Le parquet libanais aurait demandé au juge Tarek Bitar d’engager des poursuites contre l’ancien président Michel Aoun dans l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth, selon des sources judiciaires anonymes citées mardi 15 septembre 2026 par plusieurs médias. Selon ces sources, le ministère public estime que l’ancien chef de l’État avait connaissance avant le 4 août 2020 de la présence du nitrate d’ammonium et du danger qu’il représentait, sans avoir pris les mesures nécessaires. Le contenu détaillé de la réquisition n’a pas été officiellement rendu public.
L’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth connaît un nouveau développement, six ans après la catastrophe. Selon des sources judiciaires anonymes, le parquet libanais aurait requis des poursuites contre Michel Aoun, président de la République au moment de l’explosion du 4 août 2020.
Ces informations ont été rapportées mardi par plusieurs médias citant des sources judiciaires ayant requis l’anonymat. Elles interviennent au moment où le juge Mohammad Saab a transmis au juge d’instruction Tarek Bitar la réquisition du parquet concernant le fond du dossier.
Selon ces sources, le parquet considère que Michel Aoun avait été informé avant l’explosion de la présence de nitrate d’ammonium dans le port et du danger associé à ce stock. Il lui reprocherait de ne pas avoir pris les mesures nécessaires et de ne pas avoir saisi le Conseil supérieur de la Défense.
Ces éléments doivent toutefois être distingués de faits officiellement publiés par l’autorité judiciaire. Le texte intégral de la réquisition n’ayant pas été rendu public, son contenu précis repose à ce stade sur les informations communiquées par des sources judiciaires anonymes.
Il appartient désormais à Tarek Bitar d’examiner la position du parquet avant de finaliser son acte d’accusation. Le juge d’instruction n’est pas tenu de reprendre toutes les demandes formulées par le ministère public. Sa décision permettra de savoir si Michel Aoun sera effectivement visé par des poursuites dans la prochaine phase de la procédure.
Michel Aoun visé pour sa connaissance du danger
Le point central de la réquisition concerne donc ce que Michel Aoun savait avant la catastrophe et les mesures qu’il aurait dû prendre après avoir été informé.
Cette question accompagne l’enquête depuis ses premières années.
Michel Aoun avait lui-même reconnu après l’explosion avoir été informé de la présence de nitrate d’ammonium au port avant le 4 août 2020. L’enjeu judiciaire porte dès lors sur la nature des informations qui lui avaient été communiquées, sur le niveau de danger dont il avait connaissance et sur les pouvoirs dont il disposait pour agir.
Le parquet estime désormais que ces éléments justifient des poursuites.
La réquisition transmise à Tarek Bitar évoque, selon la source judiciaire citée par une agence de presse, la connaissance préalable de la présence du produit et de son caractère dangereux. Elle met également en cause l’absence de mesures suffisantes pour traiter la menace.
L’une des questions porte sur le Conseil supérieur de la Défense, organisme chargé d’examiner les questions majeures touchant à la sécurité nationale.
Le parquet considère que l’affaire aurait dû être portée devant cette instance.
Il reviendra cependant à Tarek Bitar de décider si cette analyse est juridiquement fondée et si les éléments rassemblés au cours de son instruction permettent effectivement de retenir une responsabilité pénale contre l’ancien président.
Une réquisition de plusieurs centaines de pages
La demande concernant Michel Aoun s’inscrit dans une réquisition beaucoup plus vaste portant sur l’ensemble de l’enquête.
Mohammad Saab a remis mardi son travail au juge Tarek Bitar. De source médiatique libanaise, le document compte environ 270 pages et expose les demandes du parquet concernant les différentes personnes mises en cause dans le dossier.
Il examine ainsi les responsabilités individuelles à la lumière des interrogatoires, témoignages, documents administratifs, expertises et autres pièces réunis depuis le début de l’enquête.
Le dossier lui-même concerne plusieurs dizaines de personnes.
Des responsables politiques, des magistrats, des responsables administratifs et des officiers de sécurité ont été entendus ou convoqués au cours des investigations.
La remise de cette réquisition représente une étape procédurale importante. Tarek Bitar avait clôturé son instruction et transmis le dossier au parquet afin d’obtenir ses observations avant de préparer son acte d’accusation définitif.
Le dossier est désormais revenu entre ses mains.
Tarek Bitar conserve le dernier mot sur l’accusation
La réquisition contre Michel Aoun ne doit pas être confondue avec l’acte d’accusation que doit rendre le juge d’instruction.
Le parquet formule des demandes. Tarek Bitar les examine, mais n’est pas tenu de reprendre automatiquement toutes ses conclusions.
Le magistrat peut suivre l’analyse du ministère public, la modifier ou écarter certaines demandes en fonction de son appréciation des faits et des éléments recueillis.
Cette distinction sera déterminante dans le cas de Michel Aoun.
L’ancien président n’est donc pas, sur la seule base de la réquisition annoncée mardi, reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés. La présomption d’innocence reste applicable.
L’acte d’accusation permettra de savoir si Tarek Bitar décide effectivement de retenir des poursuites contre lui et, le cas échéant, sous quelles qualifications juridiques.
Plusieurs informations judiciaires publiées ces derniers jours indiquent que le magistrat souhaite rendre ce document avant la fin de l’année 2026.
Aucune date officielle n’a toutefois été annoncée.
Six ans après l’explosion du 4 août 2020
La réquisition intervient plus de six ans après l’une des catastrophes les plus meurtrières de l’histoire contemporaine du Liban.
Le 4 août 2020, une gigantesque explosion avait ravagé le port de Beyrouth et une partie de la capitale. Plus de 220 personnes ont été tuées et plus de 6 500 blessées.
Des quartiers entiers de Beyrouth avaient été dévastés.
La catastrophe a été provoquée par l’explosion d’une importante quantité de nitrate d’ammonium stockée depuis plusieurs années dans un entrepôt du port.
L’enquête cherche notamment à déterminer pourquoi cette cargaison dangereuse est restée sur place malgré les informations et avertissements qui avaient circulé au sein de différentes administrations.
C’est précisément cette chaîne de connaissance qui se trouve au cœur du dossier.
Les investigations ont cherché à identifier les responsables qui connaissaient l’existence du stock, la date à laquelle ils en avaient été informés, la précision des avertissements reçus et les décisions prises ou non après ces alertes.
La responsabilité éventuelle ne se limite donc pas aux agents qui travaillaient directement au port. Elle peut concerner, selon les conclusions judiciaires à venir, différents niveaux de l’administration, de la sécurité, de la justice et du pouvoir politique.
Une enquête paralysée pendant plusieurs années
L’actuelle accélération du dossier contraste avec les longues périodes de paralysie qui ont suivi la catastrophe.
Tarek Bitar avait repris l’enquête après le dessaisissement de son prédécesseur, le juge Fadi Sawan. Ses investigations se sont rapidement heurtées à une succession de recours déposés par des responsables politiques et anciens responsables visés par la procédure.
Les contestations ont entraîné plusieurs interruptions.
L’affrontement a ensuite gagné l’appareil judiciaire lui-même, provoquant une situation exceptionnelle dans laquelle l’enquête sur une catastrophe nationale est restée pratiquement bloquée pendant une longue période.
Le juge Bitar a néanmoins repris ses investigations et entendu de nouvelles personnes avant de clôturer cette phase du dossier.
Le 30 mars 2026, il avait achevé son instruction et transmis le dossier au parquet de cassation afin que celui-ci présente sa réquisition sur le fond.
Mohammad Saab a ensuite examiné les milliers de pages de pièces, d’auditions, de rapports et de documents avant de remettre mardi ses conclusions.
Cette transmission rapproche désormais le dossier de l’acte d’accusation attendu depuis des années.
Une étape sensible pour l’ancien président
La demande de poursuites contre Michel Aoun donne une portée politique particulière à cette nouvelle étape judiciaire.
Fondateur du Courant patriotique libre et président de la République du 31 octobre 2016 au 30 octobre 2022, Michel Aoun était chef de l’État lorsque l’explosion a frappé Beyrouth.
L’enquête ne porte cependant pas sur une responsabilité politique générale dans la gestion du pays. La question judiciaire est plus précise : elle consiste à déterminer ce que l’ancien président savait du nitrate d’ammonium, quand il en a été informé et si son absence d’intervention peut constituer une responsabilité pénale.
Le parquet vient de prendre position sur cette question en demandant que des poursuites soient engagées.
Tarek Bitar doit maintenant confronter cette demande aux éléments recueillis pendant son instruction.
L’acte d’accusation constituera la prochaine étape déterminante. Il précisera les personnes que le juge estime devoir renvoyer devant la juridiction compétente et les faits retenus contre chacune d’elles.
Pour les proches des victimes, ce document est attendu depuis plus de six ans. Aucun responsable n’a encore été définitivement jugé pour la catastrophe et aucune personne poursuivie dans le dossier n’est actuellement détenue.
La transmission de la réquisition du parquet change désormais la séquence judiciaire : l’examen de cette pièce est entre les mains de Tarek Bitar. Sa décision dira si la demande de poursuites visant Michel Aoun sera reprise dans l’acte d’accusation attendu avant la fin de l’année.


