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« La moquerie, c’est la méchanceté des imbéciles »

La veille du 4 août 2020 – jour noir aux mille ballons blancs qui marque la troisième plus grosse explosion du monde – je publiais un billet d’humeur dans lequel, motivée par la loyauté de mon esprit cependant fatigué, spectateur depuis octobre dernier d’une mascarade interminable (in)digne de la Scala, j’écrivais en toute conviction que, quoi qu’il arrive, je ne quitterai pas le Liban, car pour moi partir signifiait mourir. Mais que savais-je de la proximité avec la mort ?

Les Beyrouthins ont subi de plein fouet cette fin d’après-midi-là, une explosion épouvantable et puis ses conséquences dramatiques. Des morts, des blessés qui porteront les stigmates toutes leurs vies, mais aussi des milliers de maisons totalement détruites, inhabitables car tout y est à refaire, des fenêtres, aux portes, aux balcons, aux plafonds, aux luminaires, aux rideaux, aux couvre-lits… aux meubles percés, déchirés, cassés à jeter, à réparer ou à racheter !

Plus qu’une pièce de mauvais goût, c’est un cirque démoniaque qui a pris place depuis près d’un an au Liban, et aussi irréel qu’il puisse paraître, il n’est pas près de fermer ses portes. Mensonges de Pinocchio, plans chimériques évoqués par des clowns, projets irréalisables lancés par des cracheurs de feu, excuses hypocrites de Polichinelle et promesses de funambules qui ne tiennent qu’à un fil, le tout manigancé par des dompteurs qui ne sont autres que les fauves du pays prêts à dévorer nous, pauvres guignols.

Et, quelque part sous ce chapiteau de l’enfer se trouve l’énorme galéjade que représentent les « aides à la reconstruction », celles évoquées par le gouvernement qui leurre encore une fois le pauvre peuple libanais qui continue de trouver patience, force et courage dans son honorable qualification – à mon falot avis, insultante – de « résilient ».

Le premier acte – « Le Constat », manigancé dans les coulisses de La Scala, se déroule au sein des habitations abîmées dans lesquelles défilent des militaires, vêtus de leur costume de scène, munis de calepins et de stylos bien neufs. Ils s’affairent à constater les dégâts, à « prendre note », aussi minutieusement que leur permet leur cervelle manœuvrée, des travaux à entreprendre, avant d’inscrire sur la fiche l’identité des malheureux propriétaires, le tout en adoptant la mine consternée de l’emploi, pour placer ci et là de pitoyables « hamdella 3a saleme ». 

Vient ensuite le second acte – « l’Aide Généreuse » qui atténuera la détresse populaire. Quelle aubaine ! Une liste circule sur les réseaux sociaux indiquant des contacts, selon des catégories bien précises, de sociétés ou personnes bienfaitrices offrant leurs services de réparation de vitres, aluminium, bois, peinture etc… à moitié prix et même gratuits. Quelle ne fut ma surprise de constater que les devis de ces « héros d’après 4 août » excédaient parfois du double pour certains les devis de compagnies non bénévoles. 

Y a-t-il des sinistrés qui ont vu leur maison entièrement reconstruite ? Oui, bien sûr, ceux qui l’ont fait en payant avec de la monnaie sonnante et trébuchante, c’est-à-dire en « fresh money », des dollars achetés au marché noir à des taux complètements démesurés. Mais avec quel argent ? Le leur, celui confisqué par les geôliers frauduleux de la monnaie, celui-là même qu’un grand magicien comme Copperfield ne saurait faire réapparaitre. 

La veille du 4 août 2020 – jour noir commémoré par mille ballons blancs qui marquent la troisième plus grosse explosion du monde, j’écrivais en toute conviction que, quoi qu’il arrive, je ne quitterai pas le Liban, car pour moi partir signifiait mourir.  Mais ce que je n’ai pas écrit, c’est qu’en restant, on tentait de me tuer lentement.

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