Amman apporte une dimension sécuritaire et régionale. Riyad, s’il rejoint la réunion, ajoute son poids politique et financier. Beyrouth cherche à transformer cette convergence en soutien concret à l’État et à son armée.
Une conférence qui se tient au moment où l’après-Finul se prépare
Le calendrier donne encore davantage d’importance au rendez-vous parisien.
Al Joumhouria du 15 septembre 2026 rapporte que des discussions se déroulent parallèlement entre Paris, Rome et Washington concernant l’avenir de la Finul. Sa mission doit prendre fin à la fin de l’année. Plusieurs formules de remplacement seraient étudiées.
Le soutien à l’armée et l’après-Finul ne constituent donc pas deux dossiers indépendants.
Plus l’armée libanaise sera appelée à prendre en charge le terrain, plus elle aura besoin de capacités nouvelles. Et plus le dispositif international sera réduit ou transformé, plus les partenaires du Liban devront définir les garanties qui accompagneront l’institution militaire.
La conférence de Paris pourrait ainsi servir à préparer matériellement une décision qui sera avant tout politique.
La question est de savoir jusqu’où les partenaires du Liban sont prêts à aller.
Washington pose ses conditions
Al Joumhouria rapporte également, en citant des sources diplomatiques, que les États-Unis tendent à lier le volume et la nature de l’aide à la capacité de l’État et de l’armée à remplir leurs engagements concernant les armes et l’exercice exclusif de l’autorité publique.
Cette dimension complique la recherche d’un consensus.
Beyrouth demande des moyens supplémentaires pour permettre à l’armée d’assumer ses missions. Les partenaires internationaux veulent, de leur côté, savoir si le renforcement de l’institution produira un changement concret dans l’organisation sécuritaire du pays.
La conférence de Paris se déroule donc sous une forme de conditionnalité politique.
Le soutien ne serait pas uniquement évalué en fonction des besoins militaires. Il dépendrait aussi de la trajectoire de l’État libanais.
C’est précisément sur ce point qu’une coordination avec Riyad peut devenir importante. Un engagement saoudien pourrait donner davantage de profondeur arabe au soutien international. Il pourrait aussi permettre de ne pas laisser le dossier exclusivement entre les mains de Washington et des capitales européennes.
Paris comme point de convergence
La réunion annoncée par Ad Diyar doit donc être observée au-delà de sa photographie officielle.
Joseph Aoun arrive à Paris avec les besoins de l’armée, mais aussi avec le dossier du Sud. Emmanuel Macron accueille une conférence militaire tout en restant impliqué dans les discussions sur l’avenir de la présence internationale. Abdallah II apporte une dimension arabe et sécuritaire. Et Yazid ben Farhan pourrait rejoindre les échanges après des consultations à Washington.
Ces mouvements ne suffisent pas à démontrer la naissance d’un groupe quadripartite permanent.
Ils indiquent néanmoins qu’un espace de coordination est en train de se former autour du Liban.
La question centrale sera celle des résultats. Si Paris se limite à dresser une nouvelle liste de besoins militaires, la portée politique du rendez-vous restera réduite. Si les discussions permettent en revanche de rapprocher les positions sur le Sud, le soutien à l’armée, l’après-Finul et les garanties régionales, la conférence pourrait devenir une étape beaucoup plus importante.
Dans ce cas, la véritable information ne serait plus seulement le montant des aides promises à l’armée libanaise. Elle résiderait dans la formation progressive d’un axe de concertation entre Beyrouth, Paris, Amman et Riyad, avec Washington en arrière-plan.
Pour l’instant, Ad Diyar ne parle que d’une possible participation saoudienne à la rencontre. Cette prudence doit être conservée. Mais le déplacement de Yazid ben Farhan depuis Washington, les discussions prévues entre Joseph Aoun, Emmanuel Macron et Abdallah II et les négociations parallèles sur l’avenir du Sud donnent au rendez-vous parisien une portée qui dépasse déjà largement son intitulé militaire.



