Pour le ministère des finances, au grand dam de la communauté internationale, Saad Hariri propose un proche de Nabih Berri et de Riad Salamé.

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Sur proposition du gouverneur de la Banque du Liban lui-même, Riad Salamé, le premier ministre désigné Saad Hariri aurait suggéré comme prochain ministre des finances, Youssef Khalil, responsable des opérations financières à la Banque centrale du Liban.

De source proche du Fonds Monétaire International, il y a quelques mois déjà, Youssef Khalil – un proche du Président de la Chambre des Député Nabih Berri – était accusé d’être à l’origine de nombreuses « anomalies » des comptes de la Banque du Liban au travers des opérations dont il était responsable et notamment la fameuse opération d’ingénierie financière bien couteuse pour les finances publiques puisqu’elle a pu coûter à la BdL jusqu’à 24 milliards de dollars afin d’engendrer 16 milliards de dollars de profit généralement redistribués en dividendes aux actionnaires des établissements financiers.
Il serait également lié à la vente de certificats de dépôts aux banques et aux transactions d’achat de titres de créance en devises étrangères, aujourd’hui principaux responsables de la crise du secteur financier privé, puisque ces instruments ont encore aggravé l’exposition des banques tout en siphonnant l’argent de la classe moyenne puis de la diaspora sous couvert de financer la dette publique. Ainsi, les certificats de dépôts de la BdL détenus par les banques privées représenteraient 70 milliards de dollars alors que les pertes estimées de la banque centrale atteindrait 50 milliards de dollars.

Ainsi, cette nomination, même si Youssef Khalil est tout de même considéré comme proche des Etats-Unis – serait très mal vue aujourd’hui, le ministère des finances étant un poste clé pour mener les opérations d’audit juricomptable exigées non pas seulement par la présidence de la république, comme l’illustre indirectement le pugilat par média interposé aujourd’hui entre le Président de la République, le Général Michel Aoun, et le Président de la Chambre Nabih Berri, mais aussi par la communauté internationale.

Pour rappel, la communauté internationale exige -via la France- de chiffrer les pertes de la Banque du Liban et d’en désigner donc les personnes responsables, un des premiers sur le rang des accusés, outre le gouverneur de la Banque du Liban lui-même, étant Youssef Khalil.

En cas de nomination, ce dernier serait à la fois juge comme ministre – puisqu’il devrait nommer un nouveau cabinet d’audit juricomptable tout en figurant comme étant l’un des principaux suspects.
En d’autres termes, le ministère des finances sera désormais contrôlé par les mêmes personnes qui contrôlent déjà la Banque du Liban, ce qui ne sera pas sans rendre plus complexes les négociations avec le Fonds Monétaire International, déjà très suspicieux par rapport à la banque centrale et qui avait confirmé dans ses analyses, les pertes chiffrées du gouvernement Hassan Diab, alors que cette aide est jugée nécessaire afin d’obtenir le déblocage de l’assistance financière internationale, considérée comme essentielle et critique pour faire face à la crise que traverse le Pays des Cèdres.

D’autre part, cette nomination pourrait encore complexifier d’avantage le processus de restructuration du secteur financier aujourd’hui, incapable suite à cette crise, non seulement de débloquer les fonds des déposants mais également d’huiler la machine économique. Des sources proches d’institutions internationales estiment justement que les personnes qui ont été responsables de la situation seraient elles-même mal-placées pour la détricoter, d’autant plus que, comme l’illustrent encore les propos du gouverneur de la Banque du Liban ou du premier ministre désigné lui-même qui refusaient de considérer le Pays des Cèdres comme étant en faillite, elles sont toujours dans le déni par rapport à la réalité de la situation.

Ainsi, Youssef Khalil, qui était donc proche de Nabih Berri et de Riad Salamé, qui s’est vu être proposé le poste de ministre des finances, est également en lien étroit, de part sa fonction précédente avec l’Association des Banques du Liban qui refuse toute restructuration du système bancaire au risque de mettre les dépôts de la clientèle en danger.

Si les estimations de Haircut étaient de 50% au moment de l’annonce du défaut de paiement, plus le temps passe et plus la situation s’aggrave.Désormais, les estimations actuelles vacillent autour des 80% de décotes.

Si la communauté internationale est prête à financer la relance du système économique local via une injection financière à condition que se fasse la restructuration de ce système et donc également du secteur financier, il est hors de question que l’argent du contribuable français, américain ou autre, serve à maquiller et à sauver des responsables de ce secteur financier ou encore à sauver ces établissements bancaires et indirectement donc, les dépôts de la population. Les institutions internationales appellent donc ces responsables à faire justement à leurs responsabilités dans la crise et Youssef Khalil, comme directeur des opérations financières à la Banque centrale du Liban en est l’un d’entre eux.

Pour l’heure, toutes les banques libanaises sont considérées comme insolvables selon les estimations qui circulent à l’étranger, avec des besoins de recapitalisation importantes, de l’ordre de plusieurs milliards de dollars chacune, voir de 11.9 milliards de dollars pour la BLOM et de 11 milliards de dollars pour la Banque Audi.

Ces mêmes sources proches des institutions internationales ont déjà noté par le passé que plusieurs personnes liées au mouvement Amal et au président de la chambre, seraient à l’origine de plusieurs anomalies, notamment au sein de la Middle East Airlines (MEA). Ainsi un proche à la fois de Riad Salamé et de Nabih Berri serait responsable de l’achat de kérosène. Cependant, la compagnie aérienne commanderait 2 fois plus de kérosène qu’elle n’en consommerait, révèlent ces mêmes sources, posant la question de savoir si cette marchandise est réellement acheminée au Liban ou s’il s’agit de détournement de fonds ou, si elle arrive au Liban, à qui la vente de ce surplus bénéficierait.

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