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Le patriarche maronite Béchara Raï a raison de demander la neutralité du Liban et surtout d’exiger que celle-ci soit reconnue et garantie par l’Organisation des nations unies (ONU), point précis préconisé par le groupe Gamma en 1982 (suivant alors l’exemple autrichien) puis par le Front de la liberté en 2007 (suivant alors les exemples turkmène et cambodgien). Si l’Autriche a pu en bénéficier après la Seconde Guerre mondiale, il existe deux exemples plus récents. Une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies (880) du 4 novembre 1993 « demande à tous les États de respecter la souveraineté, l’indépendance, l’intégrité et l’inviolabilité territoriales, la neutralité et l’unité nationale du Cambodge ». Le 12 décembre 1995, le Turkménistan a vu sa neutralité permanente reconnue internationalement par une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies (50/80) et soutenue par tous les États membres.

Aucun parti ne devrait prêter allégeance à une puissance étrangère ou imposer aux Libanais ses amitiés ou inimités envers elle. La neutralité exige une allégeance exclusivement nationale. C’est pourquoi le Hezbollah pro-iranien se sent visé et y voit le moyen que pourraient utiliser d’autres partis pour imposer au Liban une politique ou même une allégeance étrangère hostile à l’Iran, à la Syrie de Bachar el-Assad et au parti. L’économie libanaise, déjà en crise, est secouée par de nouvelles sanctions américaines contre l’Iran, la Syrie de Bachar el-Assad et le Hezbollah. Un Libanais sur deux vit désormais sous le seuil de pauvreté qui touche donc toutes les communautés et toutes les bases partisanes. Le Liban ne peut donc se permettre d’être avec eux contre les États-Unis. Cela ne veut pas dire que le Liban doit être contre eux. Comme le Sultanat d’Oman, le Liban pourrait adopter une neutralité positive c’est-à-dire avoir une politique d’ouverture envers toutes les puissances régionales et internationales, y compris les États-Unis et l’Iran, et pourquoi pas d’agir en médiateur entre elles. Ce rôle diplomatique ne peut être joué que par l’État libanais. Aucun parti ne peut prétendre à ce rôle.

Il ne suffit pas de demander aux Arabes de « distancier le Liban » des décisions concernant l’Iran, la Syrie ou le Qatar, il faut leur rappeler l’indépendance de la politique étrangère du Liban conformément au Protocole d’Alexandrie. Ce protocole du 7 octobre 1944 est le document fondateur de la Ligue arabe. Il reconnaît la déclaration gouvernementale libanaise du 7 octobre 1943 (de Riad Solh) : l’indépendance complète et véritable du Liban, l’indépendance de sa politique étrangère, sa souveraineté nationale exclusive et l’intégrité des frontières libanaises internationalement reconnues, sans le recours à une protection occidentale ni à une unité ou une union avec les Arabes.  

Toutes les crises et tous les conflits survenus au Liban étaient et sont le prolongement ou la cristallisation de crises et de conflits à l’échelle régionale et internationale. Le seul cadre pouvant immuniser le Liban et lui rendre pleinement sa souveraineté, sa liberté et son indépendance aujourd’hui hypothéquées auprès de puissances régionales et internationales est la neutralité. D’une part, cette neutralité empêcherait le Liban de plonger dans des conflits et des crises au niveau de la région et/ou du monde. D’autre part, elle éviterait que des conflits et des crises internes éclatent pour des motifs régionaux et/ou internationaux. Elle renforcerait ainsi la stabilité interne du Liban nécessaire au développement et à la paix en le protégeant des ingérences extérieures. Enfin, elle permettrait de vaincre la « Peur de l’autre » : l’autre partenaire libanais. La neutralité créerait un sentiment d’appartenance nationale et citoyenne aux Libanais sur lequel naîtrait un véritable État fort empêchant que son territoire soit le théâtre de conflits et de crises à répétition le paralysant.

La neutralité suisse est permanente et absolue. Au contraire, la neutralité positive et permanente du Liban reconnue et garantie par la Communauté internationale ne remettrait pas en question ni le soutien du Liban à la cause arménienne pour la reconnaissance du génocide par les Ottomans ni son appui à la cause palestinienne en Palestine. La formule « le Liban est avec les Arabes lorsqu’ils sont d’accord et neutre lorsqu’ils ne le sont pas » signifie exclusivement l’appui du Liban à la cause palestinienne pourvu que les Palestiniens respectent sa souveraineté en se soumettant à la décision du Parlement libanais d’annuler l’accord du Caire, c’est-à-dire en se désarmant. Cette neutralité ne remettrait pas non plus en question la lutte du Liban, dans la limite de ses frontières, contre le terrorisme islamiste, le jihadisme et le takfirisme, et toute possible coopération interétatique dans ce cadre.

Sur ces bases et par sa nature, cette neutralité positive et permanente, reconnue et garantie internationalement serait à même de rassurer toutes les communautés et les factions libanaises, y compris le Hezbollah. Elle forgerait l’unité des Libanais et édifierait un État véritablement fort.

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