La censure dont a été l’objet le film d’animation israélien Valse avec Bachir par les autorités libanaises, prouve que ces dernières illustrent fidèlement l’adage qui dit que le propre des imbéciles est de détester tout ce qu’ils ignorent. Il suffit qu’un film soit de production israélienne pour l’interdire et le fuir comme la peste, sans même le visionner pour forger sa propre critique et à ce moment-là opter pour un rejet ou pour une acceptation.

C’est d’ailleurs cette politique suivie depuis plus d’une décennie dans le pays des cèdres : les dirigeants bac + 1 et les héritiers des sièges politiques de leurs parents ou de leurs aïeux qui pensent à la place du peuple et décident de ce qui peut être ou ne pas être accessible au commun des mortels.

D’ailleurs, interdire un film ces jours-ci émane de l’ignorance elle-même, puisqu’il suffit d’un écran d’ordinateur, d’une connexion et de quelques clics afin d’avoir le produit du 7ème art à portée de main.

Voilà comment, avec la curiosité de voir dans quel contexte le nom de l’ancien dirigeant des Forces Libanaises a été évoqué dans une production de l’état hébreu, nous avons pu nous procurer facilement ce film qui nous ont renvoyés à une époque où le Liban saignant de la guerre civile a été témoin d’un affreux massacre de civils palestiniens, celui de Sabra et de Chatila, mais vu par les yeux d’un juif.

« Prenez cet exemple : Dix photos variées remontant à l’enfance ont été montrées à un groupe de dix personnes. Neuf de ces images appartenaient réellement à leur enfance, alors qu’une seule était fausse – en fait, leur portrait a été collé sur une image représentant une fête foraine où ils n’ont jamais été. 80% d’entre eux ont reconnu ce souvenir qui n’a pourtant jamais été, admettant que cette fausse image soit un fait réel, alors que les 20% n’arrivaient pas à se rappeler d’un tel évènement. Ces 20% ont revu ces photos une deuxième fois, et ils ont réussi à se rappeler de cette expérience complètement fabriquée mais qui n’a réellement pas existé. La mémoire est active, si certains éléments d’un fait manquent, la mémoire est capable de remplir ce manque avec des éléments qui n’ont jamais existé ».

Remarquable entrée en matière pour un soldat israélien présent au Liban dans les années 80 et qui n’arrive pas très bien de se rappeler des massacres de Sabra et Chatila, pensant que sa vision des massacres est pareil à l’image fabriquée.

Le spectateur assiste dans ce film à des anciens soldats qui ne savent même plus s’ils ont tué, qui ne savent même plus s’ils ont fait la guerre, qui ne savent même plus ce que c’est que d’être un militaire des forces israéliennes. Naturellement, puisque ces soldats se dirigent vers le Liban sur un « Love boat », en se trémoussant sur les airs d’Enola Gay et en se saoulant à volonté, sans même savoir que leur présence allait engendrer une bombe tout comme l’avion éponyme de la chanson précitée.

Les gentils, les blessés, les victimes, se sont des soldats israéliens. Les méchants, les terroristes palestiniens et les phalangistes de Bachir, et ce parti sciemment inconnu côté libanais symbolisé par un jeune garçon tenant une roquette de type RPG, faisant allusion à la Résistance libanaise naissante, qui tire et tue les soldats, qui, tout le long du films, ressemblent à de jeunes puceaux innocents jetés par surprise dans un bordel démoniaque, et traînés malgré eux vers une prostitution dont ils sont les victimes, mais en aucun cas les témoins, voire même les auteurs. Les va-t-en guerre du côté israélien sont de jeunes hommes qui partent en colonie de vacances à bord d’ un tank et qui découvrent par surprise l’horreur de la guerre civile libanaise et des massacres où ils se trouvaient en qualité d’ombres, de spectres, et de témoins qui ne veux pas voir ou qui ne veut plus se rappeler.

Les massacres de Sabra et Chatila ? Pardonnez-moi messieurs dames, les phalangistes de Bachir ont mystifié les soldats israéliens, les ont poussé à encercler le camp et à leur assurer une protection. Les israéliens n’ont soit-disant pas vu les massacres, ils affirment que ls phalangistes ont porté les uniformes israéliens pendant qu’ils procédaient aux tueries, ils ont été choqués à la vue de ce qui restaient du camp, et ont eu une sympathie soudaine envers les Palestiniens, rapprochant ce carnage au camp de Varsovie. Ah si cela pouvait être vrai, des soldats israéliens prenant en pitié des Palestiniens, que de massacres auraient pu été évité à ce moment-là.

Une amnésie collective volontairement vécue, un négationnisme de leurs propres actions, une réécriture ridicule et hypocrite de l’histoire, une sublimation du rôle militaire israélien qu’on peut facilement confondre dans ce film avec celui de la Croix-Rouge, réduisant ainsi à néant tous les témoignages, toutes les images, tous les documents attestant que le massacre de Sabra et Chatila a été perpétré en trois vagues essentiellement israéliennes. Etrange valse avec Bachir, où la triste symphonie des mitraillettes et des MAG scande une valse sanglante forcée dont le but est de hanter l’âme des victimes, les vraies.

En somme, Valse avec Bachir est un film qui doit être vu par les Libanais, pour qu’ils soient conscients de cette hypocrisie qui s’évertue, par tous les moyens possibles, même en faisant les meilleures prouesses techniques pour réaliser un film d’animation réussi sur le plan cinématographique, mais qui laisse ô combien à désirer quant au texte et au message que le réalisateur a voulu délivrer, rendant Tsahal semblable à Ponce Pilate qui se lave les mains en disant : « Je suis innocent du sang de ce juste, vous, vous y aviserez ».

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