Quoi de nouveau depuis ce 4 avril 2011, date de la publication de l’article intitulé « Entre Gauche et Droite : un corps désarticulé » ?

1°) La Pandémie de la Covid-19 qui sert de manteau sous lequel se prépare des lendemains qui déchantent.

2°) La loi sacrée du 3% du produit intérieur brut (PIBest mise de côté. A ce propos, le peuple grec n’a pas eu de chance puisque la pandémie n’est pas arrivée au bon moment en Grèce.    

3°) Le Front national est devenu le Rassemblement national. Il en est de même des partis de droite. 

Pour le reste, je vous livre l’article cité tel quel… 

Dimanche 20 mars 2011, pendant que l’Etat français avec le consentement de toute la classe politique française bombardait la Libye pour aider, paraît-il, le peuple libyen à accoucher d’une démocratie, les citoyens français ou plus exactement 45 % des électeurs votaient pour les cantonales dont 15% choisirent le Front national. Le bilan à tirer du deuxième tour est sobre : 55% d’abstentionnistes et un Front National qui confirme son enracinement dans l’espace public. 

En effet, une crise économique et financière qui perdure, aggravant chaque jour davantage les conditions sociales des couches populaires. Avec l’espoir d’une amélioration qui s’amenuise au fur et à mesure qu’apparaît la soumission ou l’incapacité des responsables politiques face aux désidérata des spéculateurs financiers, par banques interposées, FMI et Banque mondiale. S’appuyant sur le dogme libéral selon lequel l’intérêt général est la somme des intérêts privés, c’est au « bulldozer » que la droite détruit le bien commun que sont les services publics. Sur ce point, la Gauche ne fut pas en reste, certes avec plus de précautions puis qu’elle n’utilisa que le ‘’marteau piqueur ‘’. Mais cela suffit pour légitimer idéologiquement la démolition.

Une situation sociale qui, conjuguée aux affaires impliquant des responsables politiques de droite comme de gauche, accentue l’idée du « tous pourris » que le Front national symbolise, dorénavant, par le slogan « UMPS ».

Une insécurité sociale, rythmée par le chômage et la pauvreté, doublée d’un climat politique sécuritaire que médias et pouvoir politique, loin de dissiper, amplifient en pointant du doigt le pouvoir judiciaire. Ce qui ajoute de la peur à la peur.

Une peur que le pouvoir politique utilise comme mode de gouvernement. La présupposée immigration massive est ainsi instrumentalisée puisqu’à l’instar du Président de la République, parlant des révolutions arabes, nous devons savoir « ce que pourraient être les conséquences de telles tragédies sur des flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme. C’est toute l’Europe alors qui seraient en première ligne. » (1)

Discours, là aussi, illustré médiatiquement par des scènes d’immigrés clandestins débarquant sur les côtes italiennes. Le propos du président français s’inscrit sur une voie déjà tracée par J. Chirac qui, en 1990, s’exprima dans le Nouvel Obs en ces termes : « Plus on aura d’immigration, plus on aura d’insécurité…On va vers de graves conflits raciaux qui seront la conséquence du refus des Français d’être envahis par d’autres cultures. Toute race a l’instinct de se préserver. » (2) (1990, Le Nouvel Obs). Suivi par V. Giscard d’Estaing qui mis en garde le peuple français contre « l’invasion ». ( le Figaro Magazine 21/09/91)

Mais déjà, en 1989, F. Mitterrand tenta de rassurer sans rassurer pour autant en décrétant que « le seuil de tolérance a été atteint dans les années 1970 » (10 /12/ 1989)

Un seuil que le ministre de l’intérieur, C. Guéant, a franchi en affirmant que « les français, à force d’immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux. » (17/03/2011)

Ils ne sentent pas chez eux d’autant plus, comme l’énonce le député communiste A.Gérin, qu’« il y a une sorte d’islamisation de l’espace public… » et « une emprise du communautarisme dans certains territoires de la société française ». (10 /12/ 2009 )
De là  à conclure qu’une partie des problèmes de la société française est l’immigré arabe ou noir – cas aggravant s’il est musulman – il n’y a qu’un pas.

 Enfin, le responsable des maux du citoyen lambda est dévoilé. Le bouc émissaire fait presque consensus. Presque, parce qu’à Gauche, manque la détermination et la clarté politique. Une carence que les rappels obsessionnels des valeurs de la République ne compensent nullement. Ceci d’autant plus que le Front national a intégré ces valeurs dans sa rhétorique quotidienne. Ainsi, tous les sujets sociaux, politiques et culturels convergent vers le théorème F.N. Il en va de même du débat sur la laïcité qui voile maladroitement les thèmes de prédilection du F.N, immigration et islam.

En affirmant que « La France est métissée, la France est différente ; donc il y a un sentiment, d’ailleurs à juste titre pour une partie de la France, de nostalgie de cette France qui n’existe plus, qui n’existera plus. » (30/03/2011), le socialiste Julien Dray, donne, indirectement, du poids aux thèses du F.N qui, lui justement, se présente comme le défenseur et le bâtisseur de « cette France qui n’existe plus »

A noter que le député ne précise pas de quelle France disparue, il s’agit. Cependant, une chose est sûre : la France de la Protection sociale, de la Santé, de l’Education et des services publics est en train de disparaître. Des biens communs qui, peu à peu et à juste titre, deviennent sujet de la nostalgie.

Ceux-ci d’autant plus que, aveuglés par les bénéfices que procurent l’outil démocratique, les responsables politiques de gauche ont perdu de vue la tâche à accomplir, à même de redonner un sens aux combats démocratiques.
En effet, sous couvert de « culture de gouvernement », le Parti Socialiste a converti le militant du socialisme en un pompier politique du capitalisme. Quant au PCF, voulant « être crédible » et « à l’écoute des gens », a fini par confondre luttes de classes et luttes des places et de n’être écouté au final par presque personne. Enfin, les directions syndicales ou partenaires sociaux, à leurs corps défendants, se sont mues en régulateurs du système capitaliste. C’est à dire en pompiers sociaux. Pour couronner le tout, une « écolo-boboïsation» de la politique qui fait du citoyen, un consommateur averti mais culpabilisé et sous surveillance.

En somme, une distribution des rôles qui permet au système politique d’être armé de ses deux bras bien articulés par une mécanique démocratique.

Un bras droit prêt à toutes les révolutions conservatrices pour sauvegarder l’ordre établi de domination et d’exploitation auquel répond par des tours d’illusionnistes un bras gauche, toujours disponible en cas de pépins sociaux. 

De l’Union de la Gauche à la Gauche Plurielle et d’alternance en cohabitation, au nom de la légalité, les responsables politiques de gauche ont légitimé ce qu’ils dénoncent, par ailleurs, lors de veillées électorales. « Avec des intentions admirables mais mal placées, ils s’attellent avec le plus grand sérieux et la plus grande sensiblerie à cette tâche qui consiste à remédier aux maux qu’ils constatent. Mais leurs remèdes ne guérissent pas la maladie : ils ne font que la prolonger. Mieux : leurs remèdes font partie intégrante de la maladie. » (L’âme humaine, Oscar Wilde)

Est-il nécessaire de préciser que la maladie est propagée avec cynisme par la main invisible du système capitaliste dont Gauche et Droite s’engagent à moraliser faits et gestes. Ne mettons pas en doute leurs sincérités et supposons qu’il s’agit de morale. Mais alors cela signifie que la main invisible agit en toute immoralité. Or ce qui est immorale ne se moralise, il est purement et simplement banni.

Autrement dit, tant qu’on ne s’attelle pas à couper la « main », le système politique continuera à entretenir le jeu démocratique qui consiste à tirer les ficelles tantôt avec le bras droit, tantôt avec le gauche pour manipuler les masses populaires telle une marionnette.

 Désarticulée. Et un corps désarticulé a un problème d’orientation …

Pour conclure, tout semble indiquer que la République est « au bout du tunnel » comme l’annonçait l’ancien Premier ministre Raymond Barre mais il faut se rendre à l’évidence, le tunnel est cloisonné par un « mur » qui paraît infranchissable. C’est ce mur édifié par les spéculateurs financiers et leurs idéologues qu’il faut entreprendre d’abattre. Une lourde tâche face à laquelle, le pacte républicain s’avère un piètre outil.

Mohamed El Bachir

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