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Nabih Berri : « L’accord-cadre est tombé »

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Le président de la Chambre, Nabih Berri, livre vendredi 11 septembre l’un de ses diagnostics les plus pessimistes sur la situation libanaise. « Je ne suis pas optimiste », affirme-t-il, avant d’ajouter que « l’accord-cadre est tombé ». Derrière ces formules se dessine une conviction : les initiatives diplomatiques n’ont de valeur que si elles modifient concrètement la situation au Sud-Liban. Les morts, les destructions et la poursuite des opérations sur le terrain nourrissent désormais son appréciation, alors que l’exécutif continue de miser sur les mécanismes diplomatiques.

Un diagnostic inhabituellement sombre

Le choix des mots est inhabituellement sombre pour un responsable qui occupe depuis des décennies une place centrale dans les négociations libanaises. Dans un entretien publié le 11 septembre 2026, Nabih Berri ne cherche pas à entretenir l’idée d’une percée prochaine. Il décrit une situation générale dangereuse et considère que les solutions restent éloignées. Son « Je ne suis pas optimiste » doit donc être lu comme une appréciation politique de l’état actuel des discussions.

Son diagnostic repose d’abord sur ce qui se passe au Sud. Les morts, les destructions et la poursuite des opérations israéliennes constituent les principaux éléments invoqués. Les dernières heures ont encore été marquées par des explosions, des frappes et des opérations de destruction dans plusieurs secteurs méridionaux. Pour Berri, le terrain devient ainsi le principal instrument de mesure de l’efficacité diplomatique.

Nabih Berri affirme que « l’accord-cadre est tombé »

La formule possède une portée politique plus forte encore. En affirmant que « l’accord-cadre est tombé », Nabih Berri ne se contente pas de regretter la lenteur des discussions. Il considère que le cadre censé permettre une évolution de la situation ne produit plus les résultats attendus. Berri n’annonce cependant pas formellement la fin de toute négociation et ne présente pas, dans les propos rapportés, une architecture alternative complète.

Cette nuance est importante parce que le président de la Chambre reste l’un des interlocuteurs libanais les plus expérimentés sur les dossiers liés au Sud. Ses prises de position sont observées comme celles du chef du Parlement et du mouvement Amal, mais aussi comme un indicateur de l’état des canaux politiques entourant le front méridional. Son message vise donc les responsables libanais autant que les médiateurs et les acteurs extérieurs.

Le terrain plutôt que les mouvements diplomatiques

Berri fixe un critère concret pour juger les efforts internationaux. Les réunions, déplacements diplomatiques et messages transmis entre capitales ne constituent pas une avancée en eux-mêmes. Ils doivent se traduire par une baisse des violences, un recul des destructions et une évolution visible de la situation au Sud. À défaut, l’activité diplomatique peut être intense tout en restant sans effet réel.

Les événements récents renforcent cette lecture pessimiste. À Mansouri, dans le caza de Tyr, la majeure partie de l’école publique a été détruite vendredi matin après avoir été directement menacée deux jours auparavant. Des destructions d’habitations et d’infrastructures ont également été rapportées. Jeudi soir, une explosion particulièrement puissante dans le secteur d’Ali al-Taher, près de Nabatiyé, avait provoqué des vibrations détectées par les stations sismologiques.

Une différence de ton avec l’exécutif

Le langage du président de la Chambre tranche avec celui de l’exécutif, qui continue de travailler à travers les mécanismes diplomatiques et institutionnels disponibles. Le Premier ministre Nawaf Salam insiste sur la présence de l’armée et des institutions de l’État dans le Sud ainsi que sur les conditions nécessaires au retour des habitants. Le Conseil des ministres a également approuvé un projet de loi visant à empêcher les ventes et actes de disposition immobilière dans les zones occupées par l’armée israélienne.

Il ne faut toutefois pas transformer cette différence d’appréciation en rupture institutionnelle. Berri ne remet pas en cause le rôle de l’État ni celui de l’armée. La divergence porte surtout sur l’évaluation de la séquence diplomatique : l’exécutif continue à miser sur les mécanismes disponibles, tandis que le président de la Chambre juge leurs résultats à l’aune d’un terrain toujours marqué par les destructions.

L’armée, point de convergence

Sur l’armée libanaise, le discours de Berri est particulièrement appuyé. « L’armée est la colonne fondamentale, voire le pont fondamental de la construction libanaise », affirme-t-il dans l’entretien rapporté vendredi. Son pessimisme à propos de la diplomatie ne s’accompagne donc pas d’une remise en cause du rôle de l’institution militaire. Il place au contraire celle-ci au centre de la stabilité et de la reconstruction de l’État.

Cette position rejoint celle du gouvernement. Nawaf Salam a lui aussi présenté la présence de l’armée et des institutions publiques dans le Sud comme un facteur de confiance pour les habitants qui souhaitent retrouver leurs villages. Malgré des appréciations différentes sur l’efficacité des négociations, les responsables institutionnels continuent ainsi de placer le déploiement de l’État et de son armée au centre de toute stabilisation durable.

Le Sud pèse sur toutes les négociations

Le problème soulevé par Berri est celui de l’écart entre la diplomatie et la réalité quotidienne au Sud-Liban. Les objectifs politiques sont connus : stabiliser la frontière, renforcer le déploiement de l’armée, permettre le retour des populations, régler la question des secteurs occupés et empêcher une nouvelle escalade. Sur le terrain, ces objectifs restent confrontés aux opérations militaires et aux destructions qui rendent tout retour plus difficile.

La destruction de bâtiments modifie la nature du problème. Une famille peut obtenir la possibilité théorique de revenir dans son village et ne plus disposer d’un logement habitable. La destruction d’une école comme celle de Mansouri ajoute une autre dimension : le retour suppose des logements, mais aussi des écoles, des routes, de l’eau, de l’électricité et des services publics. Le gouvernement évoque désormais des logements préfabriqués comme solution provisoire dans certains villages.

Que signifie la chute de l’accord-cadre ?

La déclaration de Berri ouvre une interrogation politique : si « l’accord-cadre est tombé », quel mécanisme peut le remplacer ? Le président de la Chambre ne fournit pas de nouveau dispositif détaillé dans les déclarations rapportées vendredi. Son propos ressemble davantage à un constat d’échec du cadre actuel qu’à l’annonce d’une solution de remplacement. C’est précisément ce qui donne du poids à son pessimisme.

Berri est généralement associé à une pratique politique fondée sur la négociation, les arrangements et les compromis construits dans la durée. Son absence d’optimisme ne signifie donc pas simplement qu’un responsable juge la situation mauvaise. Elle indique qu’un acteur directement impliqué dans les mécanismes politiques entourant le dossier du Sud ne voit pas, à ce stade, les conditions permettant d’annoncer une issue proche.

Un avertissement aux médiateurs

La déclaration peut également être comprise comme un avertissement adressé aux acteurs internationaux impliqués dans les discussions. Une médiation n’acquiert de valeur politique que lorsqu’elle produit un changement observable : diminution des morts, arrêt des destructions, retour des habitants, déploiement effectif de l’armée et restauration de l’autorité de l’État. Le nombre de visites et de réunions ne suffit pas à démontrer son efficacité.

Cette exigence explique la force de l’expression employée par Berri. Elle déplace le débat de la procédure diplomatique vers ses résultats. Un mécanisme peut continuer à exister administrativement tout en ayant perdu sa crédibilité politique si les événements qu’il devait empêcher se poursuivent. C’est, en substance, le constat pessimiste formulé par le président de la Chambre.

Les prochains jours comme test

Le gouvernement ne renonce pas pour autant aux instruments diplomatiques. Il travaille simultanément sur la présence de l’État dans le Sud, le retour des habitants et la protection juridique de leurs propriétés. Les deux lectures ne sont donc pas entièrement incompatibles : l’exécutif cherche encore à construire une sortie, tandis que Berri avertit que cette sortie ne se matérialise pas encore sur le terrain.

Le contraste tient surtout au degré de confiance accordé au processus actuel. Vendredi 11 septembre, Nabih Berri choisit de ne laisser aucune ambiguïté : il n’est pas optimiste et considère que l’accord-cadre est tombé. Les prochaines évolutions seront donc jugées moins sur le nombre de réunions annoncées que sur les morts, les destructions, le retour des habitants et la capacité de l’État libanais à reprendre effectivement pied dans les secteurs concernés.

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Newsdesk Libnanews
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