La "maison rouge"

Ce samedi, les Beyrouthins se réveillent sur une bien triste nouvelle, enfonçant un nouveau clou dans le cercueil où le patrimoine identitaire est inhumé de force depuis plusieurs décennies. La « Maison Rouge »  de Hamra, une des dernières petites villas beyrouthines typiques du début du XXème  siècle au carrefour de la rue Abdel Aziz et Makdessi, connue aussi sous le nom de « Maison Rbeiz », est en cours de destruction.

Il a suffi d’une signature de la part de monsieur le Ministre Ghattas Khoury, (voire un peu plus bas) à la demande de monsieur Michel Rbeiz, et compte tenant d’une poignée de décisions du Conseil d’Etat, ce Majliss el Choura qui, voulant appliquer la Loi, semble devenir le briseur du tissu archéologique et architectural traditionnel et identitaire du pays à la demande pressante du secteur privé et immobilier, protégé par la Constitution Libanaise… Et aujourd’hui le sang de la « Maison Rouge » iconique de Hamra peut être versé impunément.

Cette même maison qui, en Aout 2016, du temps du ministre Araygi, avait bénéficié de tentatives relativement sérieuses de la part du ministère de la Culture et même du Mohafez de Beyrouth afin qu’elle soit préservée, et cette dernière avait été classée. Cependant, classer une maison au pays des cèdres ne veut pas dire pour autant garantir sa préservation.

La liste des classements des demeures traditionnelles avait été une solution ingénieusement trouvée par l’ancien ministre Michel Eddé pour garder ce qui reste du patrimoine architectural de Beyrouth, mais il est utile de préciser que cette solution est provisoire – comme tout dans ce pays – en l’absence de lois nettes claires et précises pour conserver le patrimoine identitaire de Beyrouth et de la totalité du territoire libanais.

Soyons concrets, logiques, terre à terre, et effectifs et arrêtons les jérémiades et les lamentations : Tous les efforts de tous les activistes, de tous les médias, et de toutes les associations et organisations – sérieuses ou fricoteuses – sont lettres mortes, tant qu’une Loi votée par le Parlement libanais ne voit pas le jour, et tant que les réglementations urbaines et les limites des zones administratives ne sont pas revues et étudiées pour un classement intelligent permettant à la fois l’essor de la ville, la protection de son patrimoine, et le bien-être de ses habitants … et nous serons jour après jour, les vils témoins inertes, de la disparition de notre identité culturelle, historique et architecturale…

 

Extrait du Journal officiel de la République libanaise, No 13, Année 2017 –
Intérieur de la maison rouge, tirée de la page Facebook de l’ONG NAHNOO

Par Marie-Josée Rizkallah

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Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l’écriture depuis l’enfance, elle est l’auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l’identité et de l’héritage culturel du Liban, elle a fondé l’association I.C.H.T.A.R. (Identité.Culture.Histoire.Traditions.Arts.Racines) pour le Patrimoine Libanais. Elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession, et donne des cours et des conférences sur l’Histoire et la Théologie de l’Icône ainsi que l’Expression artistique.
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