Pour comprendre le comportement de la foule, Gustave Le Bon, anthropologue, psychologue social et sociologue, demeure une figure incontournable. Ce dernier a essayé de cerner le comportement de la foule dans son œuvre culte Psychologie des foules (1895) composée de trois livres. En les lisant, il est impossible de ne pas se rappeler quelques caractéristiques du peuple libanais qui fait des réseaux sociaux son principal exutoire. C’est pourquoi, il semble que dans les années à venir, tout chercheur, voulant étudier le comportement de la foule, doit absolument examiner les écrits sur les médias. 

Tout d’abord, puisque qui dit média, dit image, Le Bon accorde une importance particulière au pouvoir des images sur la foule. « La puissance des mots est liée aux images qu’ils évoquent et tout à fait indépendante de leur signification réelle. Ce sont parfois ceux dont le sens est le plus mal défini qui possèdent le plus d’action. Tels par exemple les termes : démocratie, socialisme égalité, liberté, etc., dont le sens est si vague que de gros volumes ne suffisent pas à le préciser. » (p.64) Au Liban, il ne sa passe pas un jour sans entendre des critiques à tout-va à l’encontre du système politique et des propositions de changement incombées tantôt aux Souars (révolutionnaires) tantôt au président français que l’on accuse récemment de laisser tomber le Liban pour l’intérêt de son pays. Rares sont ceux qui parlent par exemple des failles de la démocratie qui permettent à un citoyen capable en toute conscience d’accepter les pots-de-vin et de voter pour celui qui le paie ! 

Ensuite, dans son troisième livre, Le Bon s’attaque aux meneurs des foules. « Dans les foules humaines, le chef réel n’est souvent qu’un meneur (…) sa volonté est le noyau autour duquel se forment les opinions (…) Le meneur a d’abord été le plus souvent un mené. Il a lui-même été hypnotisé par l’idée dont il est ensuite devenu l’apôtre. Elle l’a envahi au point que tout disparaît en dehors d’elle, et que toute opinion contraire lui parait erreur et superstition. » (p.73) En examinant les meneurs de la foule libanaise à la lumière de ce que dit Le Bon, on s’aperçoit que les meneurs ne sont autres que le cœur du problème libanais. En effet, les meneurs de la foule au Liban sont de deux types : les grands autrement dit les chaines de télévision qui font semblant d’objectivité et de professionnalisme alors qu’elles connaissent pertinemment dans leur for intérieur que ce n’est pas le cas. Les petits, c’est-à-dire ceux qui grâce à leur charisme ont su glaner un bon nombre de followeurs. Les premiers se font la guerre pour défendre leur chef (et qu’elles aillent au diable la vérité et la crédibilité) alors que les seconds font passer leur point de vue pour une vérité absolue car comme le dit Le Bon « Les meneurs ne sont pas le plus souvent des hommes de pensée (…) Ils sont peu clairvoyants, et ne pourraient l’être, la clairvoyance conduisant généralement au doute. » (p.73) 

En outre, l’un des méfaits des médias sociaux est le renforcement de la suggestibilité. En fait, la foule toujours selon Le Bon se met « dans cet état d’attention expectante qui rend la suggestion facile. » (p.27) On remarque en lisant un bon nombre de meneurs à quel point râler est devenu une mode. C’est à croire que l’on ne cherche pas de solutions de peur de ne pas trouver quelque chose pour quoi râler ! En analysant profondément les meneurs de la foule, on constate une grande fascination pour ceux qui prédisent abominablement l’avenir.

 Finalement, la foule pour Le Bon pourrait justement être qualifiée de criminelle. Alors n’est-il pas judicieux d’arrêter de jouer la victime et de clamer haut et fort l’identité des vrais criminels de ce petit pays ?

Rime Khalaf

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