L’ONG Human Rights Watch a noté dans son dernier rapport publié une dégradation des droits humains au Liban, en raison notamment de la détérioration de la situation politique au Pays des Cèdres et dans la région.

L’organisation non gouvernementale, dans son rapport de 600 pages, a vivement critiqué les autorités libanaises pour l’adoption de restrictions concernant les réfugiés syriens présents dans le pays des cèdres et les abus dont seraient à l’origine – toujours selon l’ONG – les forces de l’ordre. HRW note aussi l’échec des autorités libanaises à l’organisation d’élections parlementaires – reportées jusqu’en 2017 –  puis présidentielles. Enfin l’ONG a toutefois noté quelques progrès notamment dans l’adoption d’une loi protégeant les femmes et les employées domestiques.

Une situation liée à un débordement du conflit syrien au Liban.

Estimant que le conflit syrien déborde actuellement au Liban, HRW note que 14 attentats ont visé les populations civiles, dont 12 contre la banlieue Sud de Beyrouth et 3 contre des localités chiites de la Békaa. Ces attentats auraient couté la vie à 32 personnes et blessés plus de 332 individus et auraient été commis par des organisations fondamentalistes sunnites dont Daech et des groupuscules liés à Al Qaida.
L’ONG indique également que des combats opposants ces groupes terroristes à l’Armée Libanaise se sont déroulés au mois d’aout 2014 à Arsal, accusant l’institution militaire d’avoir empêché des réfugiés syriens de quitter la localité lors des combats et même de leur avoir tiré dessus. HRW a également fait part de mesures de rétorsion visant les ressortissants syriens présents à Arsal suite à la prise en otage de personnels sécuritaires libanais par les groupes rebelles syriens.

Notant la présence de plus de 1 143 000 réfugiés syriens présents au Liban, HRW a dénoncé la mise en place de mesures d’enregistrement par les autorités libanaises, avec l’obtention d’un permis de séjour pour un montant de 200 USD et renouvelable d’une seule fois. L’organisation note que les réfugiés syriens rentrés illégalement au Pays des Cèdres risquent une peine de prison.
L’ONG accuse enfin le gouvernement libanais d’avoir instauré des mesures visant à limiter le nombre de réfugiés syriens présents au Liban « sauf dans un cas humanitaire extrême ». Enfin, HRW indique que des couvre-feux et de l’utilisation de violences à leurs encontre de la part d’organismes non officiels ont été constatés.

Aux réfugiés syriens, se sont ajoutés 45 000 réfugiés palestiniens en provenance de Syrie. Le Ministère de l’intérieur aurait ainsi introduit de nouvelles régulations les visant et les empêcherait d’entrer sur le territoire libanais depuis aout 2013.

Une situation intérieure critique.

Human Rights Watch indique que des combats entre milices fondamentalistes sunnites et groupes armés allaouites ont eu lieu à Tripoli au Nord Liban, faisant au moins 30 morts – essentiellement civils, dont une fille de 8 ans – et 175 blessés et amenant l’armée libanaise à mettre en place un plan sécuritaire depuis le 1er avril 2014. Bien que quelques miliciens aient été arrêtés, HRW estime que les principaux responsables de ces combats ont réussi à prendre la fuite et demeurent à l’heure actuelle toujours recherchés.

Des cas de torture par les forces de l’ordre auraient également été transmis à l’ONG, notamment à la suite de combats entre Armée Libanaise et sympathisants du cheikh salafiste Ahmed el Assir. HRW appelle les autorités libanaises à la ratification du protocole additionnel de la convention contre la torture dont le pays est déjà signataire.

Abordant la question de la liberté d’expression, HRW rapporte l’arrestation de journalistes et de bloggeurs dont Jean Azzi arrêté pour diffamation à l’encontre de la Présidence de la République, ainsi que de Imad Bazzi pour avoir vivement critiqué l’ancien ministre d’état Panos Mangyan. HRW note enfin la condamnation de journalistes du quotidien Al Akhbar après avoir accusé l’ancien Premier Ministre Fouad Saniora de corruption.

Quelques progrès tout de même concernant les Droits des Femmes et l’établissement d’une commission d’enquête en faveur des disparus de la guerre civile.

Quelques progrès ont été cependant constatés sur les dossiers de la femmes – avec l’adoption d’un loi contre la violence domestique le 1er avril dernier -, HRW note tout de même que les lois religieuses restent discriminantes à leur encontre notamment dans les cas de divorce et de la garde des enfants et rappelle que les ressortissantes libanaises ne peuvent encore à l’heure actuelle, transmettre la nationalité libanaise à leurs époux et enfants.

Progrès également dans les dossiers des disparus de la guerre civile de 1975 à 1990 en octobre 2012. Human Rights Watch note cependant que la constitution d’un comité d’enquête reste pour l’heure inexistant en dépit de la formation par le gouvernement d’un comité interministériel visant à proposer une loi l’instituant. Selon l’ONG, le Liban a également reconnu le droit aux familles de connaitre le sort de leurs proches disparus et rappelle que la Justice Libanaise a exigé des autorités politiques la remise de documents d’enquête à ces familles après que l’état eu refusé en raison des dangers – estime-t-il – à la paix civile.

Un pays qui reste sous influence.

HRW a également abordé l’influence de différents acteurs étrangers sur la scène libanaise dont la Syrie, l’Iran et l’Arabie Saoudite, et note l’insuffisance de l’aide promise au Liban dans son assistance aux réfugiés syriens présents sur son territoire. L’ONG note cependant que le soutien militaire à l’Armée Libanaise et aux Forces de Sécurité s’accompagne également de quelques progrès dans le respect des lois internationales en ce qui concerne les Droits de l’Homme.

Le rapport de HRW est disponible ici.