Une réunion pour saisir « l’occasion historique »
À Maarab, siège de la Fondation Jabal el‑Arz, la députée Sethrida Geagea a présidé une réunion de l’instance dirigeante de cette organisation philanthropique. L’actualité du jour ne portait ni sur un projet local, ni sur un festival culturel, mais sur l’accord‑cadre signé à Washington entre le Liban et Israël le 26 juin 2026. La députée a estimé que cet accord constituait « une occasion nationale exceptionnelle » pour sortir le pays de la spirale des guerres et des ingérences. Elle a insisté pour rappeler que ce texte avait été négocié par les institutions libanaises légitimes – le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam – et non imposé par l’étranger. À ses yeux, les Libanais ne peuvent plus « attendre des compromis régionaux » : ils doivent reprendre en main leur destin et mettre fin à la logique de l’alignement sur des axes extérieurs .
Le contenu d’un accord sans précédent
Le texte signé à Washington comporte quatorze clauses. Il prévoit la fin de l’état de guerre, l’affirmation de la souveraineté de chacun et un processus « réciproque et séquencé » : l’armée libanaise doit se redéployer dans tout le Sud, tandis que l’armée israélienne se retire progressivement . Il engage également le Liban à désarmer toutes les forces non étatiques et à rétablir le monopole de la force publique . En échange, les signataires ont promis des investissements pour reconstruire les régions sinistrées et faciliter le retour des civils déplacés. Contrairement aux accords précédents, le retrait israélien est ainsi conditionné au démantèlement des milices, ce qui bouleverse la revendication traditionnelle du Liban et suscite des interrogations sur la capacité de l’État à mener cette tâche .
| Clause | Principaux engagements |
|---|---|
| 1 | Reconnaissance mutuelle ; engagement à négocier la paix. |
| 2 | Retrait israélien lié au déploiement de l’armée libanaise. |
| 3‑4 | Désarmement des groupes armés et monopole de l’État. |
| 5‑7 | Absence de revendications territoriales ; coordination militaire. |
| 8‑12 | Reconstruction liée à la souveraineté et à la paix. |
Soutiens prudents et critiques virulentes
L’accord a reçu des appuis importants. Le ministère français des Affaires étrangères a estimé qu’il devait ouvrir la voie au rétablissement complet de la souveraineté du Liban et au retrait de l’armée israélienne, promettant de participer à sa mise en œuvre . Aux États‑Unis, l’administration, médiatrice des négociations, se présente comme garante du processus . Au Liban, le président Joseph Aoun a salué un « premier pas vers la restauration de la souveraineté sur tout le territoire », et le Premier ministre Nawaf Salam a affirmé qu’il vise le retrait total des troupes israéliennes.
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En revanche, la contestation est vive dans certains milieux. Le jour de la signature, des milliers de manifestants ont défilé dans les banlieues sud de Beyrouth, dénonçant un « acte de reddition ». Les habitants des régions chiites du Sud, frappés par des bombardements et des déplacements massifs (plus d’un million de personnes ont été chassées de leurs foyers depuis mars 2026), craignent de devoir côtoyer l’armée israélienne pendant le retrait . Le Hezbollah a déclaré le texte « nul et non avenu », estimant qu’il humilie la souveraineté nationale et légitime la présence militaire israélienne . Ses dirigeants ont promis de poursuivre la résistance armée, voire de s’opposer par la force à toute tentative de désarmement . D’autres partis comme Amal et des figures parlementaires jugent l’accord déséquilibré et craignent la création d’une zone de sécurité sous contrôle israélien.
La question militaire et humanitaire
Pour Sethrida Geagea et ses alliés, la clé réside dans l’armée libanaise. L’accord stipule que les forces régulières devront prendre le contrôle des zones libérées et désarmer les milices . La députée considère l’armée comme l’institution garante de tous les citoyens et appelle à la soutenir sans l’instrumentaliser politiquement . Pourtant, de nombreux obstacles restent à franchir : les forces armées manquent de ressources et souffrent de divisions internes, tandis que la confiance dans certaines régions demeure fragile. Le précédent de 2006, où la résolution 1701 n’avait pas abouti au désarmement du Hezbollah, nourrit le scepticisme. Depuis mars 2026, plus de 4 200 victimes et plus de 11 000 bâtiments détruits ont été recensés , et le coût de la reconstruction est estimé à 1,4 milliard de dollars . Les partisans de l’accord affirment que seule une institution unifiée permettra de rétablir la sécurité et de garantir le retour des déplacés.
Enjeux géopolitiques et prochains défis
L’accord de Washington s’inscrit dans un contexte régional explosif. L’assassinat du guide suprême iranien en février 2026 et la reprise des échanges de tirs entre le Hezbollah et Israël ont fragilisé la trêve conclue en 2024. Dans la foulée, le gouvernement libanais a déclaré illégales les activités armées du Hezbollah et a tenté d’expulser l’ambassadeur iranien . En parallèle, un mémorandum d’entente a été signé entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre, mais Israël a insisté pour dissocier le dossier libanais des négociations régionales . Cette dissociation renforce l’idée que le cadre libano‑israélien constitue un pas isolé, bien que soutenu par plusieurs pays européens.
Pour la classe politique libanaise, l’heure est à la décision. Les prochains mois seront consacrés à la négociation d’une annexe de sécurité qui précisera le calendrier de désarmement et les zones pilotes où l’armée se déploiera en premier. Plusieurs ministres israéliens exigent déjà le maintien d’une occupation prolongée au‑delà du désarmement des milices , ce qui complique l’équation. Dans son discours, Sethrida Geagea a appelé les responsables à dépasser les calculs partisans et à « donner une chance à la souveraineté ». L’issue de ce processus décidera du retour des déplacés, de la stabilité du Sud et de la capacité du Liban à redéfinir ses relations régionales. Les Libanais, épuisés par les crises économiques et politiques, espèrent que leur destin se jouera enfin à Beyrouth et non dans des capitales étrangères.



