« Vous avez été de ceux qui ont fait de la prison à cause du mot Dieu, alors de grâce, ayez peur de ce Dieu et rendez justice à votre peuple, à ceux qui se sont battus pour vous, aux martyrs qui vous ont fait arriver au pouvoir.» C’est par ces mots que, dans une vidéo parue sur le lien social Facebook, Aymen Zouaghi s’est adressé au Ministre de l’intérieur après la répression sauvage subie par les blessés et les familles des martyrs de la Révolution lors de leur passage au Ministère des droits de l’Homme.  Les évènements qui se sont déroulés dans ce ministère nous ont mis en triple choc.

Quadruple choc

Le premier choc a été de constater que  les pratiques sauvages de la police de Ben Ali ont toujours cours. La révolution ne semble pas avoir touché  les hommes de la sécurité qui sont passés d’hommes de main de Ben Ali et du RCD à hommes de main du pouvoir actuel.

Le second choc est que la répression se soit  abattue sur ceux qui ont payé le prix fort de la Révolution. Le bilan des massacres subis par la population dans sa lutte contre la dictature parle de centaines de morts et de blessés. Ce sont ces personnes qui ont fait la Révolution, Ce sont les premières qui ont fait tomber le mur de la peur et bravé les balles de la répression. Et ce sont elles qu’aujourd’hui on veut faire passer en pertes et profits de la Révolution.

Le troisième choc est que dans l’enceinte même d’un ministère censé protéger les Droits de l’Homme, des personnes amputées d’une partie de leurs membres, de vieux et pauvres parents de martyrs tombés sous les balles de Ben Ali, et des membres d’ONG et de la société civile, se sont fait tabasser  par les forces de l’ordre quand même le Président de la République est issu des ligues des Droits de l’Homme nationale et internationale.

Le quatrième choc est que la plus grande majorité des membres de ce gouvernement qui n’hésite pas à fouler aux pieds les droits fondamentaux de cette Révolution – dignité et liberté – est issue d’un parti religieux, c’est-à-dire un parti qui dans sa pratique de la gouvernance s’en réfère aux  préceptes de la religion, de la loi et de la morale divines. N’a-t-on pas entendu des citoyens déclarer qu’ils votaient Ennahdha parce que ses membres auraient un degré de moralité supérieur à celui du commun des mortels ?

De quelle moralité nous parle-t-on ?  Celle du mépris et de l’arrogance envers les pauvres gens, celle de la  brutalité envers les handicapés, celle de l’ingratitude  envers ceux qui ont donné leur vie pour sauver la nôtre, celle de la cupidité et une poignée de dinars, celle de l’orgueil et du reniement des valeurs pour le pouvoir ? Où sont la clémence, la mansuétude, la générosité, la charité, la reconnaissance…tous ces beaux termes que l’ont retrouve à chaque page du Livre saint pour lequel ils prétendaient se battre contre Ben Ali.

Si les évènements du Ministère des Droits de l’Homme ont été ceux qui ont le plus choqué le peuple tunisien, ce dernier n’est en tout cas pas à sa première surprise avec le parti Ennahdha.

RCD versus Ennahdha

Cela a commencé avant et durant  les élections quand on a vu l’argent couler à flots sans bien en saisir la provenance. Pour une base composée de gens n’ayant connu que la misère des prisons et de la répression, voilà un parti bien nanti.

Au lendemain des élections, on a vu M. R. Ghannouchi s’envoler pour le Qatar, où il aurait été  parait-il, remercié ses bienfaiteurs. Se mettre sous la coupe d’une monarchies dictatoriales et corrompues ne procède pas d’un grand attachement aux principes moraux de la religion musulmane.

Au moins de Novembre, M. Ghannouchi s’est rendu aux Etats-Unis où, il aura beau le dénigrer, il s’est rendu au  Washington Institute for Near East Policy, un think tank de L’AIPAC pour rassurer le lobby sioniste sur les intentions de son parti de ne jamais mentionner le refus de reconnaître Israël dans la nouvelle Constitution.  Les visites des sénateurs sionistes John MacCain (que M. Jebali serrait si fort dans ses bras) et John  Lieberman n’ont fait que confirmer l’information.  Bel exemple de conviction et de foi musulmane par rapport à la défense de l’un des hauts lieux de l’Islam, la mosquée El Asa, que les sionismes menacent de destruction et par rapport à un peuple frère écrasé par  une domination des plus répressives au monde.

En février, le gouvernement tunisien, dont le Chef suprême (et ce n’est pas un euphémisme), est M. R. Ghannouchi, a reçu en grandes pompes, la conférence des « Amis de la Syrie », conférence dont le seul but en fait n’était que diviser encore plus la nation syrienne. Sous couvert de Droits de l’Homme, toutes les entorses à la morale musulmane, pacifiste et conciliante sont permises.

Si l’on devait énumérer tous les écarts et les manquements d’Ennahdha à la parole prêchée par l’Islam, un livre ne suffirait plus.

Depuis sa nomination, ce gouvernement n’a pas cessé de reproduire les mêmes schémas que la dictature dégommée par  le peuple tunisien. Entre les nominations sur la base des liens familiaux ou amicaux, sans considération pour les capacités, au clientélisme pratiqué dans l’accord des marchés, aux sommes faramineuses à distribuer en guise de subventions aux anciens membres du parti, victimes de la répression pénaliste, à l’accaparement de postes sensibles comme la direction de l’Institut des statistiques ou de la radio et la télévision nationales, le parti au pouvoir ne cesse de se comporter comme une junte ayant accompli un coup d’état  à son actif.

Hier mercredi 11 avril,  les informations de l’un des intervenants sur le plateau de Nessma quant aux  salaires et aux avantages offerts aux membres d’un gouvernement qui demandent à ses citoyens de serrer la ceinture et de différer  leurs réclamations  pour cause de précarité et de situations économiques difficiles, nous ont ramenés aux soirées télévisées où,  stupéfait, le peuple découvrait l’ampleur de la corruption de la mafia benaliste.

La Tunisie traverse une période difficile, c’est le moins que l’on puisse dire. Elle n’est pourtant pas irréversible. En fait, depuis 1987, la Tunisie a vécu sous l’emprise de deux forces politiques qui se nourrissaient l’une de l’autre, le RCD versus Ennahdha. Le RCD disparu, Ennahdha a trouvé le champ libre pour occuper la scène. Cependant ses  incessants efforts pour se trouver un nouvel un ennemi sont à ce jour restés vains. N’ayant plus de quoi se nourrir, ce parti ne risque-t-il pas de mourir de famine politique ?

Loin de ressembler aux Compagnons du Prophète dont ils ont voulu nous faire croire qu’ils en étaient une reproduction  des Temps modernes, c’est beaucoup plus aux compagnons de Ben Ali que le peuple tunisien assimile les élus d’Ennahdha au pouvoir.

Fatma Benmosbah

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