Le Premier ministre Najib Mikati, sur proposition du ministre de la justice Henry Khouri, propose la création d’un comité composé de juges et de banquiers (donc des dirigeants de banques) pour discuter des affaires judiciaires qui touchent ce secteur d’activité, entre inculpation du gouverneur de la Banque du Liban, enquêtes locales mais aussi internationales visant des responsables du secteur bancaire, gel des avoirs des banques localement suite au contrôle informel des capitaux ou encore obligation de remboursements à l’étranger de déposants non-résidents comme en Grande Bretagne ou en France.

Monsieur Mikati oublie dans son comité une autre partie prenante et de taille, celle des plaignants qui subissent différentes mesures vexatoires depuis plus de 3 ans. Ainsi, Monsieur Mikati oublie de prendre également en cause les déposants.

Imaginez donc une cour de justice où on a les accusés, les juges désignés pour les innocenter puisqu’il n’est pas question, selon ce qu’on peut constater de votre part, de les désigner coupables, et les victimes qui sont toujours victimes de l’injustice jusqu’à ne pas avoir le droit d’être présents pour ne pas évoquer le droit de se défendre au final. Après tout, à de nombreuses reprises, les responsables des banques ont bien désigné les déposants comme étant coupables…
Peut-être que si au final, pour avoir eu la naïveté de les croire… de vous croire.

Il est vrai qu’on n’est au final jamais mieux servi que par soi-même, puisque Monsieur Mikati est également actionnaire de banque.

Il est vrai aussi que nos chers dirigeants d’établissements financiers, tant publics que privés, ont souvent mélangés intérêts communs et leurs intérêts, au sens propre comme au sens financier, engrangeant d’importants bénéfices au détriment de l’intérêt général ou encore de l’intérêt de leurs clientèle.

Il est aussi vrai que longtemps, les banques libanaises, des boutiques en fin de compte, ont vu leurs propriétaires mélanger aussi argent des déposants avec leurs patrimoines, abusant de biens sociaux, voyageant personnellement non pas au frais de la princesse mais au frais de ce qu’ils considéraient être des pigeons.

Monsieur Mikati oublie d’autres éléments essentiels. Les banques estiment que les procédures juridiques à l’encontre de leurs dirigeants coupent le Liban du système financier international. En réalité, les banques libanaises se sont coupées du système financier international en instituant un état de défaut sélectif en novembre 2019 avec un contrôle informel des capitaux. Il convient de rappeler ici que cet état de défaut sélectif, puisqu’ils refusaient de transférer les dépôts en devise initiale, généralement en dollar, a été mis en place bien avant l’annonce par Hassan Diab, son prédécesseur, d’un état de défaut de l’état libanais. Les banques étaient de facto en faillite avant l’état et non le contraire.

Il aurait alors été plus envisageable de nationaliser temporairement les banques en faillite pour garantir les dépôts, puisqu’il s’agit d’une faillite d’un système financier et non d’une seule banque et procéder à ce que prévoit les régulations dans le domaine et aussi examiner les responsabilités des dirigeants des banques. Puis pour sauver les dépôts à l’époque, au moins la moitié des dépôts, de liquider celles qui ne pourraient de toute manière ne pas survivre avec l’exercice d’une garantie bancaire conforme au droit public et envisager des fusions pour d’autres puis leur privatisation, cela dans le cadre d’un plan à conduire avec l’aide du FMI, comme cela fut le cas d’ailleurs dans certains pays et pour en garantir toute la transparence.

Cela aurait également permis de voir plus clair dans ce qui a amené à la situation actuelle et envisager de mettre en place les mécanismes de régulation nécessaires pour que plus jamais, on ait des gens qui meurent faute non pas d’avoir d’argent mais de ne pas pouvoir disposer de leur argent pour acheter de la nourriture ou même des médicaments. Les banques et leurs dirigeants ne pas une partie prenante, mais plutôt bel est bien le parti à mettre sur le banc des accusés. S’il s’agit encore de communiquer avec eux, ce n’est pas pour les exempter de toute responsabilité – qu’ils devront affronter tôt ou tard, localement ou sur le plan international, ils n’y échapperont plus – mais de trouver des solutions pratiques à mettre en oeuvre pour sauver ce qui peut encore l’être.

À force de procrastiner, le parti des banques auquel appartient Monsieur Mikati nous a fait perdre 3 ans avec divers artifices que pourrait plus détailler ses acolytes Ibrahim Kanaan, Riad Salamé, et tous les autres. Ce parti transcende en réalité les clivages politiques auxquels ils veulent nous faire croire. Non seulement, il nous a fait perdre 3 ans, mais aussi il a amené à ce que la situation soit encore pire avec des pertes sectorielles qui explosent. S’il estime qu’elle n’étaient que de 63 milliards de dollars en novembre 2021, elles seraient estimées à 75 milliards de dollars 5 mois après. Quant aux chiffres évoqués à l’étranger, ils sont de 83 milliards de dollars en avril 2020 selon le FMI et dépassent même les 100 milliards de dollars selon certaines agences de notation en novembre 2021.

Monsieur Mikati espère, par ce comité, offrir une immunité aux banques et aux dirigeants des banques qui sont coincés. Ils pensaient toujours pouvoir fuir à l’étranger et profiter des capitaux bien mal acquis au détriment des déposants … sauf que les procédures judiciaires les suivent également à l’étranger et menacent de saisir ces biens.

Ils n’ont d’autres choix que la retraite … vers un Liban, un pays martyrisé par eux et tentent, non pas même de se réconcilier avec la population mais au contraire de faire en sorte de jouer sur l’amnésie collective.

Ils essayent de faire croire que les affaires judiciaires pourraient couper le Liban du système financier international comme précédemment signalé. Mais l’une des conditions à l’aide internationale est justement la transparence dans le domaine judiciaire et le fait de désigner les personnes responsables de la situation. Ce combat que Monsieur Mikati mène face à la Justice n’a d’autre nom que l’entrave à la justice et c’est face à cela qu’existe le principal danger pour le Liban aujourd’hui, celui de se retrouver au banc des Nations et de démontrer que le Liban est devenu un pays de non-droit …

Mais attention, fortune mal acquise ne profite jamais … longtemps!

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