Un drame vient de secouer le pays. La plaie s’ouvre à nouveau. Les scènes de feu et de sang, maintes fois vécues, revisitent sans relâche la mémoire, bien meutrie de tant de libanais. Ils sollicitent pourtant désespérément de ne plus charger leur passé de drames mais de souvenirs teintés de calme, faute de paix durable. Néanmoins, on arrive difficilement à distancer notre éveil et la conscience, de l’empreinte des déchirantes violences répétées.

Elles ont défiguré les normes et persistent à hanter nos appréhensions et nos angoisses. Le quotidien demeure un objectif extraordinaire pour tant de personnes car il reste menacé. Depuis au moins 40 ans « l’ordinaire » des secousses régulières perturbe nos contextes: politique, institutionnel et sécuritaire.

Le délai provisoire de nos rares vécus tranquilles va alterner avec des détonations traumatiques. Cependant, serions nous ainsi voués à; subir les faits accomplis au nom des autres, cumuler les tensions de leurs conflits, suivre des chemins tordus, payer de nos équilibres en acceptant les incohérences et souffrir de nos chairs les messages de bombes piégées, pour finir usés jusqu’aux os avec pour seule consolation; des sanglots de nos bien aimés et une âme intouchable?!

Je persiste à croire, même si d’autres ont abandonné, que la seule valeur sûre de notre citoyenneté est ce choix de vivre sur cette terre ensemble. En assumant la volonté de bâtir autrement le pays des Cèdres, on pourrait alors découvrir la sérénité de retrouvailles sérieuses avec, dans la main de chaque partisan, toutes ses appartenances et sur la tête, le chapeau de son allégeance suprême à la République libanaise!

Joe Acoury