Le patriarche maronite émérite Nasrallah Boutros Sfeir serait décédé ce dimanche 12 mai 2019. Nasrallah Boutros Sfeir était né le 15 mai 1920.

L’annonce de ce décès a été effectuée par le Siège Patriarcal ce dimanche matin.
Il avait été déjà hospitalisé la semaine dernière officiellement en raison d’une infection pulmonaire. Il était hospitalisé à l’Hotel Dieu à Beyrouth depuis le mercredi 8 mai.

Il a été le 76ème patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient de 1986 à 2011 puis patriarche émérite de l’Église maronite depuis le 26 février 2011, date de sa démission. Le Patriarche actuel Béchara Boutros Raï lui a succédé en mars de cette même année.

Ordonné prêtre maronite le 7 mai 1950 par le cardinal Pierre-Paul Méouchi, exerçant d’abord à Rayfoun, le Patriarche Nasrallah Boutros Sfeir avait gravi tous les échelons de l’institution religieuse maronite.

Il sera ainsi d’abord nommé secrétaire du Patriarche, puis évêque auxiliaire maronite d’Antioche le 19 juin 1961 et enfin, Patriarche Maronite, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient pour l’Église Maronite le 19 avril 1986 à la suite de la démission du cardinal Antoine Khoraiche et est effectivement consacré le 27 avril 1986. Il sera également admis comme cardinal de l’Église catholique par le pape Jean-Paul II en 1994.

Il présentera sa démission au Pape Benoît XVI qui l’accepte le 26 février 2011. 

Un patriarche maronite qui était largement impliqué sur la scène politique

La carrière du Patriarche Maronite a été marquée par son implication politique alors que le Liban traversait les périodes de la guerre civile et de l’occupation syrienne. Ainsi, sa proximité avec les Forces Libanaises de Samir Geagea a été vivement critiquée par une partie de la population chrétienne et une partie de l’église maronite durant la période de 1986 à 1990, date de la défaite du Général Aoun face aux troupes syriennes alliées pour l’occasion aux Forces Libanaises. Il avait notamment appelé le gouvernement opposé au général Michel Aoun, celui de Salim Hoss, sous influence syrienne, à le renverser.

L’une des causes de cette divergence entre le général Michel Aoun et le patriarche a été qu’il était l’un des supporters des accords de Taëf qui ont diminué les prérogatives de la Présidence de la République, pourtant allouée à la communauté maronite.

À l’issue de la Guerre Civile, en l’absence des principaux dirigeants chrétiens qui ont été soit exilés comme l’ancien Président Amine Gemayel, le Général Michel Aoun ou emprisonnés comme Samir Geagea, il deviendra le porte-voix à l’opposition chrétienne contre l’occupation syrienne.

En août 2001, le patriarche effectuera une tournée historique dans le Chouf, marquant ainsi la réconciliation officielle avec la communauté druze et son dirigeant Walid Joumblatt quelques dizaines d’années après la guerre de la montagne et les massacres qui avaient alors suivi.

Cette réconciliation a été l’un des éléments précurseurs à la convergence d’intérêts entre les différentes communautés composant le Liban afin d’obtenir le retrait des troupes syriennes. Ce retrait interviendra le 26 avril 2005, suite aux pressions internationales et locales qui ont eu lieu après l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, le 14 février.

Son implication politique ne s’achèvera pas avec le retrait syrien. Ainsi, lors de la crise présidentielle libanaise de 2007-2008, il a tenté une conciliation entre les parties opposées. En 2009, quelques heures avant la tenue des élections législatives d’alors, il appellera la communauté chrétienne à voter contre l’alliance entre le Courant Patriotique Libre et le Hezbollah et en faveur de la coalition dite du 14 Mars dont font parties les Forces Libanaises de Samir Geagea dont il est considéré comme proche. À l’issue de ce scrutin et de la victoire électorale du Courant Patriotique Libre devenu le premier parti chrétien, les relations entre le Patriarche et le CPL seront très dégradées.
Certains estiment que ce soutien, qui a provoqué des dissensions au sein de la communauté chrétienne et de l’église maronite, a été l’un des facteurs déterminants à sa démission comme Patriarche en 2011.

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